Le Cléac’h et Gabart au contact

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L’histoire dira si Armel Le Cléac’h et François Gabart se quitteront un jour avant le retour aux Sables d’Olonne. Pour le moment, ils sont inséparables.


Photo Jean-Marie Liot (DPPI) - Vendée Globe

Après 38 jours de course et à l’entrée de l’océan Pacifique Sud, Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) et François Gabart (Macif) continuent leur fantastique duel. 12 000 milles de parcourus et seulement 6 milles les séparent, soit un écart d’environ 20 minutes ! Le plus étonnant, c’est qu’ils se marquent à la culotte et ne prennent surtout pas le risque d’opter pour une stratégie de route différente. Dans une rotation de vent qui bascule actuellement dans le secteur nord, les deux siamois naviguaient entre 13 et 15 noeuds. Troisième, Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec) se rapproche à une cadence similaire de la porte des glaces Australie-est. Bonne nouvelle du côté d’Alex Thomson (Hugo Boss) et Bernard Stamm (Cheminées-Poujoulat) qui peuvent enfin descendre la fin de l’Océan Indien avec une trajectoire plus directe dans des vents d’ouest soutenus. Le skipper suisse était le plus rapide de la flotte avec une vitesse moyenne de 17,5 noeuds. Derrière, Jean Le Cam (SynerCiel) suivi de Mike Golding (Gamesa) ont franchi la porte Australie-ouest. Huitième, Dominique Wavre (Mirabaud) est toujours sous la menace de Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) qui ne compte plus que 110 milles de retard.

 

Ça secoue derrière

 

En queue de peloton, Arnaud Boissières (Akéna Vérandas), Bertrand De Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets) et Tanguy de Lamotte (Initiatives-Coeur) font le dos rond en vivant des moments agités face à des vents de 30 à 35 noeuds. Seul Alessandro di Benedetto (Team Plastique), à près 4 000 milles de Le Cléac’h, vit une traversée de l’océan Indien paisible en évoluant dans une brise légère.

 

Dick enthousiaste

 

Un Vendée Globe ce n'est pas juste une régate planétaire avec quelques chiffres et une place acquise ou perdue, c'est avant toute une aventure exceptionnelle, témoin ce message du jour de Jean-Pierre Dick qui tient à nous faire partager son bonheur d'être en mer. « Ici, c’est juste magique, beau, enivrant, angoissant... Une sauvagerie superbe mais effrayante avec le risque de rencontrer des morceaux de glaces dérivantes. Tu as aussi la chance de croiser les animaux des mers australes. C’est un privilège rare ! L’entrée dans le Pacifique à cette période de l’année est moins tempétueuse même s’il faut veiller aux grosses dépressions australiennes qui se jettent dans le Pacifique. La houle est longue et assez forte. Il y a moins de brouillard, c’est un peu plus prévisible que l’Indien. Le plus impressionnant ? Au milieu du Pacifique, tu es au milieu de nulle part à 3000 ou 4000 kilomètres de toutes côtes ».

 

LES VOIX DU LARGE

 

François Gabart (Macif) : « Ça change toutes les dix secondes. Il y a des grains. Entre 18 et 40 nœuds. Je surveille du coin de l’œil Armel (Le Cléac’h), on est à peu près à la même vitesse. Mais il n’a pas l’air de se décider là. Je suis en standby. Même si je suis en train de manger, de me reposer, de faire la météo dans le cockpit, je suis prêt à prendre la barre s’il le faut. Je suis toujours prêt à intervenir. Mais clairement, on ne peut pas tout suivre. On ne va pas tout bouleverser sur le bateau, ni dans les manœuvres car les conditions changent tellement. Je suis dans le Pacifique, c’est une belle nouvelle ça. Je suis ravi même si je n’ai pas vu de grosses différences entre les deux (Indien et Pacifique). C’est parfait, il ne reste plus que cet océan, le Cap Horn et hop, direction la maison. Ça me va comme programme ».

 

Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) : « C’est la deuxième fois que je vais avoir la chance de naviguer dans l’océan Pacifique. Il y a beaucoup de milles à parcourir avant de voir le Cap Horn. Après les Pyrénées, ce sont les Alpes. On va essayer de bien naviguer. Ça ne se joue pas à grand-chose. A quelques milles près, on peut perdre ou gagner du terrain. Là, je profite des conditions favorables. C’est bien d’être revenu (sur Gabart). C’est bientôt la moitié, il faut continuer. C’est plutôt intéressant pour attaquer la suite. C’est bien dans la lutte pour la première place ».

 

Bertrand de Broc (Votre Nom autour du Monde avec EDM Projets) : « Les conditions sont plutôt comiques. Ciel de traîne. Il y a des grains de 25-40 nœuds. Je me tiens car le bateau part un peu dans tous les sens. C’est assez violent. Cette nuit, c’était assez copieux. La table à cartes a encore fait des siennes, l’ordinateur est tombé par terre. J’ai bricolé le reste de la nuit mais j’ai réussi par miracle à remettre tout en place. Je ne sais pas comment mais tout remarche à la perfection. J’ai un petit problème physique au bras - une tendinite… enfin, plus qu’une tendinite - mais tout se répare. Ça me pénalise un peu sur la vitesse du bateau ».

 

Tanguy de Lamotte (Initiatives-cœur) : « On n’est que par 40 Sud mais il y a 6 mètres de houle, des grosses, grosses vagues. De temps en temps, on prend des grosses claques sur le côté du bateau et ça fait un peu peur. Hier soir, je suis tombé sur les fesses sans pouvoir me retenir. Il faut faire attention dans les déplacements car c’est assez brutal. Le bateau est à l’aise mais il faut surveiller tout ce qui se passe sur le pont et rester vigilant. J’avoue que j’ai mis un peu de temps à rentrer dans le grand Sud. Là, on y est bien. Gros nuages gris, grosse houle avec grains, lumière et albatros. Ça colle pas mal à ce que j’espérais. C’est super impressionnant et je passe des supers moments ».

 

Alex Thomson (Hugo Boss) : « Depuis hier, les conditions ont considérablement changé et je navigue actuellement dans 23 à 36 nœuds de vent dans une mer très agitée. J’ai du mal à avancer aussi vite que je le voudrais parce que le bateau a tendance à plonger le nez dans les vagues que nous rencontrons. Je dois être particulièrement prudent mais je sais aussi que le bateau de Bernard, avec son étrave volumineuse, n’aura pas autant de difficultés que moi dans ces conditions. Mais c’est la vie ! Quand la mer sera un peu plus rangée, je pourrai mettre plus de toile et aller plus vite mais je veux à tout prix éviter un problème. C’est agréable de pouvoir enfin aller dans la bonne direction parce que ça fait longtemps que ça ne m’étais pas arrivé. Je me dirige actuellement vers une zone de basse pression poussé par un vent d’ouest. Le vent viendra ensuite du sud et je sais qu’il sera très froid. J’ai déjà préparé tous mes vêtements d’hiver ».

 

Dominique Wavre (Mirabaud) : « La zone de basses pressions qui se trouvait devant nous a disparu et derrière nous, il y a des vents légers qui rendent la navigation bien plus facile que ces deux derniers jours. Par rapport à mes expériences précédentes dans l’océan Indien, on peut dire que les portes des glaces ont bien change la donne. Cette fois-ci, les températures sont plus douces et la mer plus calme mais la météo est très changeante. Les portes des glaces ont aussi rendu les stratégies beaucoup plus évidentes puisqu’on va d’une porte à l’autre et que du coup, les choix tactiques sont limités. On se sent d’ailleurs un peu plus passif. Il est bien trop tôt pour penser au résultat de la course à l’arrivée. Je ne sais absolument pas comment va se terminer cette histoire, je prends les choses une semaine après l’autre et on verra bien ».

 

Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) : « J’ai eu de petites bidouilles à faire la première semaine. Mais depuis, tout est rentré dans l’ordre et je n‘ai absolument aucun problème sur le bateau. C’est vraiment important vu la route restant à parcourir. Si on peut attaquer la remontée de l’Atlantique avec un bateau intact, c’est forcément un plus. Et c’est vraiment ce que je veux : pouvoir utiliser pleinement les capacités de mon bateau pour la remontée ».

 

CLASSEMENT

Positions du 18/12 à 16 heures : 1.Armel Le Cléac´h (Banque Populaire) à 12 354 milles de la ligne d’arrivée; 2.François Gabart (Macif) à 6,3 milles du leader; 3.Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec) à 382,9 m; 4.Alex Thomson (Hugo Boss) à 821,9 m; 5.Bernard Stamm (Cheminées-Poujoulat) à 849,6 931,5 m; 6.Jean Le Cam (SynerCiel) à 1 460,5 m; 7.Mike Golding (Gamesa) à 1 681,6 m; 8.Dominique Wavre (Mirabaud) à 1 850,1 m; 9.Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) à 1 961,9 m; 10.Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) à 2 487,4 m; 11.Bertrand De Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets) à 2 943,1 m; 12.Tanguy de Lamotte (Initiatives-Coeur) à 3 207,4 m; 13.Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) à 3 923,3 m. Abandons : Marc Guillemot (Safran); Kito de Pavant (Groupe Bel); Samantha Davies (Savéol); Louis Burton (Bureau Vallée); Jérémie Beyou (Maître CoQ); Zbigniew Gutkowski (Energa); Vincent Riou (PRB).
 



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