Régate dans les 40e rugissants

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Vendredi à 16 heures, Bernard Stamm était toujours aux commandes du Vendée Globe. Pour combien de temps encore ?


Photo Jean-Marie Liot (DPPI) - Vendée Globe

Armel Le Cléac’h a-t-il fait le bon choix en partant en franc-tireur s’attaquer au vaste anticyclone qui stagne au nord de Crozet ? Dans l’immédiat, son choix paraît bien déraisonnable. Pendant 24 heures, Banque Populaire a été fortement ralenti dans les vents mous des hautes pressions. Toute la nuit, son skipper a bataillé pour faire porter les voiles. En l’espace de 36 heures, il a perdu 4 places et 160 milles au classement. Aucun de ses camarades du top 5 n’a souhaité prendre ce risque. François Gabart (Macif), Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec 3), Alex Thomson (Hugo Boss) ainsi que le nouveau leader Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) ont préféré temporiser, rester au sud pour profiter d’un vent frais et continuer à avancer. Seulement voilà, ils doivent désormais s’affranchir de la porte de sécurité Crozet. Autrement dit faire cap au nord-nord-est, à 90 degrés de la route, tout en se rapprochant inexorablement d’un anticyclone qui n’a toujours pas déserté la zone. Aujourd’hui, leur compte est bon. Mais demain ? « Le détour pour aller chercher la porte va nous faire mal » résumait sobrement Bernard Stamm. Contacté pendant le live de la mi-journée, Jean-Pierre Dick avait la voix tendue. Lui et ses compères ont enchaîné plusieurs empannages ces dernières 24 heures et s’inquiètent de la pertinence de leurs options.

 

Grosses fatigues

 

Plus loin dans le classement, au sud de l’Afrique du Sud, Bertrand de Broc a lui aussi connu des heures difficiles. Cette nuit, il s’est battu comme un diable pour récupérer son gennaker tombé dans l’eau. « J’ai passé deux heures exténuantes à cause d’une bêtise idiote » explique le skipper de Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets. Enfin, dans un message envoyé ce matin, Tanguy De Lamotte (Initiatives-Cœur) confiait avoir sombré dans les bras de Morphée pendant 6 heures d’affilée pour récupérer de sa grosse journée de bricolage. Sur une course comme le Vendée Globe, il est normal que les marins passent par des phases d’épuisement passagères. A bord de leurs puissants monocoques, ils ne dorment presque jamais quand ils le souhaitent. Question sommeil, ce sont la météo et le bateau qui dictent leur loi. A ce rythme de récupération très irrégulier, s’ajoute aussi le temps passé en mer. Voilà 27 jours que nos treize solitaires bataillent sur les océans. Ils ont dépassé le tiers du temps théorique qu’ils passeront sur l’eau et ont déjà beaucoup donné.

 

Le Cam et Wavre, bord à bord

 

Après 27 jours de solitude, la tranche de vie que nous ont contée aujourd’hui Jean Le Cam et Dominique Wavre est d’autant plus incroyable. Au petit matin, par 43 degrés sud, leurs bateaux se sont croisés, à quelques dizaines de mètres. Caméra en main, les deux hommes ont immortalisé cet instant magique. Ils ont aussi passé une bonne demi-heure à se parler en VHF, heureux l’un et l’autre de cette rencontre impromptue…

 

LES VOIX DU LARGE

 

Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) : « Bonne nouvelle ce matin en recevant le fichier des classements. Le vent commence à mollir sérieusement. On pourra compter les points de chacun qu'une fois la porte franchie et quand on aura retouché le vent de nouveau. En attendant, ça fait du bien. En tête du Vendée Globe dans l'Indien, ce n'est pas rien. C'est aussi un petit répit concernant la vie à bord. Les conditions sont plus légères et la vie plus facile. Quand le bateau file à vingt nœuds - ce qui est permanent quand il y a de l'air - les conditions de vie sont très difficiles. Je ne sais pas comment c'est chez les autres, je pense que ça doit être un peu pareil. Ils ne sont pas sur des yachts de croisière. Même avec plus ou moins de confort, je pense que ça reste bien extrême Cette nuit, j'ai croisé le signal AIS de MACIF. Ça aussi c'est incroyable ! Je crois qu'il a croisé à un ou deux milles derrière moi. Après quelques semaines de course, c’est fou ! Nous étions ensemble, à Niort, quelques jours avant le départ de la course, pour une soirée Poujoulat-Macif. A ce moment, nous étions loin de penser que plusieurs fois pendant cette course, nous serions assez proches pour nous voir ou en tous cas se parler à la VHF. C'est énorme! Voilà, j’y retourne ».

 

Alex Thomson (Hugo Boss) : « Les conditions sont bien meilleures à bord. Je suis vraiment soulagé d’être sorti de la zone des glaces où je naviguais depuis deux jours. C’est forcément stressant de savoir qu’il y a des icebergs dans le coin. Après un empannage hier et ma sortie de la zone des glaces, j’ai pu dormir quelques heures la nuit dernière, ça m’a fait du bien. Après quelques jours compliqués avec des rafales et des vents forts, les choses sont un peu plus calmes maintenant. J’espère que ça va durer jusqu’à mon arrivée à l’extrémité est de la porte des glaces. Je vais aussi pouvoir continuer à réparer mon hydrogénérateur qui me cause encore quelques soucis. J’ai comme l’impression que ça va être comme ça pendant tout mon tour du monde… Je suis tellement au sud qu’il commence à faire sérieusement froid à bord et la nuit dernière, pour la première fois depuis le départ, j’ai sorti le gros sac de couchage ».

 


Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) : « Me voilà de nouveau encalminé. C’est étrange car tous les bulletins météo me prédisaient beaucoup de vents dans cette zone. Je pense que ce n’est qu'une perturbation locale, j’espère que ça passera vite. Avec la mer qui grossit et seulement 4 nœuds de vent, c’est difficile de garder le bateau appuyé et de continuer à avancer. Je pense pouvoir m’en sortir d’ici quelques heures, en sortant un peu plus au Sud. Le passage de la prochaine porte des glaces s’annonce compliqué car il semble bien que je vais devoir choisir entre la pétole et les icebergs (où il y a du vent). J’espère que la météo va changer un peu et me permettre d’arriver en toute sécurité à la porte ».

 

Mike Golding (Gamesa) : « Nous sommes désormais au reaching dans une mer vraiment défaite après le coup de vent de la nuit dernière. Comme vous pouvez le voir (ici) ça va très très vite et c'est très inconfortable. Le bateau part parfois au surf et se retrouve à des angles improbables et des réactions totalement imprévisibles. Ce ne sont clairement pas mes conditions préférées de navigation. On progresse plutôt bien mais je n'arrive à prendre plus de nord, ce qui me permettrais d'échapper à l'anticyclone qui nous poursuit ».

 

Dominique Wavre (Mirabaud) : « Nous naviguons dans une situation très compliquée, en bordure sud d’un anticyclone. Le vent est erratique, et difficile à maîtriser. Mais je suis super-content de ma performance ces trois derniers jours. Ma tactique était juste, et ma vitesse excellente. Depuis deux jours, j’ai passé toutes mes plus grandes voiles en revue ; je n’ai pas cessé de manœuvrer et de changer de voiles. Ça a bien payé, je suis très satisfait. Mis à part la température, on se croirait dans l’alizé. Il fait grand beau, la mer est d’un bleu très intense. La nuit passée, il y avait un ciel très étoilé. C’est l’avantage de cet anticyclone dans les mers du grand sud : les ciels sont extraordinaires ».

 

Jean Le Cam (SynerCiel) : « Dans la nuit, j’avais changé de voiles pour pouvoir descendre un peu plus. Et, vers une heure du matin, je monte faire une ronde sur le pont pour vérifier que tout va bien. Et là, en regardant sous le vent, je vois des feux !! Avec Dom (Dominique Wavre), on a eu la bonne idée de tous les deux allumer nos feux. On se doutait qu’à force de naviguer aussi près, on allait bien finir par se croiser. J’ai un peu manœuvré et je l’ai rattrapé vers 2h - 2h30 du matin, pile au lever du jour, parfait pour faire des images ! On a un peu discuté à la VHF, ça fait vraiment plaisir. Là (à 10h00), on ne se voit déjà plus car je me suis un peu décalé dans son Sud ».

 

CLASSEMENT

Positions du 07/12 à 16 heures : 1.Bernard Stamm (Cheminées-Poujoulat) à 16 525 milles de l’arrivée: 2.François Gabart (Macif) à 12,9 milles du leader; 3.Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec) à 48,3 m; 4.Alex Thomson (Hugo Boss) à 126,9 m; 5.Armel Le Cléac´h (Banque Populaire) à 159,4 m; 6.Mike Golding (Gamesa) à 607,3 m; 7. 8.Jean Le Cam (SynerCiel) à 626,8 m; 8.Dominique Wavre (Mirabaud) à 632,9 m; 9.Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) à 1 319,8 m; 10.Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) à 1 523 m; 11.Bertrand De Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets) à 1 782,2 m; 12.Tanguy de Lamotte (Initiatives-coeur) à 1 964,5 m; 13.Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) à 2 620 m. Abandons : Marc Guillemot (Safran); Kito de Pavant (Groupe Bel); Samantha Davies (Savéol); Louis Burton (Bureau Vallée); Jérémie Beyou (Maître CoQ); Zbigniew Gutkowski (Energa); Vincent Riou (PRB).



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