Sabine de Lamotte : « Voilà 13 mois que j'attends le retour de mon fils »

Samedi 16 février 2013 à 21h30

La maman de Tanguy de Lamotte parle avec plaisir et émotion de son fils et de cette ligne d'arrivée qu'elle attend depuis treize mois plutôt que trois, depuis le jour où Tanguy lui a annoncé son projet de Vendée Globe. Elle nous a confié ses émotions.

©La Chaîne Météo

La maman de Tanguy de Lamotte parle avec plaisir et émotion de son fils et de cette ligne d'arrivée qu'elle attend depuis treize mois plutôt que trois, depuis le jour où Tanguy lui a annoncé son projet de Vendée Globe. Elle nous a confié ses émotions.

Figaro Nautisme: Comment vous sentez-vous à quelques heures de l'arrivée?

 

Sabine de Lamotte: C'est un peu difficile car il y a des grands pics aussi bien en haut qu'en bas. Par moments, on se dit «c'est bon, il fait beau, il arrive» mais il y a quand même une accumulation d'émotions à gérer. Je suis également très impressionnée par l'enrichissement qu'il a déjà et qu'il découvrira encore par la suite. Des fruits du Vendée Globe qui lui feront dire: «Tiens, je ne réagissais pas comme avant».

Ce dimanche, je sais qu'il aura sa barbe - que je ne suis pas habituée à voir mais qu'il garde pour chaque arrivée - peut-être aura-t-il maigri aussi, mais surtout il aura changé de l'intérieur, c'est évident.

 

A quelle fréquence avez-vous pu lui parler?

 

Je crois que par rapport à d'autres mamans j'ai été gâtée: en moyenne, nous nous sommes parlés toutes les deux semaines et nous l'avons vu en visioconférence le soir de Noël, alors que nous étions réunis avec ses frères et soeurs. Il y a des moments qui m'ont beaucoup ému mais surtout il y a des changements que j'ai devinés. Je pense qu'il y a des choses que j'ai entendues entre les mots, comme une maman.

Il a découvert toute la palette qu'il avait en lui: rouge, jaune, bleu... Quand il a eu des difficultés - la vidéo où il tente de réparer son bateau après la collision est quand même difficile à voir - il a bien fallu qu'il puise en lui, il n'avait pas le choix. C'était très dur mais c'est dans les difficultés qu'on se révèle et c'est ce qui lui donnera un sourire encore plus lumineux à l'arrivée.

 

Comment avez-vous vécu les différentes avaries sur ce Vendée Globe?

 

Les abandons des autres concurrents ont été des rappels à la réalité. Chaque avarie a résonné en moi, me rappelant que cela pouvait arriver n'importe quand et à n'importe qui. Heureusement, j'ai été bien entourée par une quarantaine de proches - mes amis et l'entourage de Tanguy - qui m'accompagnaient avec des messages de soutien tous les jours. Ceux qui étaient catastrophistes, en me demandant si j'arrivais à dormir la nuit, je n'ai pas voulu les entendre. Au fil des courses de Tanguy j'ai appris à me protéger contre les amis trop intrusifs. On est vraiment à fleur de peau dans ces cas là.

 

Comment avez-vous réussi à gérer votre propre vie pendant ce Vendée Globe?

 

C'était difficile. Bien sûr, il a fait d'autres courses avant et nous avons eu comme des périodes de rodage pour s'habituer. La mini-transat en 2005, sans communication pendant toute la course nous a donné une mise en bouche particulièrement difficile. J'ai cru m'évaporer entre les pontons au moment du départ de cette course! Heureusement que j'étais bien entourée. Pour le Vendée Globe, ce qui était le plus dur c'était la longueur. Mais c'est très impressionnant parce que même quand tout allait bien, je pouvais avoir une inquiétude. Et curieusement, parfois il y avait un souci mais je me sentais complètement en paix - je ne parle pas bien sûr des grosses difficultés que j'ai subies comme tout le monde - mais dans les mers du sud, quand il communiquais moins, il y a des jours où je me sentais quand même très apaisée. Encore une fois, je crois que c'est le mystère du coeur de la maman! (rire) Et c'est très enrichissant pour nous aussi, à terre, car on doit gérer ses émotions. J'ai grandi intérieurement.

 

Comment avez-vous vécu la popularité de votre fils pendant ce Vendée Globe?

 

Ce qui était le plus difficile c'était de voir certaines personnes s'approprier mon fils. J'avais envie de dire: «Ce n'est pas parce que tu vas regarder toutes les vidéos que tout à coup tu vas connaître Tanguy par coeur!» Il y a un côté qui n'est pas toujours très sain, comme de l'idolâtrie , mais d'un autre côté le rêve que tous les skippers nous offrent c'est quand même important.

 

Avez-vous observé plus attentivement les précédentes arrivées?

 

Oui, je suis venue en vivre quatre: Jean-Pierre Dick, Jean Le Cam, Mike Golding et Bernard Stamm. J'ai été admirative de ces marins qui ont des milliers de mots différents pour parler de leur Vendée Globe. En les observant, j'ai vu des extraterrestres qui pouvaient être touchés comme des enfants. J'ai particulièrement été émue par le silence de Jean Le Cam à l'avant de son bateau. On le voit souffler, observer tout le monde. Ils sont capables de s'émerveiller après tout ce qu'ils ont vécu...

D'autre part, j'avais l'impression, avec ces arrivées, de vivre quelque chose que je ne pourrai sans doute pas vivre avec autant de détachement pour celle de Tanguy. Je connais maintenant le déroulé, le protocole officiel et je peux me laisser porter par mes émotions. Je sais ce qui va se passer.

 

Vous, quel est votre rapport à la mer?

 

J'ai besoin de la mer ! J'habite en région parisienne depuis longtemps mais je vais deux à trois fois par an sur ll'Atlantique et dès que je passe Angers j'ai l'impression de respirer.

J'ai besoin de voir les vagues, de sentir les embruns, le vent... J'ai un côté sauvage et, même si je suis sociable, j'aime beaucoup la solitude quand je suis dans les éléments. J'ai besoin de grands espaces.

 

Vous avez le sentiment d'avoir transmis ce besoin à votre fils?

 

Totalement. Pour moi c'est une espèce de respiration et je voulais que mes enfants apprennent à nager, à naviguer, c'était naturel. Je suis absolument enchanté de voir tous mes enfants comme des poissons dans l'eau. Et puis la chose la plus belle - Tanguy ne le sait pas car il n'a pas connu son grand-père - mais mon père, légionnaire, était comme ça. Tout ce que j'ai trouvé chez mon père, ce sont des qualificatifs que l'on donne à Tanguy en ce moment: le goût du risque, la notion de l'engagement et de la fidélité, ainsi que la générosité. Pour moi il y a une filiation évidente, les chats ne font pas des chiens.

 

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Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Passionné depuis son enfance par toutes les formes de glisse et par la mer, Thomas a longtemps vécu dans le nord de la Floride aux Etats-Unis. Une expérience qui lui a permis de découvrir l'univers du bateau à moteur et du catamaran à travers plusieurs essais et croisières notamment dans les Caraïbes. Il contribue régulièrement à la rédaction de Figaro Nautisme.