Icebergs en vue !

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François Gabart et Armel Le Cléac’h sont de nouveau à portée de jumelles et devront redoubler de vigilance à l'approche du Cap Horn, où sont repérés des icebergs.


Photo Vincent Curutchet (DPPI) - Vendée Globe

La régate planétaire que se livre François Gabart (Macif) et Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) prend une fois de plus des allures de match race. Les deux leaders ne sont séparés que par un mille et naviguent désormais entre 17 et 19,5 noeuds vers le Cap Horn, poussés par de vents réguliers de l’ordre de 20 noeuds. A ce rythme incroyable, on se prend à rêver d'un passage du Cap Horn au contact pour les deux skippers. Une image éminemment symbolique qui traduirait avec force toute l'intensité du combat acharné que se livrent les deux jeunes surdoués de Port-la-forêt, après près de 50 jours de course. Bateaux similaires, mêmes logiciels de routage, même niveau de formation supérieure, même excellence de la préparation, même envie de gagner...tous les éléments convergent depuis le début pour donner lieu à ce magnifique duel.

 

Attention aux icebergs !

 

Mais attention, car à 1280 milles du Cap Horn, les skippers de Macif et Banque Populaire plongent vers les latitudes froides et hostiles. Il leur faudra descendre au moins jusqu’à 56 degrés Sud pour doubler la Terre de Feu et mettre le clignotant à gauche. Mais avant de faire leur retour en Atlantique sud, ils devront traverser une zone de 50 milles truffée de glaçons. Des icebergs de 100 à 400 mètres pour les plus gros et les plus visibles au radar. Le problème étant moins ces mastodontes blancs que leur progéniture, les growlers ou bourguignons, seulement repérables à l’œil nu. Ce slalom dans un champ de mines sera le prix à payer pour le ticket de sortie du Grand Sud. Une sortie qu’ils sont nombreux à appeler de leurs vœux.

 

Dick attend son heure

 

Pendant un temps, Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec) a cru pouvoir regagner plus de terrain sur Gabart et Le Cléac’h. Rien à faire, le skipper reste encore samedi après-midi à une journée de navigation, soit à 371 milles du tableau arrière de Macif. « C’est bon pour le moral de remonter sur ceux de devant. Il me faudrait un petit peu de réussite pour arriver à revenir mais là, mes concurrents ont retouché du vent donc ça va s’égaliser. J’ai hâte de sortir des mers du Sud. Ça a été un peu compliqué pour moi, je n’ai pas eu beaucoup de réussite, pas mal de frustration. J’ai envie d’exploiter pleinement le potentiel de mon bateau dans l’Atlantique ». Même scénario pour Alex Thomson (Hugo-Boss) dont le retard se chiffre à 895 milles.

 

Wavre rattrape Golding

 

Toujours dans un flux d'ouest-sud-ouest d'une vingtaine de nœuds, Jean Le Cam (SynerCiel), à 1 865 milles de François Gabart dans une mer relativement maniable, augmente encore son avance sur ses deux compères quinquagénaires Mike Golding (Gamesa) et Dominique Wavre (Mirabaud). Rattrapé par Dominique Wavre, Mike Golding a choisi de plonger vers le sud pendant que le skipper suisse incurvait sa trajectoire vers le nord. Deux options météorologiques différentes dont il faudra observer les résultats à la prochaine porte, la Pacifique-ouest. A moins de 260 milles dans le sillage de l'helvète, l'Espagnol Javier Sanso (Acciona 100 % EcoPowered) file à belle allure dans un bon flux de nord-ouest passant progressivement au nord, qui va l'emmener en route directe toute la journée vers la prochaine porte (Pacifique-ouest).

 

Stamm de retour !

 

En parcourant 386 milles lors des dernières vingt-quatre heures, Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) entend bien rejoindre Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) qui ne le précède que de 83 milles samedi après-midi. A moins de 420 milles dans le sud-ouest de l'île du sud de la Nouvelle-Zélande, Bertrand De Broc (Votre Nom autour du Monde avec EDM Projets) voit toujours Tanguy De Lamotte (Initiatives-cœur), entré dans le Pacifique vers 1 h 30 ce matin, gagner plus de 100 milles dans son tableau arrière, pendant qu'Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) fait cap au nord-est à 13 nœuds de moyenne, à 4 828 milles des leaders.

 

LES VOIX DU LARGE

 

Alex Thomson (Hugo Boss) : « Des petites nouvelles du front pour vous dire que les conditions continuent d'être incroyablement difficiles sur cette traversée du Pacifique. Le vent est toujours très fort, avec des rafales régulières allant jusqu'à 40 nœuds au cours de ces 12 dernières heures. Je suis très fatigué, et j’ai peu d’occasion pour dormir. Dans de telles conditions je dois régler les voiles rapidement en fonction du vent. Le temps devrait rester tel qu’il est jusqu'à la porte Est Pacifique, la dernière porte de la course. D’ici une semaine, je devrais passer le Cap Horn ».

 

Tanguy de Lamotte (Initiative-coeur) : « Cette nuit je suis entré dans l'océan Pacifique ! J'ai fêté ça avec un petit verre de calva en regardant "Aladin". Je remercie l'Indien de m'avoir laissé passer et pour toutes les belles journées à surfer les vagues en compagnie des albatros…Le vent varie entre 25 et 35 noeuds sous les nuages avec de temps en temps de la pluie mais sinon, des percées du soleil régulières qui sont agréables pour profiter des couleurs des vagues. Avec 2 ris et le petit gennaker, ça glisse bien et sans forcer ! J'ai commencé à lire "Le vieil homme et la mer" d'Hemingway en anglais, c'est beau aussi ! Et je suis allé au bout de la bôme pour faire des photos avec un autre angle de vue sur l'océan et le bateau ».

 

Dominique Wavre (Mirabaud) : « La journée d’aujourd’hui a été bien calme. Je suis en train de longer la bordure sud d’un anticyclone, c’est très tranquille. On a plus l’impression d’être dans un alizé très gris et très froid que dans les mers du Sud. Dans les mers du Sud, il y a une sorte de pureté de l’air, il n’y a aucune pollution, c’est vraiment magnifique. Et puis, sur le plan humain, on est vraiment seul. Le Pacifique, c’est le plus grand désert du monde. Quand il y a un rayon de soleil qui éclaire le bleu de l’océan, c’est vraiment magnifique ».

 

Jean Le Cam (SynerCiel) : « C’est un peu chaud pour l’instant, j’ai 29-30 nœuds de vent. Normalement ça devrait s’améliorer dans les heures qui viennent. Je suis un peu tendu. Si on avait des vents stables, ce serait plus facile mais là ce n’est jamais le cas. On essaye de gérer au mieux mais il y a un moment où le calme, quand il y a un peu de soleil, qu’est-ce que ça ferait du bien ! Si le Pacifique est un mauvais souvenir (ndlr : il avait chaviré à 200 milles du cap Horn lors de la dernière édition) ? Tout le monde a de mauvais souvenirs donc on essaye de ne pas vivre que sur des mauvais souvenirs. J’essaye de faire au mieux. Là, honnêtement, la vacation d’aujourd’hui, c’est un peu tendu ».

 

Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec) : « C’est dur ici, l’humidité est très élevée, un mois dans son bateau, ça use, ça use. Ce qui me manque le plus, c’est un ensemble de choses. Un peu d’espace, un bon repas…C’est plein de choses plus que quelque chose de particulier. Mais ce dont on souffre le plus ici, c’est l’humidité. Il faut faire attention aux endroits où on met nos vêtements. Je souffre beaucoup des pieds, on leur fait vivre un calvaire ».

 

Bertrand de Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets) : « En ce moment, ça va. Ce sont des conditions assez calmes, le vent n’est pas loin derrière. D’ailleurs Tanguy sur son navire rouge approche doucement. Là, j’ai 20 nœuds mais je devrais toucher 25 dans la journée et aller un peu plus vite. Les conditions sont excellentes, la mer est belle, la lune est pleine. Je commence à bien connaître le bateau. C’est vrai que j’avais beaucoup de choses à apprendre. J’ai peut-être été un peu trop prudent au départ, j’avais peu navigué dessus avant. Je commence à me régaler avec le bateau, c’est un très beau bateau, je devrais arriver à le faire mieux fonctionner que ça mais c’est difficile de tirer ces bateaux à 100% ».

 

CLASSEMENT

Positions du 29/12 à 16 heures : 1.François Gabart (Macif) à 8 282 milles de la ligne d’arrivée; 2.Armel Le Cléac´h (Banque Populaire) à 1 mille du leader; 3.Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec) à 371,3 m; 4.Alex Thomson (Hugo Boss) à 895,2 m; 5.Jean Le Cam (SynerCiel) à 1 865,1 m; 6.Mike Golding (Gamesa) à 2 334,5 m; 7.Dominique Wavre (Mirabaud) à 2 353,6 m; 8. Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) à 2 581,5 m; 9.Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) à 2 793,8 m; 10.Bernard Stamm (Cheminées-Poujoulat) à 2 876,4m; 11.Bertrand De Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets) à 3 705,7 m; 12.Tanguy de Lamotte (Initiatives-Coeur) à 3 903,3 m; 13.Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) à 4 828,5 m. Abandons : Marc Guillemot (Safran); Kito de Pavant (Groupe Bel); Samantha Davies (Savéol); Louis Burton (Bureau Vallée); Jérémie Beyou (Maître CoQ); Zbigniew Gutkowski (Energa); Vincent Riou (PRB).
 



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