En Thaïlande, la fin des "gitans des mers"

Dimanche 21 décembre 2014 à 07h39

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Même s'il jette toujours ses filets de pêche dans une mer bleu azur au large de la Thaïlande, Saponkit Klatalay a renoncé à l'existence nomadique de générations de "gitans des mers", depuis qu'il a été relogé sur le continent, après le tsunami de 2004.

Ce pêcheur de la communauté des Chao Lay doit sa survie à la connaissance de la mer transmise par ses ancêtres. Mais, paradoxalement, le tsunami a aussi eu pour conséquence de précipiter les Chao Lay vers la modernité, les éloignant de ce mode de vie traditionnel en osmose avec la mer. "Tout ce que vous voyez est neuf. Quand le tsunami a frappé, tout ceci a été détruit", explique le pêcheur de 36 ans, en montrant les maisons de bois de son village natal, sur la côte est de Koh Phra Thon. Il fait partie de ceux qui ont accepté de quitter la petite île pour être relogés sur le continent, dans le district de Khura Buri, à dix kilomètres de là.

 

Au total, quelque 5.400 personnes ont trouvé la mort lors du tsunami du 26 décembre 2004 sur les plages touristiques de Thaïlande. Ici, la vague a atteint quatre mètres de haut mais les 500 Chao Lay de ce village ont survécu, grâce aux enseignements des anciens qui leur avaient expliqué comment décoder les signes précurseurs de la catastrophe. "Ils nous avaient appris que l'eau reculerait, que sa couleur changerait, et que les oiseaux et les autres animaux auraient un comportement inhabituel", se souvient Saponkit Klatalay. Jusqu'au 26 décembre 2004, il "ne croyait pas" à ces vieilles prophéties. Mais il avait mémorisé les signes avant-coureurs, ce qui lui a permis de trouver ses enfants, de prévenir les autres habitants et de courir loin de la plage, avant que la vague ne la balaye.

 

Les quelque 12.000 Chao Lay de Thaïlande font partie du groupe ethnique des Moken, des Moklen et des Urak Lawoi, surnommés "gitans de la mer" en raison de leur mode de vie nomadique depuis des siècles en mer d'Andaman, déplaçant leurs villages au rythme des pêches de poissons, de crevettes et de concombres des mers. L'ethnie des Moken est la plus connue. Ses membres sont encore nombreux à pratiquer la nage sous-marine sans masques et matériel de plongée. Leur connaissance de la mer leur a permis de sauver des touristes lors du tsunami, soit en les enjoignant de se mettre à l'abri en hauteur soit en convoyant leurs bateaux au large, où la vague se ferait moins ressentir qu'à proximité des côtes.

 

Suite au coup de projecteur porté sur ces "gitans de la mer" par le tsunami, le gouvernement thaïlandais s'est engagé en 2010 à préserver leurs traditions, orales. Sans grand effet jusqu'ici. "Le tsunami a prouvé qu'ils savaient des choses que nous, hommes modernes, ne connaissons pas. On a tant à apprendre d'eux", déplore l'anthropologiste Narumon Hinshiranan, universitaire de Bangkok.

En emménageant après le tsunami dans le village de Khura Buri construit grâce à des ONG, Saponkit a reçu pour la première fois de sa vie un titre de propriété. Il vit toujours de la pêche, mais sort désormais en mer à la journée. Et il complète les 120 euros mensuels tirés de la pêche par d'autres petits emplois comme du jardinage. Soucieux de l'éducation de ses trois enfants, il ne regrette néanmoins pas sa sédentarisation, malgré les discriminations dont fait souvent l'objet sa communauté. "Je me sens plus en sécurité ici. Nous sommes près du marché aux poissons et la vie est plus facile", explique la mère de Saponkit, Arom, en montrant fièrement sa première machine à laver, acquise à 63 ans.


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