Javier Sanso : « Prouver que ce système marche »

Le skipper espagnol revient sur le Vendée Globe après douze ans d'absence. Sur un bateau neuf propulsé par les seules énergies renouvelables. Propos recueillis aux Sables d'Olonne par Laurence Schreiner


SAILING - PRE-VG 2012-2013 - PORTRAITS SKIPPERS / La Chaîne Météo

A 43 ans, le Majorquin revient sur le Vendée Globe pour une deuxième participation qu'il espère plus aboutie qu'en 2001. Au bout de quarante-deux jours, Javier Sanso, que tout le monde appelle «Bubi», avait abandonné après la casse d'un des safrans de son vieux bateau datant de 1992. Cette fois, sa machine est l'une des plus récentes et des plus atypiques. Acciona est le premier monocoque 60 pieds à avoir été conçu pour fonctionner avec les seules énergies renouvelables (solaire, éolienne et hydrodynamique). Pas une once de millilitre de combustible fossile à bord (contre quelque 400 litres pour un Imoca classique nécessaires à l'alimentation des systèmes de navigation sur le tour du monde). Un projet innovateur auquel croit ce passionné, grand navigateur de courses océaniques aussi bien que capitaine d'expédition dans les régions polaires, qui est également expert en hydraulique.

 

Figaro Nautisme.- Vous avez mis douze ans à revenir sur le Vendée Globe. Pourquoi une si longue attente?

Javier Sanso.- Quand j'ai cassé en 2000, j'ai toujours eu en tête de revenir sur le Vendée Globe. Ça m'a pris dix ans mais c'était une obsession toutes ces années. J'ai fait plusieurs courses Imoca (trois transats Jacques Vabre, une Barcelona World Race), et revenir ici était une question de temps. Quand Acciona s'est montré intéressé, ils ont voulu aller vers un projet d'un bateau à la fois performant et qui produise zéro émission. A l'époque, les règles de l'Imoca ne le permettaient pas. Nous avons travaillé avec la classe et la règle a changé. Acciona est totalement partie prenante dans ce projet, c'est réellement leur bateau. Je pense que dans le futur, vous verrez plus de bateaux comme celui là, produisant zéro émission.

 

Quel est votre objectif? De prouver que votre bateau peut le faire? De vous mêler à la lutte sportive?

Il est de faire une belle course. J'ai navigué suffisamment, 16.000 milles. Notre système de production énergétique est complexe mais très efficace. Nous l'avons éprouvé. Certaines pièces peuvent casser, mais le reste continue de fonctionner. Et durant ces 16000 milles, rien n'a cassé mais, je sais que cela peut arriver. La première fois que je suis monté sur le bateau, j'étais un peu perdu et je m'interrogeais aussi. Mais je suis devenu de plus en plus confiant. Ma sérénité vient aussi de la confiance que j'ai dans mon équipe, dans les gens qui ont travaillé sur ce projet. Ils avaient en tête la dureté de cette course unique, la nécessité de la fiabilité.

 

Vous sentez-vous comme un pionnier?

Oui, le bateau peut devenir une référence. Mais je n'en suis que le pilote. Les pionniers, ce sont les ingénieurs, les chercheurs qui ont pensé à ce système. C'était magique de voir tout ce processus en marche, à partir quasiment d'une feuille blanche.

 

Ressentez-vous d'autant plus de pression à quelques jours du départ?

Je suis heureux d'être là aujourd'hui. J'aime mon métier. Et avoir un tel sponsor aujourd'hui, c'est une vraie chance dans le contexte actuel. Il y a eu beaucoup de recherche et de développement. Alors la question n'est pas de gagner, même si j'aimerais comme tant d'autres ici. Mais l'important est de prouver que cela marche. Arriver en bonne position permettrait peut être d'orienter la voile vers ce genre de bateau. Alors oui, j'ai beaucoup de pression. Mais celle que je me mets moi-même est pire (rires)!

 

Avez-vous beaucoup navigué en solitaire? Est-ce quelque chose que vous appréhendez?

J'ai notamment traversé cinq fois l'Atlantique. J'aime avoir à ne plus parler à personne (rires)! Et je crois que vous pouvez être encore plus seul dans une grande ville que sur nos bateaux. Honnêtement, il n'y a pas grand-chose que j'appréhende sur cette course. S'adapter aux situations que nous allons affrontées est un processus mental. Quand je verrai mon premier albatros, je sais que j'approcherai du sud. Et, à ce moment là, je ne voudrais être nulle part ailleurs, je vous assure. J'ai travaillé dur pour en arriver là. Et ce ne sera pas le moment où j'irais me plaindre...



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