Un vestige nazi sur une île allemande transformé en complexe balnéaire de luxe

Mercredi 31 août 2016 à 14h17

Sur une île allemande de la Baltique, un des plus imposants vestiges architecturaux des Nazis se mue en complexe touristique et des citadins aisés viennent maintenant passer leurs vacances là où Adolf Hitler voulait faire endoctriner les masses populaires.


Situé en bordure d'une des plus belles plages du pays sur l'île de Rügen, le complexe de Prora renaît à la vie, avec l'arrivée cet été des premiers occupants de nouveaux appartements de luxe, là où pendant des années se sont dressées les ruines fantomatiques du colosse de béton gris.

Prora, dont la construction a commencé en 1936, était conçu pour abriter jusqu'à 20.000 vacanciers dans le cadre du programme "La Force par la joie" du parti nazi, également à l'origine de la Coccinelle de Volkswagen - la "voiture du peuple".

Au menu à Prora: bains de mer, gymnastique et endoctrinement pour la classe ouvrière aryenne méritante. Le tout dans un bâtiment de 4,5 kilomètres de long, huit blocs strictement identiques de six étages face à la mer. Mais le projet a calé au début de la guerre en 1939.

Le squelette de béton a ensuite servi de baraquements à l'armée de la RDA communiste.

Après la chute du Mur en 1989, la ruine a été laissée à l'abandon, seules quelques portions étant utilisées, par deux musées et, depuis 2011, par une auberge de jeunesse. Le site "symbolise à la fois l'époque nazie et l'ère communiste, on peut y voir comment fonctionnaient les deux systèmes", explique Susanna Misgajski, directrice de l'un des musées. "Jeunes appelés, prisonniers de guerre, travailleurs forcés, réfugiés... tous sont passés par ici à un moment ou un autre", rappelle-t-elle.

Les promoteurs immobiliers qui ont investi à Prora assurent qu'ils veulent rendre justice à ce passé chargé. "L'histoire est omniprésente ici" et "cela intéresse les clients", dit Werner Jung, agent commercial d'Irisgerd Real Estate, qui transforme l'un des blocs en ensemble de 270 appartements. Mais il y a un équilibre à trouver. "D'un côté il faut conserver le caractère de mémorial, de l'autre il y a les investisseurs qui ont injecté des millions et veulent que cela rapporte", résume-t-il. "Nous avons trouvé un bon compromis", assure l'homme d'affaires. Par exemple en ajoutant des balcons, mais relativement discrets.

Les promoteurs ont une responsabilité vis-à-vis de l'histoire, exhorte Katja Lucke, historienne employée par l'autre musée dévolu au site. "Les gens voient ce bâtiment gigantesque et cela les fascine", dit-elle, "on ne peut pas en faire quelque chose de banal, il faut le contextualiser".

Sur les huit blocs d'origine, un appartient au gouvernement régional, qui veut le vendre, deux à un investisseur du Liechtenstein et un autre a été démoli. Quatre ont été cédés à différents promoteurs, qui d'ici 2022 devraient les avoir entièrement transformés. Dans l'un d'eux rebaptisé "Prora Solitaire", les vacanciers ont déjà pris possession des lieux. Le bâtiment arbore dorénavant une façade couleur crème et des balcons; l'ensemble a son propre spa; un restaurant de burgers et une boulangerie bobo se sont installés là, en phase avec le nouveau public urbain chic qui a investi les lieux.

"De l'eau a coulé sous les ponts, le temps était venu de faire quelque chose de bien de Prora", salue Karsten Rarrasch, quinquagénaire du coin rencontré sur la plage. "Nous avons assez de lieux de mémoire en Allemagne", juge-t-il.


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