Chabaud : « Les skippers sont trop liés avec la terre »

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INTERVIEW. Catherine Chabaud a déjà couru le Vendée Globe deux fois, en 1996 et en 2000. Douze ans plus tard, son bateau est toujours là, mené par Tanguy de Lamotte, un skipper qu'elle apprécie particulièrement.


Divers Voile / La Chaîne Météo - Crédit photo: Moussis/Panoramic

FIGARO NAUTISME. - Thomas Coville disait que le Vendée Globe manque de présence féminine. Qu'en pensez-vous?

Catherine Chabaud. - Je suis d'accord. Il y a pas mal de navigatrices aujourd'hui qui ont le niveau pour courir cette course. Je pense par exemple à Jeanne Grégoire. Samantha Davies fait aussi beaucoup de bien à cette course même si elle a dû malheureusement abandonner. Les femmes apportent autre chose, elles font partager les émotions différemment et c'est positif pour la course.

Vous suivez particulièrement Tanguy de Lamotte (Ndlr Catherine Chabaud est marraine de Mécénat Chirurgie Cardiaque, cause soutenue par le skipper). Comment jugez-vous sa course?

Il fait vraiment une très belle course. Je le trouve bien dans son histoire, il est à sa place (12e, ndlr). Il a un bateau très vieux mais il n'y prête pas attention et, malgré tout, reste à une place tout à fait honorable. Même s'il ne fait pas la course pour la gagner, il reste un grand compétiteur. Il a aussi un talent pour faire partager. Dès qu'il fait quelque chose sur son bateau, il prend sa caméra et le montre au public. Ça le rend très attachant.

Comment voyez-vous la course en général?

J'ai un avis vraiment partagé. Ça reste passionnant à suivre parce que la bagarre devant est très serrée et que ça reste le Vendée Globe. Mais les moyens de communication permettent trop de suivre la course. Entre les vacations, les médias, les sponsors mais aussi les familles, les marins restent très liés avec la terre. Un comble pour un solitaire! Ce que je trouve ennuyeux, c'est qu'ils semblent y prendre plaisir... Personnellement, j'ai vécu mes moments les plus exceptionnels sur le Vendée Globe alors que tous mes moyens de communication étaient hors service. On rentre dans une communion parfaite avec la mer et on vit des moments de bonheur intense.

Après, en ce qui concerne les portes des glaces, cela change beaucoup la course. Je pense que les skippers ne connaissent pas les mêmes mers du Sud que celles que j'ai connues. Elles restent rudes mais, aujourd'hui, ce sont plus les bateaux qui les rendent difficiles. Ils filent à de telles vitesses qu'il est compliqué de manier correctement le bateau. Je suis aussi très surprise par la latitude très Nord des glaces.

Quels concurrents suivez-vous avec attention?

Il y avait Samantha Davies. Elle est impressionnante de force. Quand je vois les abandons, je sens l'immensité de la déception que ressentent les skippers et je me rends compte de la chance que j'ai eu de boucler ce tour du monde. Il n'y a que Sam pour réussir à garder le sourire dans de telles circonstances.

Sinon, j'apprécie aussi beaucoup Alessandro Di Benedetto. Il apporte une grande fraîcheur, une bonne humeur constante. C'est essentiel d'avoir des skippers comme lui dans cette course. Il réalise quelque chose de grand mais je pense que ce qu'il avait fait avec son voilier de 6,50m était plus impressionnant encore.

Il y a aussi François Gabart, que je connaissais déjà un peu avant la course. C'est un garçon charmant, intelligent. Il a vraiment tout pour plaire. Même si c'est son premier Vendée Globe, il semble être déjà très expérimenté. Avec Armel (Le Cléac'h), ils forment un duo de tête très intéressant. C'est cette jeune génération figariste qui arrive et qui confirme tous les espoirs. J'affectionne aussi beaucoup Jean Le Cam. Quand on le voit être obligé de plonger sous son bateau pour couper le filet attaché à sa quille, c'est ça le Vendée Globe. Prendre un risque parce qu'on n'a pas le choix, et réussir.

Alessandro Di Benedetto justement, pense écrire un livre sur ce Vendée Globe comme vous l'aviez fait après votre premier tour du monde («Possibles Rêves»). Peut-on retranscrire tout ce qu'apporte un Vendée Globe?

Il n'y a que dans l'écriture a posteriori que l'on peut retranscrire toutes ces émotions. C'est le meilleur des moyens. Lorsque l'on répond sur le moment à des questions, on est dans l'émotion immédiate, alors que lorsque l'on écrit peu de temps après ça devient de l'analyse. A la fin de mon premier Vendée Globe, j'ai dû répondre à beaucoup d'interviews. J'ai notamment beaucoup parlé de mon passage du Cap Horn et j'en avais les larmes aux yeux. Mais au fur et à mesure, j'ai eu ce sentiment que mon récit était moins intense et j'ai tenu à écrire ce livre pour que cette expérience ne soit pas erronée dans mes récits futurs. Je voulais laisser une trace authentique et indélébile.

Pensez-vous à revenir sur cette course?

Non je n'y pense pas vraiment. Je ne suis pas sûre que j'arriverais à maîtriser les bateaux d'aujourd'hui tout en restant compétitive. Ou, sinon, il faudrait que je me lance dans la course simplement pour le plaisir, sans avoir d'ambition. D'un autre côté, quand je vois cette édition, ça me replonge dans ce que j'ai vécu. Chaque fois que j'entends parler d'un endroit, je sais que j'y suis passée et que c'était magnifique. Les albatros, l'anticyclone de Sainte-Hélène, ce sont des choses très agréables. Pour ces moments là, je les envie. Par contre, je n'envie pas du tout leur situation actuelle, où ils sont comme dans un shaker. Aujourd'hui, j'ai un petit garçon qui va bientôt avoir 7 ans et je pense que j'ai eu mon compte, pas forcément en compétition mais plutôt au niveau de l'expérience. Je suis plus tentée par les croisières, les explorations en famille.



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