Le tourisme de masse agacent de plus en plus les Barcelonais

Vendredi 9 juin 2017 à 17h05

Manifestations, graffitis et même intimidations: de Barcelone à Venise, de Rome à Dubrovnik, le tourisme de masse provoque des réactions de rejet parmi les populations locales qui souffrent des conséquences pour leur cadre de vie de la venue d'un nombre croissant de visiteurs.


Ce contrecoup, visant un des secteurs économiques les plus dynamiques des pays du sud de l'Europe, a conduit les autorités à réagir.

A Rome, la municipalité envisage de limiter le nombre de visiteurs dans certains lieux emblématiques de la ville éternelle, comme la fontaine de Trevi. Dubrovnik, sur la côte Adriatique, étudie la possibilité de limiter le nombre de paquebots.

Barcelone travaille de son côté à une nouvelle taxe touristique qui viserait les visiteurs arrivant par paquebot, avec l'idée de réclamer 65 centimes d'euro pour chaque visiteur passant moins de douze heures dans la ville. L'an passé, quelque 750 bateaux de croisière ont accosté dans la capitale de la Catalogne.

Le mois dernier, des habitants de Venise ont manifesté au milieu d'une foule de visiteurs pour dénoncer le tourisme échappant à tout contrôle. Un rassemblement similaire est prévu ce mois-ci à San Sebastián, dans le Pays basque espagnol.

A Barcelone, la remise en cause du développement touristique, qui infuse depuis longtemps, a pris un tour plus menaçant. Plusieurs militants au visage cagoulé s'en sont pris à un car de touristes, dont ils ont crevé les pneus et aspergé le pare-brise de peinture. Leur intervention a été filmée et mise en ligne la semaine dernière. Un graffiti a également fait son apparition sur des murs de la ville, une silhouette noire avec une cible rouge sur la tête et ce slogan: "Pourquoi parle-t-on de saison des touristes si on ne peut pas leur tirer dessus ?" Sur une autre vidéo, filmée elle à Palma de Majorque, on voit des militants masqués allumer des fumigènes devant un restaurant de touristes puis entrer dans l'établissement en lançant des confetti sur des dîneurs effrayés.

Nuisances et spéculations

La spéculation immobilière, la flambée des loyers, la disparition de commerces de proximité au profit de bars, de restaurants et d'enseignes touristiques, l'engorgement des rues et des espaces publics ou bien encore les nuisances sonores et l'accumulation de déchets alimentent cette remise en cause du tourisme de masse.

Face à ces manifestation de colère, le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, a condamné ces actes menés par "des extrémistes" qui, a-t-il dit, vont "à l'encontre du bon sens" dans un pays où le tourisme représente 12% de l'activité économique. Le tourisme en Europe du Sud a connu un vif regain ces deux dernières années, notamment parce que d'autres destinations classiques, comme la Tunisie, l'Egypte et la Turquie, ont été délaissées pour des raisons de sécurité.

En Espagne, au premier semestre 2017, le nombre de visiteurs a crû de 12% par rapport à l'année précédente, à 36,4 millions. Barcelone attire chaque année au moins onze millions de visiteurs.

En Italie, le nombre de visiteurs n'a augmenté que de 1% en 2016, à quelque 56 millions de visiteurs. Mais les nuitées en hôtel sont en forte hausse au premier semestre de cette année (+4,8%). Et entre 2009 et 2015, le nombre de visiteurs se pressant à Rome, Florence et Venise a progressé de 31,5%.

A Venise, des habitants se sont organisés en un collectif, le mouvement du 25-Avril, la date de la fête traditionnelle du bocolo, pour faire pression sur les autorités locales. La municipalité a expérimenté le mois dernier une limitation d'accès à certains quartiers de la cité des Doges. Certains proposent même de faire payer l'accès à la place Saint-Marc, un des joyaux de la ville.

"Cette ville a totalement perdu son identité", déplore l'acteur Alessandro Bressanello, membre du 25-Avril. "Tout le monde devrait pouvoir venir ici, mais cette invasion crée de vrais problèmes pour les Vénitiens et pour la ville, elle crée des montagnes de détritus et des volumes infinis de bruit",

En Croatie, le tourisme a bondi de 10,5% en un an. Et Dubrovnik, classé au patrimoine mondial de l'Unesco, est l'une des principales destinations locales. A la haute saison, la ville est prise d'assaut et il faut jusqu'à 40 minutes pour parcourir les 300 mètres de la zone piétonne à l'intérieur des remparts. Et, comme à Venise, la population locale vivant intra muros diminue.

 

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