Le Cléac’h s’extirpe du Pot au Noir

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Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) semble être sorti du pot au noir. Derrière le skipper breton, un groupe de cinq bateaux séparé seulement par 2 milles !


On se croirait dans une étape du Tour de France, un coureur qui s’échappe devant et un petit peloton derrière qui organise la chasse. Ce mardi, à 16 heures, Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) comptait seulement 26 milles d’avance sur Vincent Riou (PRB) qui traine dans son sillage Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec), Bernard Stamm (Cheminées-Poujoulat), François Gabart (Macif) et Alex Thomson (Hugo Boss). Un groupe de cinq bateaux qui n’est séparé que par 2 milles nautiques ! A la vacation radio du jour, les six protagonistes ont tous décrit (voir ci-dessous) un passage dantesque dans le Pot au Noir. Pluie battante, vent oscillant entre 0 et 35 noeuds sous les grains, mer désordonnée, manoeuvres incessantes sur le pont et visibilité quasi nulle. Un vrai cauchemar qui fait souffrir les hommes et le matériel. « Il faut sans cesse jeter un coup d’œil dehors car nous sommes cinq très proches les uns des autres » rajoute Bernard Stamm. La délivrance devrait être proche car les leaders naviguent désormais à plus de 10 noeuds dans un vent d’est-sud-est modéré, annonciateur de la fin de la Zone de Convergence Inter Tropicale (ZCIT).

 

La fin du Pot au Noir pour Le Cléac’h !

 

À la mi-journée Armel Le Cléac’h pensait ainsi en avoir fini avec ce secteur de l’Atlantique tourmenté. « Le Pot au Noir est derrière moi. Le ciel s’est bien dégagé ce matin. On en profite pour se reposer un peu après 24 heures assez compliquées. Derrière, ils sont bien regroupés et moi j’en profite pour essayer d’avancer, de creuser l’écart. C’est un peu le charme et la difficulté de ce Pot, on ne sait pas à quelle sauce on va être mangé. Devant, on a pas mal subi ses effets, derrière ça a l’air d’aller à peu près bien pour les poursuivants. On fera le compte demain quand ils en seront sortis pour voir les incidences en termes de classement et d’écart entre les bateaux ».

 

Un trio toujours compact

 

Derrière la bande des six, notre trio toujours composé de Mike Golding (Gamesa), Jean Le Cam (SynerCiel) et Dominique Wavre (Mirabaud) a refait la moitié de son retard sur les bateaux de tête. Reste à savoir si les trois solitaires conserveront cet acquis dans les prochaines vingt-quatre heures en étant à leur tour confrontés aux affres du pot au noir.

 

LES VOIX DU LARGE

 

Bernard Stamm (Cheminées-Poujoulat) : « On a passé une nuit d’enfer. Nuit noire, déluge et grains incroyables avec des bascules de vent incessantes. C’était fou. Là, ça se calme un peu car on voit enfin la mer et les nuages mais ça reste un exercice. Ça va dans tous les sens et faire de la vitesse là-dedans, ce n’est pas bon. Je suis très sous-toilé, mais ça tape quand même, le matériel souffre. Pour l’instant on est en paquet (ndlr : Cheminées Poujoulat, Macif, PRB, Virbac Paprec 3 et Hugo Boss se tiennent en quelques milles), je suis même en route collision avec un autre - il va pas falloir qu’on se rentre dedans - et on est trois bateaux à vue. Je ne les ai pas identifiés mais c’est possible que ce soit Macif et PRB. Alex (Thomson) a pris les choses dans le bon sens, au lieu d’avoir du vent au près on a du vent portant et il peut y avoir de grosses différences. Côté température, ça va encore, il n’a pas fait beau du tout, il est tombé des trombes d’eau donc ça a plutôt rafraîchi. Il fait 25°-30°, ce n’est pas la canicule. C’est incroyable ce que ça demande d’énergie, c’est incessant, il faut vraiment pouvoir se reposer et se nourrir sinon c’est la misère. J’espère sortir de ce pot au noir dans la journée, ce serait bien que l’on n’ait pas encore une nuit comme celle-ci. Le risque de voir Armel (Le Cléac’h) s’échapper devant existe mais le plus gros risque c’est de casser du matériel. Il faut s’imaginer, nuit noire, on ne voit pas l’avant du bateau et le vent passe de 0 à 35 noeuds en peu de temps et tout cela sous une pluie battante ».

 

Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) : «Tout va bien à bord de Banque Populaire. Il y a eu quelques petits bricolages à faire sur les premiers jours de course mais rien de grave. Le bateau se porte bien. Je profite de ces conditions pour faire le tour du bateau, essayer de voir si tout va bien. J’ai commencé à regarder la route pour descendre. Pour l’instant la route n’est pas très rapide pour aller vers la première porte des glaces. On va voir comment ça va évoluer, ce sont des conditions assez classiques à cette époque-là de l’année ».

 

Vincent Riou (PRB) : « Ça va pas mal. J’ai commencé à voir le bout du tunnel (ndlr : la fin du pot au noir) depuis une heure, le vent est établi et je suis au près dans quelque chose qui pourrait ressembler à un début d’alizé. Je n’avais jamais vécu un pot au noir comme ça. La nuit dernière a été dantesque avec des grains dans tous les sens et une pluviométrie incroyable. Ça a été fatiguant à gérer mais on a traversé un pot au noir très large qui est descendu avec nous. Les choses sont en train de se mettre en place et bientôt, le temps du repos va arriver. Hier, j’ai longtemps navigué bord à bord avec Alex Thomson et je vois les autres depuis ce matin sur l’AIS. Je n’ai pas pris trop le temps de scruter l’horizon pour les chercher. On a eu des conditions très changeantes, on n’a pas eu cinq minutes avec le même réglage de voile ou sur la même amure. Ça a été vraiment très agité ».

 

Alex Thomson (Hugo Boss) : « La nuit dernière a été vraiment difficile, je n’ai pas pu dormir. Il y a eu du grain constamment, c’était les pluies de la mousson pendant 7 heures d’affilée. Je n’ai pratiquement pas eu de vent donc j’ai dû rester à la barre tout le temps. Je crois que je suis sorti du Pot au Noir mais à chaque fois que je le traverse, je me dis : « Maintenant Alex, tu sais, quand tu penses que tu en es sorti, ça veut dire que tu es toujours dedans. » Mais je pense vraiment que je suis dehors Je suis au près, je suis complètement exténué mais je ne peux pas dormir pour l’instant. Les autres bateaux sont autour de moi, je peux les voir, donc je veux rester éveillé pour l’instant. Et puis, après trois changements de voiles, le bateau est un peu en désordre donc je vais devoir passer les prochaines heures à ranger un petit peu. Ensuite, j’espère que je pourrai me reposer un peu ».

 

Bertrand de Broc (Votre Nom autour du Monde avec EDM Projets) : « C’est plutôt sympathique ce matin. Ça roule tranquillement, il n’y a pas un grand soleil mais il fait super bon. J’ai fait de la bricole à droite à gauche. Il y a un petit bout qui permet de tenir l’hydrogénérateur qui a cassé cette nuit donc j’étais pendu à l’arrière pour essayer de le remettre. Le temps que je remonte pour aller chercher un petit bout, le téléphone a sonné. On ne s’ennuie pas, depuis que je suis parti, il y a toujours quelque chose à faire. Je ne vois pas le temps passer. C’est super mais j’aimerais bien être un peu plus dans la course. Mais la route est encore longue. J’essaye d’être bien sur le bateau, de bien profiter. Ce que j’aime bien c’est manœuvrer, faire marcher un bateau et c’est vrai que depuis le départ des Sables, avec le petit retard, je n’ai pas tout à fait pris la même route mais j’ai découvert un avant-goût des 40emes et 50emes avec de la grosse mer. Ça m’a mis dans le vif du sujet. Il reste encore 80 jours de navigation donc j’ai le temps de me refaire la cerise. J’ai l’impression que le pot au noir est assez content que j’arrive, il est pas mal. En tout cas un peu mieux que pour les premiers ».

 

Dominique Wavre (Mirabaud) : « Depuis hier soir, Jean Le Cam, Mike Golding et moi on s’est pris un énorme grain avec beaucoup de pluie et du vent qui nous a obligés à faire du près. Mais ce qui est bien, c’est que nous n’avons quasiment jamais été arrêtés. Le ciel est complètement couvert, il fait très sombre. La mer est grise, un peu comme La Manche, mais elle est surtout très désordonné. Le vent monte et descend sans prévenir, on ne voit pas grand chose sur l’eau donc il faut être aux aguets. C’est une navigation attentive. La francophonie va peut-être se battre contre les anglophones (rires). On a un joli petit trio, donc une jolie petite bagarre, c’est très motivant. Je souffre déjà du pot au noir. Le vent était à 8 nœuds et il est monté à 20 nœuds en une minute. Souffrir, c’est une chose mais tant qu’il y a du vent je ne me plains pas trop. On rentre dans le pot au noir quand les autres en sortent donc les écarts risquent de se reformer ».

 

Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec) : « J’ai passé une nuit de dingue ! Dans la nuit noire, tu ne vois pas grand-chose, tout à coup, le vent se lève à 30 nœuds, tu ne sais pas d’où cela vient, c’est de la folie. Il y avait de l’orage très fort, des grains violents. J’ai fait un empannage rock n’ roll dans 30 nœuds sous un orage. C’était carrément dangereux. Quand tu es tout seul face à cela, ce n’est pas évident, il faut gérer l’ensemble des manœuvres et veiller à ne pas casser le matériel. (Au sujet de son positionnement ouest) Ce n’était pas vraiment un choix, je me suis retrouvé sous un orage violent avec beaucoup de toile. Le bateau est parti à fond en dévalant les vagues avec de l’eau partout sur le pont. C’était impossible d’empanner dans ces conditions sans casser du matériel. Tu respires un grand coup et tu agis. J’ai affalé la voile d’avant en catastrophe et pris un ris. J’ai rarement vu un pot au noir aussi actif ! »C’est très, très dur avec des grains jusqu’à 35 nœuds. On est une bande de cinq bateaux dans un incroyable mano à mano, c’est incroyable. J’étais avec François Gabart, on faisait une succession d’empannages pour essayer de toucher du vent. J’espère qu’on va bientôt sortir de ce pot au noir parce qu’on ne peut pas dire qu’il ait été sympa avec nous. Quelle horreur ! Je suis étonné que personne n’ait eu de problème, les bonshommes en tête de course sont tous très affûtés. Ça se bat, c’est une superbe lutte. Dans une mer formée, voir les bateaux comme ça, c’est vraiment très, très beau ».

 

Tanguy de Lamotte (Initiatives Coeur) : « Salut à tous ! Dong - flap flap flap - plouf... ??? C'est le bruit des poissons volants qui tapent le bateau, se débattent sur le pont et retombent à l'eau... Le vent était très variable cette nuit en passant les îles du Cap-Vert mais malgré la chaleur, j'ai réussi à bien dormir grâce à tous les clics sur Initiatives-cœur ; nous pouvons opérer un deuxième enfant. C'est une petite fille qui vient du Gabon et qui a 13 ans. Elle sera opérée à Paris au début du mois de décembre. Elle me rejoint avec Sérigné (opéré avant le départ et présent au baptême) à bord du bateau (voir photo). D'ailleurs, je fais un grand coucou à Sérigné car il est rentré guéri dans sa famille à Dakar : " Salut ! ". J'ai aussi une pensée pour Jérémie (Beyou) qui a abandonné au Cap-Vert ».

 

Mike Golding (Gamesa) « Je suis au près avec beaucoup de vent en ce moment. Je suis venu avec beaucoup de vent fort la nuit dernière et maintenant j’attends de voir si le Pot au noir me ralenti. À l'heure actuelle, il y a beaucoup d'éclairs et de la pluie. Mais jusqu'ici, tout va bien. Ça serait bien si nous pouvions garder certains milles que nous avons acquis. Ce serait même bien si nous pouvions tous les garder ! L'info météo que vous recevez donne une bonne idée de ce qui se passe ici. Les changements sont petits et subtiles et si vous pouvez zoomer et voir les différences entre vent et pas de vent alors c'est parfait. Mais c’est une zone où les changements sont très fréquents. Le modèle que je regarde maintenant est probablement trop vieux maintenant, mais je suis ma stratégie, et si je devais soudain partir 50 milles plus à l’ouest, je ne pourrais pas le faire ! Mais je ne suis pas trop inquiet. Hier, à l'approche du Pot au noir il y avait beaucoup de nuages. Il y a une telle variété de tailles et de types de nuages, certains très hauts et d’autres plus bas ; qu'il faut apprendre leurs caractéristiques. Vous devez les suivre sur le radar. Les grands peuvent apporter du vent devant eux et puis plus rien derrière. Le calme peut durer des heures. Vous tentez généralement d'éviter les plus gros, mais certains sont inévitables. Maintenant, je suis à la recherche d'un vent stable dans un vent de sud-est; ce qui signifierait que nous commençons à sortir. Le Pot au noir se déplacer au nord et au sud et en ce moment les vents sont statiques dans le nord et vont commencer à se développer un peu. J’espère donc me diriger vers le sud avant que cela n’arrive ».

 

Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) : « Tout va bien à bord, le bateau et moi sommes en bonnes conditions. J’ai résolu le problème d’hydrogénérateur pour le moment, il produit moins qu’au départ, mais ça va, mes batteries sont chargées. J’ai remplacé le taquet qui sert à tenir le safran bâbord dans l’eau et qui avait cassé hier. Navigation sous spi de tête et grand-voile haute, soleil et dauphins ».

 

CLASSEMENT

Positions du 20/11 à 16 heures : 1.Armel Le Cléac´h (Banque Populaire) à 21 192 milles de la ligne d’arrivée; 2.Vincent Riou (PRB) à 26,7 milles du leader; 3.Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec) à 26,9 m: 4.Bernard Stamm (Cheminées-Poujoulat) à 27,7 m; 5.François Gabart (Macif) à 28,4 m; 6.Alex Thomson (Hugo Boss) à 28,9 m;7.Mike Golding (Gamesa) à 141,4 m; 8.Jean Le Cam (SynerCiel) à 147,1 m; 9.Dominique Wavre (Mirabaud) à 151,6 m; 10.Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) à 277,4 m; 11.Bertrand De Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets) à 501,5 m; 12.Tanguy de Lamotte (Initiatives-coeur) à 607,2 m; 13.Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) à 635 m; 14.Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) à 984,2 m; 16.Zbigniew Gutkowski (Energa) à 1 656,2 m. Abandons : Marc Guillemot (Safran); Kito de Pavant (Groupe Bel); Samantha Davies (Savéol); Louis Burton (Bureau Vallée); Jérémie Beyou (Maître CoQ).
 



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