Gabart sur la voie royale

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A l’approche du golfe de Gascogne, François Gabart a pratiquement course gagnée. Armel Le Cléac’h avoue ne plus y croire.


Photo François Gabart - Macif

La messe est pratiquement dite. Sauf énorme surprise, François Gabart remportera dimanche matin la septième édition du Vendée Globe. Vendredi, à 16 heures, il ne restait plus que 721 milles à parcourir au jeune Charentais pour parachever son succès. Avec 123 milles d’avance sur Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) par le travers du cap Finisterre, Gabart possède une marge suffisante pour ne prendre aucun risque dans la traversée du golfe de Gascogne, jamais de tout repos en saison hivernale. Pour la première fois, Le Cléac’h avoue être impuissant. « Je pense que sauf si François a un problème, je ne reviendrai pas. Maintenant, je vais tout faire pour finir la course le mieux possible ».

 

La magie du chenal des Sables

 

Bien sûr, le skipper de Macif commence à évoquer son arrivée en Vendée. « Pour le moment, je suis concentré à 100% sur la course. Je reste concentré sur le bateau, la stratégie pour ne pas faire d’erreur. Je m’adapterai je pense assez bien une fois à terre car j’ai une super équipe autour de moi. Je ne redoute pas l’arrivée à terre. Je sais que ce n’est pas simple mais c’est quelque chose que j’attends et que je vais être heureux de vivre. J’ai envie de vivre l’arrivée. Je pense qu’il faut juste faire attention car il y a une petite rupture à gérer. Mais ce sont des choses exceptionnelles à vivre ». Il sera probablement surpris, comme tous les marins du Vendée Globe qui ont embouqué victorieusement le chenal des Sables d’Olonne depuis 1990. Cette marée humaine qui envahit les quais et qui vous escorte jusqu’au ponton d’honneur. Un moment magique et unique dans la course au large. En plus, le vainqueur arrive un dimanche ! On ne pouvait rêver mieux pour susciter l’engouement populaire.

 

Stop ou encore ?

 

Pendant que tous les projecteurs seront braqués sur François Gabart et Armel Le Cléac’h, Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec) prendra certainement l’une des décisions les plus importantes de sa vie de marin : tenter de rejoindre les Sables privé de quille, ou stopper son aventure planétaire dans un port de l’archipel des Açores ou en Espagne. Pour le moment tout se passe bien, le bateau bleu blessé remonte l’Atlantique Nord à 10,5 noeuds. 16 milles derrière, Alex Thomson (Hugo Boss) devrait s’emparer vendredi soir de la troisième place.

 

Plus qu’un océan pour Le Cam

 

2 331 milles dans le tableau arrière de Macif, Jean Le Cam (SynerCiel), toujours poursuivi par Mike Golding (Gamesa), a vécu comme le Britannique un Pot au noir particulièrement clément. Séparés seulement par 40 milles, les deux quinquas entament la remontée de l’Atlantique Nord dans de bonnes conditions de navigation. 389 milles derrière SynerCiel, Dominique Wavre (Mirabaud) se rapproche de l’équateur à plus de 14 noeuds dans un flux de sud-ouest de 12-15 noeuds. Toujours le long des côtes brésiliennes, Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) progressait quant à lui à 10 noeuds suivi par Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) et Bertrand De Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets). Enfin, en queue de peloton, Tanguy de Lamotte (Initiatives-coeur) navigue difficilement à 5 noeuds dans des vents erratiques, alors qu’Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) file deux fois plus vite.

 

LES VOIX DU LARGE

 

François Gabart (Macif) : « Tout va bien. On est en train d’avancer vers une petite dorsale qui va passer dans la journée. Les conditions sont pas mal, on est au portant un peu serré avec une vingtaine de nœuds. Il y a pas mal de mer, ce n’est pas énorme et on a vu pire. Ça devrait se calmer dans la journée mais je pense que le dernier bord vers les Sables va être assez agité. On va essayer de rentrer les bateaux au chaud parce qu’à partir de lundi les conditions sont mauvaises. Je pense traverser le golfe de Gascogne relativement rapidement. (Sur son Vendée Globe) Il y a toujours des surprises mais dans l’ensemble, ce Vendée est conforme à ce que je m’attendais à vivre. Pour l’instant, ça se passe bien donc ça veut dire que ma préparation était bonne. Mais il y a toujours des surprises. Je pense que si je devais repartir pour un nouveau Vendée Globe, j’aurais encore des surprises. C’est la beauté de la voile ».

 

Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) : « (A propos de l’arrivée) On y pense un peu. On va profiter de tout ça quand on arrivera dimanche. Pour l’instant, on est encore à bord et on profite des dernières manœuvres. Le fait de l’avoir déjà vécu il y a quatre ans, je sais un peu comment ça va se passer même si les émotions sont toujours différentes. Mais la transition va être assez brutale après plus de 70 jours passés sur l’eau. On essayera de faire au mieux ».

 

Jean Le Cam (SynerCiel) : « Je suis un peu fatigué de cette nuit très mouvementée. En ce moment, il y a plein de nuages noirs et les conditions sont fidèles au pot au noir. Il y a des pots au noir plus ou moins difficiles mais moi je les collectionne de A à Z. D’autant plus que physiquement, c’est dur. On aurait aimé autre chose pour finir. Cette nuit, je n’ai pas pris de plaisir. On espère avoir des moments plus cléments pour la suite ».

 

Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec) : « J’ai perdu ma quille il y a trois jours maintenant et le choix est désormais clair pour moi. Soit je m’arrête aux Açores ou en Espagne, soit je continue comme ça jusqu’aux Sables d’Olonne. Il va falloir que je me décide rapidement. C’est dur d’avoir à choisir de continuer la course ou non. Cette nuit, le vent va être plus fort et je vais avoir les premières indications sur la façon dont se comporte le bateau sans quille dans de telles conditions. A part ça, tout va bien à bord, les voiles sont en bon état. J’ai un peu l’impression d’être sur un dinghy. On perd en stabilité dès qu’on s’incline à plus de 30 degrés et il faut faire extrêmement attention car c’est capital de garder le bateau bien équilibré ».

 

Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) : « J’ai traversé une période très frustrante, avec une mer d’huile et une absence totale de vent. C’était beau à regarder mais je n’avançais pas! Les fichiers météo étaient loin d’annoncer une telle situation. Mais maintenant, ça va mieux, j’ai pu reprendre ma route. Je suis en mode dinghy. J’ai des soucis avec le pilote automatique, il dirige le bateau en ligne droite, sans tenir compte des changements de vent. Ce n’est pas dramatique, mais ça m’empêche de faire marcher le bateau à 100% de son potentiel. J’essaie de passer plus de temps à la barre. En général, je m’y mets quelques heures, je fais une petite pose, et j’y retourne. C’est le seul moyen de limiter la perte de temps. Ce n’est pas trop fatiguant, c’est même plutôt agréable. C’est juste un peu ennuyeux, parfois. Hier, les batteries étaient pleines à 90%, je n’ai pas de problème du tout de ce côté-là. Je pense que d’ici la fin de la journée, je serai à 100%. Je pense passer l’équateur autour de minuit le 27 janvier ».

 

CLASSEMENT

Positions du 25/01 à 16 heures : 1.François Gabart (Macif) à 721 milles de la ligne d’arrivée; 2.Armel Le Cléac´h (Banque Populaire) à 123,4 milles du leader; 3.Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec) à 818,8 m; 4.Alex Thomson (Hugo Boss) à 834,3 m; 5.Jean Le Cam (SynerCiel) à 2 331,9 m; 6.Mike Golding (Gamesa) à 2 371,7 m; 7.Dominique Wavre (Mirabaud) à 2 714,7 m; 8.Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) à 2 963,1 m; 9.Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) à 3 051,5 m; 10.Bertrand De Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets) à 3 254,3 m; 11.Tanguy de Lamotte (Initiatives-Coeur) à 3 569,7 m; 12.Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) à 4 404,7 m. Abandons : Marc Guillemot (Safran); Kito de Pavant (Groupe Bel); Samantha Davies (Savéol); Louis Burton (Bureau Vallée); Jérémie Beyou (Maître CoQ); Zbigniew Gutkowski (Energa); Vincent Riou (PRB); Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat).
 



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