Samantha... seule contre tous

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Ce samedi, Samantha Davies sera la seule femme au départ parmi les vingt conquérants de « l'Everest des mers ». Pas de quoi troubler cette jeune maman pleine de vie et d'envie. La British devenue bretonne n'a plus qu'un rêve : filer à l'anglaise...


SAMANTHA DAVIES NAVIGATRICE SAVEOL / La Chaîne Météo

Avec son regard bleu des mers du Sud, un sourire à faire fondre les icebergs des soixantièmes mugissants, une crinière blond nordique tombant en cascade sur des tenues rose fluo et une bonne humeur jamais mise en défaut, elle avait crevé l'écran lors de la précédente édition. Et surpris tout son monde en décrochant une incroyable 4e place dans l'épreuve de référence de la course au large. Samantha est de retour. Samantha la «sirène bien-aimée», serait-on tenté de dire, tant cette fille de marins semble avoir noué un lien magique avec les océans. Ingénieur en construction navale diplômée de Cambridge à 23 ans, elle compte déjà à son palmarès une tentative du record du Trophée Jules-Verne à tout juste 24 ans, quatre participations à la Solitaire du Figaro, sans oublier un record du tour des îles Britanniques. A 38 ans, maman d'un petit Ruben de 1 an, la plus française et surtout la plus bretonne des navigatrices anglaises sera, sur son Savéol pimpant de couleurs, la seule femme au départ de cette nouvelle édition. Pour son plaisir mais aussi pour le nôtre. Rencontre avec la sirène de Trégunc.

 

Figaro - Pourquoi s'embarquer pour un tour du monde en solitaire quand on l'a déjà fait une fois?

Samantha Davies - Je me pose moi aussi parfois la question. C'est tellement énorme, ce Vendée Globe! Mais j'y ai pris tant de plaisir la dernière fois que j'ai envie de retrouver ces sensations. Et puis il y a aussi l'esprit de compétition que j'ai toujours eu. On me dit souvent que trois mois, c'est long. Pourtant, il n'y a pas deux jours qui se ressemblent, j'ai l'impression de ne pas avoir tout vu. Et c'est un privilège: il y a aujourd'hui plus de gens qui sont allés dans l'espace que de marins ayant bouclé un tour du monde en solitaire sans escale.

 

Mais depuis la dernière édition, vous avez un petit Ruben, qui a aujourd'hui 1 an...

Son arrivée a changé ma manière de vivre mais pas de naviguer. Je suis quelqu'un qui n'a jamais pris trop de risques, ce que j'ai toujours promis à mes parents. Fille de marins, j'ai grandi sur des bateaux et ils m'ont appris à toujours mettre mon harnais et à être accrochée à bord. Lorsque je pars en mer, je ne pense plus à la maison, je suis en «mode bateau». Mais durant ces trois mois, à un moment ou à un autre, Ruben me manquera. Surtout si Romain m'appelle pour me dire qu'il a un rhume...

 

Est-ce difficile d'être la seule femme au départ?

Pour être honnête, je me sens un peu seule. Je focalise involontairement l'attention des médias. Je n'ai pas cherché à être la seule femme au départ pour qu'on parle de moi. D'autant qu'une fois sur l'eau, et ma 4e place il y a quatre ans en témoigne, il n'y a pas de différence entre hommes et femmes.

 

Ni avantage ni handicap?

Ni l'un ni l'autre. Ou plus exactement l'un et l'autre. Sur le plan de la performance, il est indéniable qu'une femme accuse un déficit de puissance physique et musculaire. Il faut l'accepter. Il y a des choses que je ne peux pas faire, ce qui m'oblige à réfléchir autrement, à anticiper. Je prends plus de temps aux manoeuvres mais je réfléchis plus en amont, ce qui devient alors un avantage. Car sur le plan de la motivation, du sens marin et de la force mentale, une femme peut faire jeu égal et même se montrer supérieure en matière d'endurance.

 

Pourquoi avoir choisi de vivre en France, en Bretagne?

Lorsque j'ai disputé la Solitaire du Figaro en 2003, j'ai croisé des coureurs avec des stickers «Pôle Finistère Course au large». A l'arrivée, ils étaient pas loin de 10 parmi les 15 premiers! J'ai découvert alors ce centre d'entraînement de Port-la-Forêt - ce qui n'existait pas à l'époque en Grande-Bretagne. Je me suis renseignée sur la procédure pour l'intégrer et j'ai fait ma demande. On m'a acceptée dès la première année. J'étais folle de joie. J'ai voulu louer un appartement mais l'un des skippers, Romain Attanasio, a proposé de m'héberger. Je ne suis plus jamais repartie...

 

Quelle part d'Angleterre reste-t-il en vous?

Si je suis aujourd'hui bretonne d'adoption, je resterai toujours britannique, fière d'être British. Je continue d'ailleurs de boire le thé que je fais venir d'Angleterre, tout comme mes haricots et mon bacon pour mes brunchs.

 

Pensez-vous qu'un jour, Dame Samantha rejoindra Dame Ellen (MacArthur)?

Non, je ne pense pas que la reine songe à m'anoblir, même si elle m'a invitée à Buckingham Palace à la fin de l'année dernière pour boire le champagne. J'ai tout de même quitté l'Angleterre pour vivre en France et avec un Français...

 

Même quand vous n'êtes pas sur un bateau, l'eau est un élément qui semble tenir une place primordiale dans votre vie...

Pour des questions de sécurité, mes parents m'ont très vite appris à nager, ce que j'ai su faire en même temps que marcher. A la piscine, tout y est passé: brevet de 50 m, 100 m, 500 m et même natation synchronisée. La natation tient une part prépondérante dans ma préparation physique. Au Pôle Finistère, nous avons une séance toutes les semaines à la piscine de Fouesnant. Aucun des skippers du centre n'est capable de me battre, pas même Franck Cammas. J'ai également une combinaison de triathlon qui me permet de faire des séances dans la mer et sur la plage, à deux pas de chez moi, sans souci d'horaires.

 

Vous êtes donc parfaitement préparée pour ce tour du monde... Mais avec quel objectif?

Cela ne va pas être facile, car s'il y a moins de skippers au départ, le niveau est plus élevé. Quant à mon bateau, c'est le troisième plus ancien de la flotte. Cela montre bien qu'il y a peu de concurrents venus en touristes. Le Cléac'h, Riou, Dick, Gabart, Le Cam, Guillemot, Stamm, Golding, Thomson, ils sont tous là pour gagner... J'entends pourtant faire mieux que la dernière fois! Monter sur le podium...



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