Dernière nuit en mer

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François Gabart cavale à grande vitesse vers les Sables d’Olonne où il est attendu en vainqueur dimanche.




Photo François Gabart - Macif

Dernière ligne droite pour François Gabart (Macif) qui traversait samedi après-midi le golfe de Gascogne à vive allure grâce à un vent de sud-sud-est de plus de 25 noeuds. A 20 noeuds de moyenne, le skipper de Macif ne mettra guère de temps pour parcourir les 361 milles qui le séparent de la ligne d’arrivée aux Sables d’Olonne. A ce rythme, le futur vainqueur du Vendée Globe 2012-2013 est attendu dimanche à la mi-journée. 112 milles derrière Macif, Armel le Cléac’h (Banque Populaire) affiche la même cadence et devrait lui aussi en terminer avec son tour du monde demain, dans l'après-midi.

 




Un autre monde l’attend...

 



Dernière nuit seul en mer pour François Gabart, donc. Qu’il en profite car demain dimanche le futur vainqueur du Vendée Globe 2012-2013 basculera dans un autre monde, celui des terriens. Il y aura forcément de l’émotion quand il franchira victorieusement la ligne d’arrivée à la fameuse bouée du Nouch Sud avant d’embouquer le chenal des Sables d’Olonne où l’attendent des milliers de personnes venus pour l’acclamer. Malheureusement, cette année, le public ne pourra pas aller à sa rencontre sur l'eau en raison de la météo. Sitôt amarré sur le ponton d’honneur, le jeune lauréat devra répondre aux questions des journalistes massés au pied de son bateau - et qui tenteront de ne pas tomber à l'eau ! - avant de se frayer un difficile passage au milieu de la foule pour rejoindre quelques minutes sa famille. Un havre de paix de courte durée avant la tenue d’une longue conférence de presse. Puis, il faudra que le Charentais se plie aux multitudes de sollicitations des médias qui voudront tous une interview personnalisée. Ce marathon médiatique ne prendra fin qu’après les nombreux directs des journaux télévisés du soir. Là seulement, François Gabart pourra enfin respirer...

 




Thomson escorte Dick



 

La troisième place de Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec) est purement symbolique car Alex Thomson (Hugo Boss) a décidé vendredi de rester aux côtés du Niçois pour lui prêter main forte en cas de pépin. On ne redira jamais assez la performance de Dick qui a réussi à naviguer à 12 noeuds avec un bateau privé de quille. Le geste de solidarité de Thomson a été très apprécié par Dick : « Merci beaucoup Alex. Ça me touche beaucoup. Je vais étudier la météo pour voir si je peux continuer à naviguer en toute sécurité jusqu’aux Sables d’Olonne. J’ai envoyé une photo avec un message pour toi : ‘‘ Alex, take this 3rd position with care ’’ (‘‘prends soin de la troisième place’’). C’est important pour moi ! N’hésite pas à m’appeler ». Dans le même temps, le double vainqueur de la Barcelona World Race a pris la décision de ne pas s’arrêter aux Açores et de continuer la course au moins jusqu’au Portugal. Il avisera ensuite.

 

VIDEO- Marc Guillemot : "Jean-Pierre Dick ? Je crois qu'il va y arriver"

 

Wavre passe l’équateur 


 

Pendant que Jean Le Cam (SynerCiel), cinquième, et Mike Golding (Gamesa), sixième, à une soixantaine de milles l'un de l'autre, glissent paisiblement dans un alizé de nord-est d'une quinzaine de noeuds, après s'êtres extirpés des calmes du pot au noir, le Suisse Dominique Wavre (Mirabaud) a franchi l'équateur samedi à 8h44. Un passage synonyme de délivrance pour ce groupe de marins très expérimentés qui, de leurs propres aveux, n'avaient jamais traversé un Atlantique Sud aussi désagréable et compliqué. Derrière, Arnaud Boissières (Akena Vérandas) poursuit sa remontée dans un vent d'est de 15 nœuds, à 3 020 milles du leader, 135 milles devant l'Espagnol Javier Sanso (Acciona 100 % EcoPowered).

 

 

Du près à l'arrière



 

Après une très belle remontée de l'Atlantique Sud, Bertrand de Broc (Votre Nom autour du Monde avec EDM Projets) est maintenant freiné, au près dans un vent de nord-est qui l'empêche de faire route directe vers le nord, tout comme Tanguy de Lamotte (Initiatives-coeur), 389 milles dans son sillage. Pour Alessandro Di Benedetto (Team Plastique), la progression est encore plus difficile, face au vent dans un puissant flux de nord d'une trentaine de nœuds.

 


LES VOIX DU LARGE

 

Dominique Wavre (Mirabaud) : « L’équateur, c’était super. Le lever du soleil était magistral, il y avait des couleurs exceptionnelles. Je voulais absolument partager ça avec vous (ndlr : il a envoyé une vidéo) surtout que les conditions vont changer. J’ai devant moi une grosse barrière nuageuse qui devrait me bloquer dans l’après-midi. Demain, nous verrons si le pot au noir a été clément pour moi. (Sur son passage dans l’Atlantique nord) Au vu de l’Atlantique sud, je n’ose plus rien envisager. Pour l’instant, c’est assez limpide sur les dix prochains jours pendant lesquels je devrais rester sur le même bord puis ensuite gérer l’anticyclone des Açores. Mais ça se dessine bien. (A propos de l’arrivée des leaders) Quand les leaders arrivent, ce n’est pas facile pour nous car on a l’impression que la course est terminée. C’est vrai que ça fait bizarre de se dire qu’il y en a qui seront déjà sous la douche pendant que nous, nous serons encore en mer. Je peux vous dire que ce sentiment est assez bizarre et il faut bien garder en tête que l’on est toujours en course ».



Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec) : « Au niveau de la météo, le vent est monté toute la nuit. Maintenant j’ai entre 25-30 nœuds, une mer assez formée et des vagues de 3-4m de haut. Le bateau se comporte correctement dans la vague et je suis plutôt surpris. C’est de bon augure pour la suite des événements. J’attends un tout petit plus de vent dans l’après midi et ensuite il va mourir doucement dans la nuit.
(A propos de sa décision de poursuivre ou non la course) J’ai avancé dans ma réflexion. Je ne vais pas m’arrêter aux Açores. Par contre, je n’ai pas encore décidé d’aller complètement jusqu’aux Sables. Je vais me rapprocher des côtes portugaises pour analyser au mieux les éléments. Vers le 28-29 janvier, je pourrai décider de ce que je fais. En ce moment, je pense que toutes les conditions sont réunies pour que j’aille jusqu’au Portugal. Je suis plutôt dans une idée de rapatriement à long terme que de recherche de vitesse. (Sur le soutien d’Alex Thomson) C’est vraiment sympa de la part d’Alex. C’est un acte de courage parce qu’il s’est dérouté. Ce n’est pas facile pour lui parce qu’il est dans sa course aussi. Quelque part, je suis fier de lui donner ma troisième place. C’est un beau geste de marin de venir me soutenir au premier coup de vent ».



Tanguy de Lamotte (Initiatives-cœur) : « Tout va bien, j’ai eu un petit trou de vent ce matin mais c’est revenu dans la bonne direction et c’est plutôt agréable. Ça ventile un peu le bateau. Par contre, je n’ai pas pu plonger (rires). (Sur sa baignade de vendredi) J’ai eu une zone sans vent du coup, j’ai pris mon maillot, un masque et je suis allé voir mon safran. J’en ai profité pour faire un check complet et aussi profiter de l’eau. C’était extraordinaire de voir mon bateau de l’extérieur en plein milieu de l’océan. Ça fait penser aux vacances. Ça m’a fait beaucoup de bien car je savais que ça allait être rafraichissant. Je n’avais pas pris la commande du bateau mais uniquement les caméras. En deux jours, je serai allé du haut du mât en bas de la quille, c’est plutôt sympa ».



Alex Thomson (Hugo Boss) : « Voici comment j’en suis arrivé à prendre la décision de rester aux côtés de Jean-Pierre Dick. Les prévisions météo annonçaient des vents violents, j’étais à 90 milles de JP et je ne m’imaginais pas le laisser dans de telles conditions à bord d’un bateau sans quille. Et puis pour moi, franchement, ce n’est pas un énorme effort. Mais vu que j’ai déjà été secouru par le passé, je sais à quel point c’est important d’avoir quelqu’un qui surveille vos arrières au cas où. Je vais accompagner JP jusqu’à ce qu’il soit 100% sûr que son bateau tiendra. Actuellement, j’ai 20-25 noeuds de vent venant du sud ouest et la mer n’est pas trop mauvaise. Je navigue avec deux ris dans le solent ».



Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) : « J’essaie de faire de mon mieux avec le bateau, de résoudre les problèmes qui se présentent et d’avancer aussi vite et bien que possible. Le soutien du public est très important pour moi, merci beaucoup. C’est génial de voir qu’autant de gens s’intéressent au Vendée Globe, une course qui veut dire beaucoup pour moi et pour tant d’autres marins ».



Mike Golding (Gamesa) : « On ne peut pas faire grand chose pour changer la situation actuelle. Je vais attendre que le timing soit meilleur pour tenter un coup stratégique. Mais l’attente pourrait durer quatre ou cinq jours, si toutefois l’occasion se présente. J’aimerais avoir des choix à faire, mais ce n’est pas le cas pour l’instant. Actuellement, ma priorité, c’est de ramener le bateau à bon port ».

 



CLASSEMENT



Positions du 26/01 à 16 heures : 1.François Gabart (Macif) à 361 milles de la ligne d’arrivée; 2.Armel Le Cléac´h (Banque Populaire) à 112,1 milles du leader; 3.Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec) à 925,4 m; 4.Alex Thomson (Hugo Boss) à 934,8 m; 5.Jean Le Cam (SynerCiel) à 2 466,7 m; 6.Mike Golding (Gamesa) à 2 530,6 m; 7.Dominique Wavre (Mirabaud) à 2 795,9 m; 8.Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) à 3 020,5 m; 9.Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) à 3 155 m; 10.Bertrand De Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets) à 3 415 m; 11.Tanguy de Lamotte (Initiatives-Coeur) à 3 804,4 m; 12.Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) 4 598,8 m. Abandons : Marc Guillemot (Safran); Kito de Pavant (Groupe Bel); Samantha Davies (Savéol); Louis Burton (Bureau Vallée); Jérémie Beyou (Maître CoQ); Zbigniew Gutkowski (Energa); Vincent Riou (PRB); Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat).

 

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