Marc Guillemot : « Le Vendée Globe, c'est tout ce que l'on n'attend pas »

En 2008, il partit conquérant et revint 3e et en saint-bernard des mers du Sud. À 53 ans, le Trinitain espère vivre un tour du monde plein.


- / La Chaîne Météo

EN 2008, pour son premier Vendée Globe, Marc Guillemot a secouru Yann Eliès, fémur brisé dans l'océan Indien. C'est l'image forte restant du Trinitain qui finit sa circumnavigation à la troisième place malgré la perte de sa quille à 900 milles de son retour aux Sables. Samedi, il repart pour un deuxième Vendée Globe, avec un bateau optimisé par les ingénieurs de Safran, pour une nouvelle épopée.

 

FIGARO NAUTISME. - En 2008, vous pensiez que le Vendée Globe était devenu une «régate planétaire». Là, vous repartez en sachant que ce peut être une folle aventure...

Marc GUILLEMOT. - Oui, j'avais trouvé tout ce que je n'étais pas venu chercher... Ce fut riche en aventures. Mais il y avait la frustration d'avoir été handicapé par des soucis techniques (rails du mât, quille). Cette fois, mon souhait est de disputer la course avec un bateau en état. Mais on ne sait pas de quoi la course sera faite. S'il y avait un classement que je revendique, sans chercher à le renouveler, c'est celui de la richesse au niveau des inattendus...

 

Il y a quatre ans, seulement 36 % des bateaux avaient bouclé le tour du monde. Aujourd'hui, tous les skippers remettent la notion d'aventure en avant. Revient-on à l'essence du Vendée Globe?

La dernière édition a fait réfléchir beaucoup de monde. Celui qui a gagné (Michel Desjoyeaux) n'était pas celui qu'on attendait le lendemain du départ. Ceux qui sont montés sur le podium (Le Cléac'h 2e, Riou et Guillemot3es) n'étaient pas forcément ceux qu'on attendait, avec les aléas de course qu'ils ont eus. Ceux qu'on attendait à mi-parcours ne sont pas arrivés (Peyron, Josse, notamment). En 2008, je suis parti la bouche en coeur. L'aventure, ce n'est pas mon truc, sauf qu'au bout du compte, ça a été la consistance de ma course. Cette fois-ci, celui d'entre nous qui arrivera aux Sables avec le moins de soucis sera sans doute celui qui l'emportera.

 

Votre bateau bénéficie de la recherche des ingénieurs en aérospatial de Safran. Avez-vous l'impression d'avoir une machine d'une technologie inaccessible aux autres?

Par rapport à d'autres bateaux, qu'on ne me dise pas qu'il y a un décalage de budget! Notre avantage est d'avoir une force de réflexion vraiment importante, dont j'aurais tort de ne pas profiter. Cet apport est plus facile à obtenir que d'un banquier ou d'un fromager. Les améliorations réalisées ont été motivées par la fiabilité. Avec une quille en titane, on n'a rien gagné en termes de performances. Mais on a pu optimiser le poids du bulbe, car on a gagné de la masse sur le mât.

 

La flotte vous semble-t-elle plus homogène?

Oui, il y a onze-douze bateaux qui peuvent gagner sur le papier et un ou deux peuvent créer la surprise. On n'est pas loin des 60 %, c'est fort. Et tout le monde est conscient que ce ne sera peut-être aucun de ceux-là. C'est pourquoi il existe une certaine superstition. 2008 a marqué un tournant. L'émulation des nouveaux bateaux a fait que tout le monde était en mode régate. Sauf que le Vendée Globe, c'est beaucoup plus qu'une course, c'est tout ce que l'on n'attend pas.

 

Cela va-t-il jouer sur le rythme imposé à la course? Qui l'imposera?

Je connais mes limites, c'est-à-dire celles au-delà desquelles la manoeuvre devient périlleuse. Après, si des bateaux attaquent, doit-on les laisser partir ou les accompagner? C'est tout le problème. Il va y avoir un début de course d'observation. Certains, nombreux, veulent d'abord finir. Je fais partie de ceux qui aimeraient finir avec un bateau en état. Gagner n'est pas en haut de la pile. Il faut avoir une certaine sérénité pour réussir à dépasser l'enjeu sportif. Il faut bien se connaître et bien connaître son bateau.



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