Amedeo et Péron huitièmes à Itajai

Lundi 16 novembre 2015 à 13h02

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Sur les 20 bateaux de la classe Imoca alignés au Havre le 25 novembre dernier, seuls 9 sont parvenus à déjouer les innombrables difficultés des 5 400 milles du parcours. S’ils ont jusqu’au dernier mètre lutté avec succès pour disputer à Bureau Vallée, au duo Burton - Attanasio, le gain de la 8ème place avec seulement 3 minutes et 37 secondes d’avance, Amedeo et Péron ne retiennent surtout qu’un bilan largement positif de leur première grande course en Imoca de 60 pieds.


Les deux hommes se sont remarquablement complétés, Péron apportant tout le poids de son expérience au journaliste-navigateur Amedeo, lui même peu avare de sa si communicative envie de gagner et d’aller de l’avant. Enrichi par cette fabuleuse aventure, Fabrice Amedeo a d’ores et déjà le regard tourné vers Saint-Barth et le départ de la transat retour vers Port la Forêt, prévu pour le 6 décembre prochain, nouveau test grandeur nature avant l’échéance dans un an du Vendée Globe.

 

Un final à couper le souffle

« Nous sommes ravis d’avoir pu damer le pion sur les dernières 24 heures à Bureau Vallée. Notre 8ème place se joue à 3 minutes ! » avoue Fabrice Amedeo à peine débarqué à Itajaï. « Nous étions à la lutte avec ce voilier qui porte la même signature du cabinet Farr que le nôtre, et la régate bord à bord depuis la corne du Brésil était passionnante. Le final, après plus de 10 000 km de course est ahurissant puisque quelques dizaines de mètres seulement nous séparent à l’arrivée ! Notre petit bord à la côte à hauteur du Cap Frio nous a pourtant été néfaste. Nous avons dans le même temps déploré un certain manque de réussite avec deux petits soucis qui nous ont bien ralenti, lorsqu’il a d’abord fallu plonger sous la quille pour enlever un filet dérivant, puis récupérer à la mer notre Gennaker dont la drisse avait cassé. » Eric Péron, Figariste bon teint, a lui aussi pris un plaisir immense à régater quasiment à vue durant les derniers milles. « C’est sympa de terminer une si longue régate en mode match-race avec un voilier très similaire au nôtre. »

 

Un test des plus probant

C’est avec beaucoup d’humilité que Fabrice Amedeo et Eric Péron abordaient cette 12ème édition de la Transat Jacques Vabre et ses 5 400 milles d’océan à la météo si contrastée. Ni Fabrice ni Eric n’avait jusqu’à présent eu le loisir de traverser l’Atlantique à bord d’un voilier Imoca, classe support du Vendée Globe. La météo tempétueuse des premiers jours, avec ce double train de dépressions automnales très creuses qui ont cueilli la flotte dès la sortie de la Manche, a constitué le véritable grand test à la fois pour les hommes, leurs réflexes de marins, leurs ressources mentales, et pour le bateau, soumis à rude épreuve dans des creux de 6 à 7 mètres, et dans des vents souvent contraires à plus de 45 noeuds. Fabrice et Eric ont su faire le dos rond, et naviguer en véritables hommes de mer. Ils ont découvert un peu ébahis les étonnantes qualités de solidité et de robustesse de leur Newrest-Matmut ; « On s’est mis à l’intérieur, vêtus de nos combinaisons sèches, et nous vons attendu que le gros des deux coups de vent passe. Le bateau était toilé en conséquence, et il n’y avait plus grand chose à faire sinon subir. » raconte Fabrice. Les deux hommes ont émergé au large des Açores « dans le bon wagon », celui des voiliers partis loin dans l’ouest contourner la dépression, et dans le peloton de tête. « On a observé le nombre grandissant de voiliers victimes d’avarie, et on s’est concentré sur nos trajectoires. » Moins rapides que les voiliers nouvelles générations, mais aussi certainement moins à l’attaque, Fabrice et Eric n’avaient alors qu’un objectif, arriver à Itajaï. Un but partagé par d’autres concurrents eux aussi désireux de préserver le matériel puisque dès les Canaries, Newrest-Matmut intégrait la « bande des quatres », avec trois autres voiliers de même génération, survivants du tri impitoyable de la première semaine de course. MACSF (De Broc- Guillemot), Comme un seul homme (Bellion-Goodchild) et Bureau Vallée (Burton-Attanasio) n’allaient dorénavant plus se quitter.


Alizés, embruns, couchers de soleil… des images pleins la tête.

Débutait au large du Cap Vert une longue glissade plein sud, à la relative monotonie bâbord amure, seulement rompue par l’épisode d’un Pot au Noir, une fois n’est pas coutume, particulièrement clément pour les quatre bateaux. « Les alizés de sud-est étaient présents au rendez-vous » poursuit Fabrice, « et la plongée vers le Brésil a constitué le tronçon le plus agréable de la traversée. Les couchers de soleil y sont exceptionnels, et Eric et moi en avons grandement profité pour partager des moments, autour de nos repas, très conviviaux. » L’atterrissage sous les côtes Brésiliennes était en revanche moins souriant pour l’équipage de Newrest-Matmut. Les deux plans Finot Conq, MACSF et Comme un seul homme se montraient, avec l’adonnante, rotation des alizé à l’est sur arrière du bateau, de plus en plus rapides. Le combat à quatre tournait court, se résumant à un long match-race face à Bureau Vallée. « Les 1 500 derniers milles nous ont semblé interminables » résume Eric Péron, « car en ligne droite dans l’alizé d’est, on navigue dans un couloir avec aucune option envisageable. » Les deux marins se sont concentrés sur les réglages, cherchant en permanence le petit dixième de noeud capable de faire à terme une différence. Comme expliqué plus haut, l’arrivée sur le cap Frio, avec ses effets de côte, ses champs pétrolifères, n’a guère souri à Newrest Matmut qui se laissait déborder un moment au large par son adversaire, avant de revenir à la faveur d’un bon dernier bord travers au vent…


Le plein d’enseignements pour l’avenir

« On s’est battu jusqu’au bout dans cette immense baie de Rio, avec la conviction d’avoir rempli notre contrat. Nous emmenons un bateau en bon état à Itajaï, après avoir connu nombre d’expériences uniques et enrichissantes. » explique Amedeo, l’amateur éclairé. « Eric a été le professeur idéal, sympa et décontracté que j’attendais. J’ai progressé. Je me sens en pleine confiance pour poursuivre l’aventure que je me suis destiné, à savoir faire le tour du monde en solitaire avec ce bateau. Il est fait pour moi, solide, à l’ergonomie bien étudiée. Un « coffre fort » rassurant. » Eric Péron a rajouté une nouvelle ligne hauturière à son si éclectique palmarès. « Plus que jamais je me destine au 60 pieds Imoca » souligne t’il. « Ce sont des bateaux exigeants, durs aux hommes, mais fantastiques à mener. »

 

 

 


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