Le Vendée Globe, un monde de fascination

Les concurrents vont sortir un à un samedi du port des Sables d'Olonne devant des dizaines de milliers de personnes et rejoindre la ligne de départ qu'ils franchiront à 13h02.


START CHANNEL - CHENAL / La Chaîne Météo - Louis Burton évoque cette fascination pour le Grand Sud, là «où il n'y a pas de terres pour arrêter les vagues, pas de trace de vie humaine, pas de pollution, lieu de sauvagerie pure».

Depuis plus de vingt ans, la procession suit le même rituel. Un par un, dès 9 h 30 ce samedi, les vingt bateaux de cette 7e édition vont s'ébrouer pour s'avancer vers une ligne de départ (13 h 02) rêvée depuis, parfois, des lunes. La grand-messe du Vendée Globe va débuter dans l'adoration de dizaines de milliers de spectateurs le long de la lente remontée du chenal des Sables-d'Olonne. «C'est comme un trait de charrue en plein milieu d'un champ dont tous les brins d'herbe seraient des gens. C'est un moment unique, on ne le vit que sur le Vendée Globe», chante Jean Le Cam (SynerCiel).

La terre, une nouvelle fois, aura du mal à laisser partir la femme, Samantha Davies, et les dix-neuf hommes, capitaines dont les âges éclatés sur deux générations évoquent la poursuite d'un challenge hors normes: faire le tour du monde en solitaire sans escale, sans assistance.

En 1989, treize doux dingues s'étaient élancés sans pouvoir prédire où l'expédition les mènerait. Ils furent sept alors à savoir, au bout de la boucle. Depuis, cette connaissance ultime a été touchée par seulement cinquante-deux navigateurs, certains récidivistes. Cent fois moins que les alpinistes qui ont dompté l'Everest, bien moins aussi que les hommes partis à la conquête de l'espace.

Le mystère de la course

«Il y a un peu de peur, beaucoup d'inconnues. Je pars un peu trois mois sur la Lune.» Louis Burton (Bureau Vallée), benjamin à 27 ans et l'un des cinq bizuths de la flotte, raconte cette quête humaine jamais épuisée. Et cette fascination pour le Grand Sud, là «où il n'y a pas de terres pour arrêter les vagues, pas de trace de vie humaine, pas de pollution, lieu de sauvagerie pure», comme le raconte le doyen suisse (57 ans), Dominique Wavre (Mirabaud). Elles collent, comme le sparadrap au doigt du capitaine Haddock, aux «aventuriers romantiques» tels Alessandro Di Benedetto (Team Plastique), toujours au rendez-vous, et à la meute des conquérants de la victoire absolue.

La dernière édition avait été exceptionnelle, dans l'engagement de qualité et dans la surenchère technologique. L'émulation avait emballé la flotte qui avait voulu occulter la dimension obscure des forces en présence. Les abandons se sont comptés en trop grand nombre. Quatre ans après, le ton a changé, revenu à plus d'humilité, à l'esprit d'origine, au mystère de la course, disent les anciens. Qui aiment aussi à rappeler qu'un Vendée Globe, c'est une tranche de vie. Un accélérateur.

Et le temps de vérifier que la Terre est toujours ronde s'est sacrément réduit. Des 109 jours mis par Titouan Lamazou en 1990, Christophe Auguin, Vincent Riou et Michel Desjoyeaux par deux fois ont raccourci le monde. À tel point qu'en 2009, le roi du Solitaire, en 84 jours, l'a rapproché d'un seuil mythique, 80 jours. Seuls les multicoques l'ont jusqu'à maintenant franchi, depuis les 79 jours de Bruno Peyron et son équipage sur Commodore Explorer, pionniers du trophée Jules Verne en 1994.

«On vit avec la peur de casser»

La direction de course a communiqué sur cette barrière. Les marins prétendant à la victoire s'en sont agacés. Avant, à demi-mot, comme évoquant un fantasme dangereux, de reconnaître la possibilité. Marc Guillemot (Safran): «L'essentiel est d'arriver, et mieux le premier. En moins de 80 jours, ce serait un petit plus, et une révolution au regard de l'histoire.» Vincent Riou (PRB): «Les bateaux vont plus vite, et les marins sont plus à même de les faire avancer. Les couples n'ont jamais été aussi prêts. On peut donc l'imaginer. Surtout qu'en 2008, la météo avait été mauvaise et le parcours clairement allongé.»

Faut-il croire aux discours mesurés renvoyés depuis la terre? De certains, sans doute. «On vit avec la peur de casser. C'est traumatisant quand vous vivez cela plusieurs fois...» Kito de Pavant (Bel), Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat), Alex Thomson (Hugo Boss) ou Bertrand de Broc (Votre nom autour du monde) veulent connaître aussi le chaleureux retour dans le chenal.

Pour les autres, les Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec), François Gabart (Macif), Armel Le Cléac'h (Banque populaire), Jérémie Beyou (Maître Coq) et autres Riou et Guillemot, chacun dit vouloir «trouver son rythme, faire sa course». Mais autant espérer brider «le non raisonnable de l'être humain» (Jean Le Cam). Qui a un jour enfanté le Vendée Globe.



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