Robinson Crusoé : l’histoire vraie derrière le mythe littéraire

Par Le Figaro Nautisme

Depuis plus de trois siècles, l’histoire de Robinson Crusoé fascine lecteurs, voyageurs et amateurs d’aventures maritimes. Le roman de Daniel Defoe, publié en 1719, est devenu un classique absolu de la littérature mondiale. Pourtant, derrière le mythe du naufragé seul face aux éléments, se cache une réalité bien différente. Une réalité tout aussi captivante, mais ancrée dans un décor que le grand public imagine rarement : celui d’un archipel isolé du Pacifique sud appartenant aujourd’hui au Chili.

Une île chilienne devenue légendaire à cause d’un Écossais

L’île de Robinson Crusoé est la plus grande des îles Juan Fernández, un minuscule archipel perdu à des centaines de kilomètres au large des côtes chiliennes. Sa notoriété remonte à un événement singulier survenu en 1704. Cette année-là, un navire de flibustiers britanniques épuisé, affaibli par la maladie, décide d’y faire escale pour se ravitailler. Parmi les marins se trouve Alexander Selkirk, un Écossais au tempérament farouche qui, estimant que le navire n’est plus en état de naviguer, refuse de rembarquer. Il choisit alors de rester volontairement sur cette île encore inhabitée, persuadé que le danger est moins grand sur la terre ferme que sur un bateau délabré.

Cette décision radicale changera sa vie. Livré à lui-même pendant quatre ans, Selkirk survit grâce aux ressources naturelles : poissons, baies, légumes sauvages... mais surtout les chèvres introduites quelques décennies plus tôt par les explorateurs espagnols. Lorsqu’un nouveau navire britannique finit par accoster en 1709, les marins découvrent un homme amaigri, revêtu de peaux de chèvre, au point que, selon leur témoignage, « il avait l’air plus sauvage que les premiers propriétaires de ces peaux ».

Quatre ans d’isolement complet dans un environnement hostile

La survie de Selkirk repose uniquement sur les ressources naturelles de l’île : poissons, fruits sauvages, racines et surtout chèvres revenues à l’état sauvage après avoir été introduites par les Espagnols. Peu à peu, il se fabrique des vêtements en peau de chèvre, creuse des abris rudimentaires et s’habitue au silence total. Les récits d’époque décrivent un homme transformé, presque méconnaissable, lorsqu’un autre navire britannique finit par faire escale en 1709 : amaigri, couvert de peaux, mais vivant.

Le capitaine, frappé par son apparence, raconte avoir rencontré « un homme vêtu de peaux de chèvre, qui avait l’air plus sauvage que les premiers propriétaires de ces peaux ». Cette rencontre suffira à nourrir une légende.

© Wiki Media

Defoe réécrit l’histoire : un roman plus exotique que la réalité

De retour à Londres, Selkirk devient une curiosité. Les journaux racontent son histoire, les tavernes se disputent sa présence, et son nom circule rapidement jusque dans les cercles littéraires. Daniel Defoe, fascinée par son récit, s’en inspire pour écrire Robinson Crusoé. Mais le romancier ne se contente pas de rapporter fidèlement l’histoire : il la transforme profondément pour en faire un roman d’aventure plus riche, plus exotique et plus symbolique.

Il déplace le cadre dans les Caraïbes tropicaux, ajoute des cannibales, un compagnon iconique nommé Vendredi, des péripéties multiples et surtout une durée de solitude beaucoup plus spectaculaire : 28 ans, 2 mois et 19 jours, contre seulement quatre pour Selkirk. Defoe introduit également des éléments végétaux impossibles sur l’île chilienne, cacaotiers, tabac, forêts tropicales, renforçant l’aspect romanesque. Pourtant, certains passages laissent deviner un écho discret au Pacifique sud : raisins, renards, lièvres et même pingouins, une faune bien plus adaptée aux latitudes de Juan Fernández qu’à celles des Caraïbes.

Une île habitée, mais encore marquée par son histoire

Aujourd’hui, environ 800 habitants vivent sur l’île, principalement grâce à la pêche au homard et à un tourisme confidentiel mais fidèle. San Juan Bautista, seul village du territoire, concentre la vie quotidienne et les services. L’isolement, les reliefs abrupts et la végétation dense confèrent encore aujourd’hui à l’île une atmosphère de bout du monde. Les montagnes abruptes plongent dans l’océan, les falaises sculptées par les vagues se dressent comme des remparts naturels, et les vallées verdoyantes témoignent d’une nature encore largement préservée.

© Sous licence CC/Rita Willaert

Sur les traces de Selkirk : un belvédère chargé de mémoire

Au-dessus du village, un sentier escarpé mène au Selkirk’s Look-out, un point de vue spectaculaire d’où l’on embrasse tout l’océan. Selon les habitants, c’est ici que Selkirk venait scruter l’horizon, espérant apercevoir la silhouette d’un navire venant mettre fin à son exil. L’endroit, balayé par les vents et ouvert sur l’immensité du Pacifique, reste l’un des lieux les plus chargés d’émotion de l’île. On y mesure encore l’incompréhensible solitude qu’a pu ressentir l’Écossais durant ses quatre longues années.

Entre mythe et réalité : deux Robinson pour une seule légende

Si l’île chilienne n’a que peu à voir avec l’environnement tropical décrit par Defoe, elle porte en elle l’essence de l’histoire originale : l’isolement complet, la lutte quotidienne contre les éléments, la nécessité d’apprivoiser une terre inhospitalière. L’aventure réelle de Selkirk, bien que moins romanesque, n’en est pas moins impressionnante. Elle rappelle que derrière chaque grand mythe littéraire se cache un destin bien humain, et souvent bien plus brut.

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Gilles Chiorri
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
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Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.