Comment trouver le sommeil gagnant ?

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La gestion du repos et la recherche des « portes du sommeil » sont un facteur essentiel de performance et de sécurité en mer.


Sur un Vendée Globe, il faut être un bon navigateur, un bon régleur… mais aussi un bon dormeur. Car le sommeil est un facteur fondamental de la performance durant 80 jours de mer et plus. Dormir est aussi important que s’occuper du bateau : c’est prendre soin de soi-même, préserver sa fraîcheur physique et intellectuelle, et garantir sa sécurité.


Des siestes pendant trois mois


A la différence du terrien qui dort en une seule fois -on parle alors de sommeil monophasique- les marins dorment en plusieurs phases, on parle alors de sommeil polyphasique. Ce rythme ne constitue pas pour autant une anormalité biologique puisque l'homme est l’un des rares mammifères à avoir un sommeil monophasique. Les marins du Vendée Globe renouent donc avec la forme de sommeil la plus répandue dans la nature : le sommeil polyphasique, c'est une des choses qu'ils ont en commun avec les mammifères marins.


Les siestes du marin peuvent aller de 20 minutes à 2 heures, suivant les conditions. Pendant ces courtes périodes, tout l'enjeu est d'aller récupérer les bonnes phases de sommeil: le précieux sommeil paradoxal et le sommeil lent profond. «A bord de nos bateaux de course, explique Jean-Pierre Dick, le skipper de Virbac – Paprec 3, il faut s'adapter en permanence aux conditions et ne pas engranger une fatigue qui pousserait tôt ou tard à la faute. » Jean-Pierre Dick essaie de faire deux ou trois phases de sommeil d’1h15 chacune pendant la nuit et encore 2 ou 3 siestes plus courtes de 15 minutes pendant la journée. Au total, il vise les 5 heures de sommeil par jour. « Si le vent est très variable ou très fort, si le bateau nécessite des réparations, je privilégie le sommeil par petites tranches de dix à vingt minutes, précise-t-il. Il m'arrive aussi de dormir par sommeil flash de une à deux minutes.» Jean-Pierre Dick s’adapte donc aux exigences de la course et aux besoins de son bateau pour aller dormir. Mais il ne va pas pour autant dormir n’importe quand : ses temps de repos à la bannette ont été calculés et préparés scientifiquement en amont.


45 % de notre sommeil n’est pas réparateur


Lors d’une nuit à terre, une personne ne souffrant pas de pathologie du sommeil dort par cycles successifs de 90 minutes. Ces cycles sont divisés en trois temps : le sommeil léger, la phase de sommeil lent profond, réparateur pour les muscles, et enfin le sommeil paradoxal, réparateur pour le cerveau. Chaque cycle dure environ 90 minutes, et le dormeur en enchaine plusieurs : une personne qui dort 7h30 fera donc cinq cycles de sommeil. Peu de gens le savent mais ces phases de sommeil sont à heure fixe, elles dépendent des habitudes et du profil de dormeur. C'est pour cette raison que suivant l'heure à laquelle sonne notre réveil le matin, on peut être soit en pleine forme si c'est en fin de sommeil paradoxal, soit en grande détresse si c'est en pleine phase de sommeil lent profond. Le samedi soir, on peut être très fatigué en plein dîner à 23 heures, au moment d'une porte du sommeil, et en pleine forme quand on se couche à deux heures du matin.


Pour les marins, c'est la même chose: l'objectif est de prendre les bonnes phases de sommeil au bon moment et de se réveiller en pleine forme après un court moment de repos. « Nous savons aujourd’hui que les skippers qui font les meilleurs résultats sont ceux qui dorment le mieux, explique Bertrand De la Gisclais, médecin du sommeil et membre de l’équipe de l’Hôtel Dieu à Paris. « De plus en plus de coureurs se forment à la météo, à la santé, à la nutrition à bord mais aussi au sommeil », précise-t-il. Le sommeil léger, qui représente 45% de notre sommeil, n'est pas réparateur. Il faut donc trouver "les portes du sommeil", ces moments où l'on va récupérer les phases de repos les plus récupératrices.


Dormir avec des électrodes


Beaucoup de marins finissent, à force d'expérience, par se connaitre et par trouver instinctivement les bonnes phases de sommeil. D'autres, comme Jean-Pierre Dick, Isabelle Autissier, Laurent Bourgnon ou les frères Ravussin, ont été suivis par des médecins. L'Hôtel Dieu à Paris dispose ainsi d’un service qui soigne les pathologies du sommeil mais prépare aussi les marins au sommeil en mer. Au programme: une nuit à terre avec des électrodes sur la tête pour connaitre les phases de sommeil du marin, puis des sorties longues en mer toujours avec des électrodes sur la tête pour voir comment le skipper dort et quelles sont ses meilleurs phases de récupération.


A l'issue de cette phase de collaboration, le médecin est en mesure de donner au coureur un planning avec ses portes du sommeil sur 24 heures, c’est-à-dire les heures où il doit aller se coucher pour attraper les bonnes phases de sommeil. Avec ce planning, le marin doit pouvoir faire le Vendée Globe en dormant environ 5 à 6 heures par 24 heures, en plusieurs fois. L'objectif est de dormir le moins possible pour être le plus longtemps possible opérationnel pour le bateau, sans jamais contracter ce que les médecins appellent "la dette de sommeil", synonyme de moindre performance, d'hallucinations parfois et donc de danger pour le marin.
 

 

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