Depuis hier, les skippers connaissent des conditions particulièrement exigeantes. Un vent fort, une mer formée, une progression au près… Une météo harassante pour les IMOCA à l’image de l’avarie de Corentin Horeau, mais aussi pour les organismes, soumis à de rudes épreuves. Témoignages du bord.

C’est une courte vidéo envoyée lundi par Elodie Bonafous (Associations Petits Princes – Quéginer) et qui dit tout. La jeune femme a les yeux cernés, le regard concentré, une main solidement accrochée dans l’habitacle et un sens certain de la formule. « J’ai mis un casque d’équitation parce qu’on fait du rodéo ! » En cause ? Un premier passage de front, une progression au près et de la mer formée. En somme, tous les ingrédients pour une navigation harassante pour les organismes à bord.
« Les courses sont géniales 80% du temps mais… »
Un peu plus tôt, c’est Nico d’Estais qui expliquait la difficulté à tenir bon dans ces conditions. Le skipper de Café Joyeux avait dû s’employer juste avant la vacation pour « bouger les voiles, matosser à l’intérieur » et tenir le choc face « à un grain actif, assez violent ». Il évoquait ensuite, des conditions « pas très agréables » : « on est face à la mer, il y a beaucoup de vent, ça tape ». Nico reconnaissait d’ailleurs avoir des difficultés à manger et « avoir à moitié envie de vomir ». « Les courses sont géniales 80% du temps mais là, on est dans les 20% ! »
Francesca Clapcich (11th Hour Racing) s’est également sentie « un peu malade hier ». « J’étais contente d’avoir réussi à manger un peu et à dormir », a expliqué l’Italo-Américaine à la vacation ce matin. Pourtant, elle ne souhaite surtout pas s’apitoyer sur son sort. « Ce sont les mêmes conditions pour tous et en fonction des bateaux, c’est parfois plus difficile à vivre ». Pour tenir bon, veiller à son monocoque est essentiel. Manu Cousin rappelle la marche à suivre dans de telles circonstances : « on réduit la voile d’avant, on prend un ris et on attache tout dans le bateau ».
« Même faire un café, c’est difficile »
« Quand tu approches les 30 nœuds de vent, au près, avec 3,50 mètres de creux, ce sont les pires conditions que tu peux avoir en IMOCA, reconnaissait Corentin Horeau (MACSF). Tout devient compliqué : s’occuper de l’analyse météo, manger, aller aux toilettes… » « Même faire un café c’est difficile, ajoute Arnaud Boissières (April Marine – recherche co-sponsor). Avec les vagues, ça secoue tellement qu’on a l’impression d’être dans une auto-tamponneuse. Et les bateaux aussi sont soumis à rude épreuve ».
Corentin Horeau peut en témoigner, lui qui a été contraint à l’abandon après une avarie (la cadène, le point d’ancrage du J3 s’est arrachée du pont) et qui fait désormais route vers Lorient. En cause ? La puissance d’une vague qui a entraîné l’avarie. « Ce sont des machines extrêmes que l’on pousse très fort, ça peut arriver, ça fait partie du jeu », confiait-il ce matin.
« J’essaie de bouger le moins possible »
Le marin de MACSF s’était pourtant préparé, avait tout anticipé et n’avait commis aucune erreur dans ses manœuvres. « Dans ce genre de situation, on sait qu’il faut tenir, serrer les dents et faire attention au bateau », résume Manu Cousin (Coup de Pouce). À bord, tous s’attachent à réduire au maximum les déplacements. La plupart ont désormais des sièges sur amortisseurs, à l’instar de celui dont disposait Yoann Richomme au Vendée Globe. « Assis sur un siège, attaché avec une ceinture, tu as moins de risque de voler dans l’habitacle et tu limites aussi les chocs qui peuvent faire mal aux lombaires et au dos », précise Manu Cousin.
« La vie à bord est tellement délicate que j’essaie de bouger le moins possible, abonde Francesca Clapcich. Être assis, c’est là où on est le plus en sécurité ». S’ils sont prudents et consciencieux, les marins puisent aussi dans cette difficulté un plaisir non dissimulé. Francesca le résume à sa manière : « on est toujours à fond, on ne va pas se plaindre parce qu’on s’amuse ! »
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