Luc Alphand : «Cette course, c'est un truc de malade»

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INTERVIEW. Après avoir brillé dans le ski alpin et dans le rallye, Luc Alphand s'est, depuis deux ans, lancé dans la voile. Elève de Marc Thiercelin avec qui il a notamment fait la Transat Jacques Vabre en 2011, il nous livre sa vision du Vendée Globe et de la voile en général.


AUTO-MOTO-RALLY-DAKAR / La Chaîne Météo - Crédit photo: AFP.

Figaro Nautisme. - Après le ski et le rallye, la voile est-elle votre prochaine carrière professionnelle?

Luc Alphand. - Honnêtement, je ne sais pas. En tout cas, ça fait deux ans que je suis parti pour en faire un maximum, pour apprendre. Professionnel je ne sais pas si c'est le mot mais c'est sûr que ça me prend de plus en plus de temps.

Qu'est-ce qui vous attire dans la voile?

Le côté aventure, la découverte, les grands espaces. La technique pure, j'ai commencé super tard parce que je n'étais pas du tout marin avant, donc c'est plus difficile à découvrir même si on progressera toujours. Ceux qui ont fait de la voile depuis tout petit ont logiquement un avantage que je n'ai pas. Ça ne m'empêche pas de rêver avec la voile qui offre des perspectives uniques.

Avec quel oeil suivez-vous le Vendée Globe?

Je le suis pour apprendre. Je ne suis ni expert, ni totalement détaché de la course. J'ai déjà fait la Transat Jacques Vabre (avec Marc Thiercelin en 2011) et ce sont exactement les mêmes bateaux, c'est donc très intéressant à suivre pour moi. Je fais de temps en temps des routages météo parce que j'ai les mêmes logiciels que les concurrents. J'aimerais refaire la Jacques Vabre donc j'essaie de me projeter à leur place. Ça me permet de manier les logiciels, d'apprendre la météo, d'observer les trajectoires. C'est très enrichissant. C'est vrai qu'avant, je ne m'y intéressais pas autant mais je le suivais quand même parce que c'est un événement très médiatisé.

Que représente cette course pour vous?

C'est un truc de malade. Comme j'ai eu la chance de faire un peu de voile et surtout sur les mêmes bateaux, je peux imaginer ce que ça peut faire d'être seul à bord. Déjà en double, je ne trouve pas ça évident. Le Vendée Globe, c'est une dimension psychologique exceptionnelle. Être seul, pendant trois mois, avec des conditions météo difficiles et l'aspect technique, c'est impressionnant. C'est surtout ça qui me passionne, il faut arriver à gérer pas mal de soucis techniques plus ou moins graves, être sans cesse attentif, c'est très prenant. Pourtant, si on regarde bien, c'est très simple comme principe, un tour du monde, seul, sans escale. Il y a aussi une partie de chance quand on voit ce qui est arrivé à Guillemot et de Pavant notamment... C'est très médiatisé en France mais il ne faut pas oublier qu'il y a d'autres courses passionnantes comme la Volvo Ocean Race.

Pensez-vous à courir le Vendée Globe à l'avenir?

Non non. Je pense que mon Graal, ce sera en double. J'en ai fait pratiquement dès ma première année mais je ne suis qu'au début puisque j'ai abandonné dans la Jacques Vabre. Peut-être que dans quelques années j'en bouclerais une. Je me lancerai peut-être en solitaire, mais plutôt pour une Route du Rhum. Je ne me ferme pas du tout au Vendée Globe, mais pour le moment, j'ai déjà tellement de choses à apprendre que le double me convient mieux.

Avez-vous un favori ou un skipper préféré?

De coeur, je dirais Jean Le Cam avec qui j'ai navigué cette année sur l'hydroptère. Je le suis parce que je le connais un petit peu. Sinon, j'apprécie beaucoup les jeunes qui sont devant. Je pense qu'il y a vraiment une nouvelle génération de Figaristes, de jeunes loups de la course au large. Ils sont forts aussi bien techniquement que physiquement et mentalement. Ils se tirent une bourre incroyable, c'est vraiment génial. J'espère qu'ils n'auront pas d'incidents techniques. Je connais aussi Thomson mais de toute façon, tout marin qui est au départ du Vendée Globe est un grand skipper, un mec qui a assez de courage pour partir tout seul pour longtemps.

Quelles sont, selon vous, les caractéristiques essentielles pour cette course?

Il n'y a pas d'archétype et c'est très bien d'avoir des profils différents. Il faut être polyvalent, c'est pour ça que c'est grand. Il faut déjà être bon marin mais aussi être un super technicien. Il faut aussi savoir prévoir sa météo, se soigner, bricoler. Faire le Vendée Globe, c'est faire 30 métiers. Au final, c'est le plus polyvalent qui s'en sort le mieux. En plus, il faut aussi trouver le temps de se reposer et de se nourrir...

Comment l'expertise de Marc Thiercelin vous aide-t-elle?

Marc, c'est quelqu'un qui a fait quatre Vendée Globe. Il a la bouteille du grand marin. Ensuite, l'expertise c'est tout simple, c'est quand t'es dans la merde et qu'il y a cinquante trucs à faire, tu te dis heureusement qu'il est là. Les personnes comme lui ont vécu du gros temps, ils savent toujours quoi faire. L'expertise est à tous les niveaux. J'ai tellement de choses à apprendre que côtoyer des marins comme ça, c'est énorme. Mais même avec un bon professeur, ce n'est pas en un an qu'on peut tout assimiler, il faut des années de navigation.

Les budgets explosent dans la voile comme dans tout sport mécanique. Vous qui faites aussi partie du monde du sport automobile, qu'est-ce que cela vous inspire?

Les situations qui se présentent ne sont pas très positives... La voile, contrairement à l'automobile, avait un peu le vent en poupe parce que c'était encore assez écologique et que la mer fait plus rêver que le bitume. C'est aussi plus facilement utilisable pour une entreprise alors que le sport automobile n'a pas une super image, du moins en France. C'est assez hallucinant parce qu'on est un pays de voitures avec Renault, Peugeot et Citroën et qu'on a des grands sportifs comme Sébastien Loeb. Mais le contexte économique fait économiser partout et donc le sport automobile, comme la voile, est touché.

Tout est de plus en plus cher, on a de plus en plus de taxes, quand on doit gérer une équipe, ce n'est pas facile. Pour pouvoir faire comme Camas et gagner la Volvo, c'est 50 personnes, un projet coupe America, c'est 200 personnes. Mais ce n'est pas uniquement le coût du matériel qui est colossal, c'est tout ce qu'il y a autour. Il y a de moins en moins d'argent et tout coûte plus cher: il y avait 34 bateaux lors de la dernière édition du Vendée Globe, il y en avait 20 cette année et tout va se resserrer, c'est dommage pour le sport.

Comment vous sentez-vous intégrés dans le monde de la voile?

Souvent on est un peu mal vu quand on arrive de l'extérieur. Je viens avec beaucoup d'humilité, je ne peux de toute façon pas dire que je sais tout puisque je ne sais rien en voile. Moi, si je suis là, c'est par goût du challenge, pour apprendre. Il faut prouver qu'on est là, qu'on est impliqué. Je pense qu'un mélange des disciplines, c'est quelque chose de très important. Ils m'apportent beaucoup et je leur apporte un peu aussi. Tous les marins sont passionnants. Ce sont des gens qui souffrent sur la mer, un peu comme moi dans la montagne et je trouve qu'il y a beaucoup de passerelles entre ces deux mondes.

Aujourd'hui, je me sens comme beaucoup de marins, à quai, en train de chercher des solutions. Je voudrais refaire la Transat Jacques Vabre mais notre partenaire a arrêté la voile cette année. Il faut donc relancer des projets, trouver des sponsors, aujourd'hui je ne peux pas vous annoncer que je serai au départ de la prochaine édition.



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