L’analyse stratégique de François Gabart

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Armel Le Cléac’h ne cède rien. Bernard Stamm répare son génois. Mike Golding gagne du terrain. Et pendant ce temps là François Gabart analyse la situation.


Photo Jean-Marie Liot (DPPI) - Vendée Globe

Dans la descente le long des côtes brésiliennes avec un vent de secteur est de 15 noeuds, Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) maintient toujours vendredi à distance respectable ses cinq poursuivants immédiats : François Gabart (Macif), Vincent Riou (PRB), Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec), Bernard Stamm (Cheminées-Poujoulat) et Alex Thomson (Hugo Boss).

 

Gabart étudie les options

 

François Gabart nous dévoile les différentes options de route des prochains jours. « La stratégie par rapport à la course est d’aller le plus vite possible. Dans les conditions stables du moment, j’essaie de me concentrer sur les réglages du bateau et sur mes sensations. Après, il va y avoir de la stratégie météo, avec l’océan Atlantique Sud grand ouvert devant nous et un anticyclone de Sainte-Hélène à gérer, qui peut laisser place à des options assez différentes. Soit tu optes pour une route extrême à l’ouest le long du Brésil, soit pour une trajectoire plus à l’est le long de la route directe pour davantage « couper le fromage ». J’essaie de me laisser le maximum de choix le plus longtemps possible. Je ne veux pas me mettre trop rapidement dans une option fermée, sur laquelle je ne pourrais pas revenir. La météo reste une science incertaine, l’idée est d’affiner la stratégie au fur et à mesure pour prendre le moins de risque possible ».

 

Stamm répare son génois

 

Parmi les chasseurs du groupe de tête, Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) est le moins rapide en naviguant deux noeuds de moins. Le skipper helvète nous en explique la raison. « Je naviguais dans une mer assez chaotique. Dans une grosse molle (absence de vent, ndlr), le bateau s'est fait ballotter comme un bouchon et le génois est venu se déchirer sur l'une des dérives qui était remontée. Du coup, pour continuer à bien avancer, je dois serrer un peu plus le vent, d'où ma route plus à l'est que mes compagnons d'avant-poste, sous peine de me rallonger et d'aller moins vite à cause d'une mauvaise configuration de voile. Quelques soucis de pilotes et autres bricoles m’ont également beaucoup occupé. Je suis en train de terminer mes réparations. La fin de la punition est proche ! ».

 

Golding grapille du terrain

 

Derrière, Mike Golding (Gamesa) a pris plus de 50 milles d’avance à Jean Le Cam (SynerCiel) et Dominique Wavre (Mirabaud) pour s’installer en septième position. Enfin, en queue de peloton, exceptés Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) et Tanguy de Lamotte (Initiatives-coeur), Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) et Bertrand De Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets) ont concédé un paquet de milles dans la traversée du Pot au Noir. Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) ferme toujours la marche à 768 milles du tableau arrière de Banque Populaire.

 

LES VOIX DU LARGE

 

François Gabart (Macif) : « Tout va bien à bord de Macif. Le bateau glisse, on borde et choque au fil des nuages et des risées mais dans l'ensemble, les conditions sont plutôt stables et propices à la récupération et au sommeil ! La seule difficulté est de ne pas surchauffer car la chaleur est tenace, même une fois le soleil couché. Hier le vent était moins fort et j'avais passé une partie de la nuit avec la soute à voiles ouverte : le courant d'air était parfait. Paradoxalement, plus de vent cette nuit mais moins d'air dans le bateau... La lune éclaire les voiles. Pas besoin de frontale. C'est parfait. Je réalise la chance que j'ai de faire tout cela. J'apprécie ».

 

Vincent Riou (PRB) : « C'est la belle vie ! Il y a du réglage bien sûr mais on passe nos soirées sous les étoiles. Le soir, je lis dans le cockpit. Tout ça en short, on ne va pas se plaindre. Au vu des conditions, j'ai pu checker plusieurs fois le bateau. Tout est nickel ! Cette nuit, j’étais bien en vitesse. J’ai pu accrocher une bande de vent alors que la nuit dernière, j’avais été ralenti en tombant dans une zone de molle. Je regarde déjà un peu ce qui se profile pour l’entrée dans les quarantièmes. Pour l’instant, ce n’est pas violent. On y entre en traversant un anticyclone. On aura un peu plus de pression qu’actuellement mais rien de très violent. Dans 10 jours, je vois 20 à 25 nœuds mais c’est encore loin. Ce sera à peu près au niveau de la porte des glaces numéro 1 ».

 

Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) : « Ça y est, nous sommes passés de l'autre côté du Pot au Noir. C'est maintenant le bon moment pour effectuer quelques tâches de maintenance et de pousser un peu le bateau. Le système de plaques solaires fonctionne bien, je suis content de ne pas avoir à mettre le moteur en marche par cette chaleur ».

 

Alex Thomson (Hugo Boss) : « L'hydrogénérateur est à nouveau en place et il fonctionne. C'est un réel soulagement et ça fait plaisir de pouvoir enfin se concentrer sur autre chose que des réparations. Il ne faisait pas si chaud que ça mais c'était un travail délicat, il fallait percer, nettoyer, visser et pour faire tout ça tout en étant penché à 30 degrés, il faut être sacrément bien organisé. J'ai rencontré quelques difficultés à maintenir une bonne vitesse au cours des 24 dernières heures mais maintenant il y a plus de vent et j'avance mieux. Il est évident que les gars à l'avant vont ralentir un peu au fur et à mesure qu'ils vont descendre le long de la dorsale. Mais je sais également que dans ces conditions, les bateaux de tête sont un peu plus rapides que moi. Il ne faut pas que l'écart se creuse. Quand le moteur n'est pas en charge, la température est supportable. Et puis grâce aux deux portes de ma cabine, l'air circule plutôt bien. Comment se débrouille Bernard avec son génois endommagé ? ».

 

Tanguy de Lamotte (Initiatives-cœur) : « Tout roule à bord, moi j’ai la chance de ne pas avoir à faire de bricolage. J’ai fait un tour du bateau pour voir s’il n’y avait pas d’humidité à droite à gauche. Je suis avec un petit groupe bien sympa pour commencer l’hémisphère sud. C’est plutôt gratifiant d’être là où je suis avec le bateau que j’ai. Je suis content d’être dans mon rythme et ça paye. J’ai super bien dormi et assez régulièrement. Dans la nuit, j’arrive à faire un minimum de 6 heures donc ça va ».

 

Jean Le Cam (SynerCiel) : « Ce qui est bien, c’est que le bateau va vite. Là j’ai un peu distancé Wavre et j’attaque mon camarade britannique. Ensuite j’aurai encore un Suisse et encore un Anglais. Je fais dans l’international. Ce qui m’intéresse ce n’est pas d’avancer bien, c’est d’aller mieux que les autres. C’est moi le plus rapide, les chiffres n’ont aucune ambigüité. En parlant des vidéos. Moi je n’en ai pas fait beaucoup mais ça m’amuse dès que j’essaye de faire un sujet complet avec les moyens du bord. Je découvre petit à petit les logiciels et je me prends au jeu ».

 

Dominique Wavre (Mirabaud) : « Navigation sympa et tranquille. Il fait 28 degrés, à l’extérieur on se fait cuir par le soleil. Il y a des oiseaux. A l’intérieur, 35 degrés. On va plutôt dans le cockpit, on met les protections pour empêcher le soleil d’entrer à l’intérieur. Le bateau marche tout seul, le pilote fait le boulot, c’est assez facile comme navigation. J’en suis à 40-50 passages de l’équateur je ne sais plus trop, j’ai un peu perdu le décompte ».

 

CLASSEMENT

Positions du 23/11 à 16 heures : 1.Armel Le Cléac´h (Banque Populaire) à 20 601 milles de la ligne d’arrivée; 2.François Gabart (Macif) à 51,9 milles du leader; 3.Vincent Riou (PRB) à 69,6 m; 4.Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec) à 84,4 m; 5.Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) à 96,1 m;: 6.Alex Thomson (Hugo Boss) à 118,6 m; 7.Mike Golding (Gamesa) à 291,7 m; 8.Jean Le Cam (SynerCiel) à 341,7 m; 9.Dominique Wavre (Mirabaud) à 347,8 m; 10.Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) à 521,5 m; 11.Tanguy de Lamotte (Initiatives-coeur) à 529,9 m; 12.Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) à 596,9 m; 13.Bertrand De Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets) à 613,8 m; 14.Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) à 768,5 m. Abandons : Marc Guillemot (Safran); Kito de Pavant (Groupe Bel); Samantha Davies (Savéol); Louis Burton (Bureau Vallée); Jérémie Beyou (Maître CoQ); Zbigniew Gutkowski (Energa).



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