Marc Guillemot : «On se pose énormément de questions»

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Joint dans la journée de lundi, Marc Guillemot revient sur les circonstances qui l'ont forcé à abandonner dès les premiers milles de course. Un sentiment domine: l'incompréhension.


SAILING-FRANCE-RACE-VENDEE-GLOBE / La Chaîne Météo

Figaro Nautisme - Pouvez-vous nous expliquer rapidement les circonstances de l'incident dont vous avez été victime?

Marc Guillemot - J'ai entendu deux bruits coup sur coup dont le second assez violent. Le bateau a alors penché énormément. Heureusement que j'étais dehors aux écoutes j'ai pu les larguer dans le même temps pour éviter au bateau de chavirer.

 

Avez-vous tout de suite su que votre Vendée Globe était fini ou avez-vous espéré pouvoir repartir?

J'ai tout de suite pensé qu'il y avait quelque chose d'assez grave. Mais tant qu'on n'avait pas vérifié sous le bateau, on n'allait pas raconter n'importe quoi non plus. Envisager de repartir non, surtout à partir du moment où on est arrivé à terre et qu'on s'est rendu compte que c'était la quille. On n'a pas d'autres quilles donc on ne pouvait de toute façon pas repartir.

 

Comment expliquez-vous cette fragilité de la quille?

Ce qui est sûr c'est qu'il y a un problème quelque part. Alors est-ce que c'est la conception? Les calculs de structure? A-t-on mis tous les bons paramètres pour faire les calculs en dynamique? Est-ce que ce sont les calculs de formation de la quille? Est-ce qu'il y a un problème d'usinage ou un problème de soudure? On a cinq possibilités assez différentes. Avec les ingénieurs et les expertises qu'on devrait rapidement avoir, on saura exactement d'où vient le problème.

 

C'est assez surprenant car avec Safran vous avez un des meilleurs suivis technologiques.

Oui, et c'est pour ça qu'on se pose énormément de questions parce que cette quille avait fait 25.000 milles. On l'a vérifiée au mois de juin. Forcément on est tous très surpris. Maintenant je pense qu'il faut être patient. Avec les analyses, on connaitra les causes du problème. Ce qu'il y a de bien c'est que dans la culture des grandes entreprises de l'aéronautique, dès qu'il y a un gros problème qui concerne l'ensemble de la profession et surtout la sécurité, celles-ci diffusent les informations entre concurrents comme c'est le cas entre Airbus avec Boeing par exemple.

 

Et c'est dans cet état d'esprit qu'est Safran aujourd'hui pour transmettre au monde de la course les résultats des expertises. Quand on aura les résultats, ça va sûrement nous faire mal, mais c'est important de tout dévoiler et d'accepter. Ca reste un moyen de progresser. Ça ne va pas enlever de mon esprit la course pour laquelle j'étais parti, ça ne va pas enlever la passion et l'énergie qu'on a données pour ce projet. Ce sont des aléas, c'est un peu dur mais le plus important est d'avoir une bonne compréhension de ce qui s'est passé, comprendre pourquoi je n'ai pas pu faire ce Vendée Globe, pourquoi elle n'a pas cassé un mois plus tôt pourquoi elle n'a pas cassé un mois plus tard dans les mers du sud. Tout ça pour nous permettre de mieux rebondir.

Envisagez-vous déjà un prochain Vendée Globe?

Je ne suis pas du tout dans cet état d'esprit. Aujourd'hui je suis déjà très déçu, bien affecté par tout cela mais surtout dans l'attente de réponses aux questions qu'on se pose tous. Je suis davantage attaché aux problèmes d'aujourd'hui que dans des prévisions de programme ou d'échéances sportives. Je pense que ça viendra après mais aujourd'hui je ne suis pas du tout dans cette démarche.

 

Est-ce que vous avez un favori parmi ceux qu'il reste en course?

Ceux qui sont en tête sont ceux avec qui je m'entraîne une bonne partie de l'année. Je ne suis pas étonné qu'ils soient déjà devant. Ça me fait plaisir que mes partenaires d'entraînement mènent la danse aujourd'hui. Il y a tellement de difficultés et d'embûches à passer dans le Vendée Globe que faire des pronostics sur une course telle que celle-là est vraiment hasardeux.

 

Une réaction sur l'incident de Kito de Pavant?

Kito, il faut savoir qu'il m'a envoyé un message de soutien hier soir. Je ne sais rien de plus sur son incident que ce que disent les communiqués. Ce qui est certain, c'est que dans les endroits où il y a des zones de pêche, certains pêcheurs ne mettent pas d'AIS, donc c'est une source de problèmes parce qu'on ne peut pas les repérer. En tout cas je suis profondément malheureux pour Kito, c'est quelqu'un de bien, qui avait un beau bateau et une belle équipe. Le voir rentrer et abandonner la course ne me fait absolument pas sourire.



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