Jean-Pierre Dick : « La planète est mon terrain de jeu favori »

Lundi 11 février 2013 à 17h03

Jean-Pierre Dick, de passage au Figaro, est revenu sur les grands moments de son Vendée Globe qui s'est transformé en aventure à 10 jours de l'arrivée.

Jean-Pierre Dick, de passage au Figaro, est revenu sur les grands moments de son Vendée Globe qui s'est transformé en aventure à 10 jours de l'arrivée.

Le Figaro Nautisme.- Quelle est votre vie depuis votre arrivée aux Sables d'Olonne?

 

Jean-Pierre Dick: J'ai surtout digéré la fatigue à laquelle je suis habitué mais qui est abyssale après autant de temps sur l'eau. Le Vendée Globe est une course qui pompe beaucoup d'énergie. Je suis encore sur les nerfs. Depuis mon arrivée, ce que je retiens surtout, c'est le regard des gens: il est étonnant. Sur beaucoup de courses, le grand public te félicite pour ton résultat sportif. Mais là, dans le regard des gens, il y a du respect. Le respect pour une personne qui a vécu une belle aventure et qui est allée au bout de son tour du monde malgré la perte de sa quille. Mon parcours les a sûrement fait réfléchir. Dès la remontée du chenal, peu après mon arrivée, j'ai senti qu'il y avait du respect lorsque les gens applaudissaient. Ce n'était pas des applaudissements classiques et joyeux après une performance sportive.

Pour la première fois, les gens me reconnaissent dans le train. A Paris, j'ai été arrêté par des passants. Le regard sur moi a changé. Cette chaleur et cette admiration mélangée à la fatigue donne vraiment un sentiment assez bizarre. On peut dire que la magie du Vendée Globe a opéré.

 

Regrettez-vous encore votre troisième place qui serait sans doute passée plus inaperçue qu'une telle aventure?

 

Il est clair que l'aventure a créé une histoire à laquelle je suis maintenant associé. Si j'étais arrivé en troisième position, je serais resté dans le registre sportif et il n'y aurait pas eu toute cette magie à l'arrivée. Sur le Vendée Globe, les gens attendent des histoires d'hommes, et j'en ai vécu une très belle. Mais il y aura toujours une frustration de ne pas être monté sur le podium comme je l'ambitionnais. Mon plus beau moment sur la course restera ce moment dans l'Atlantique sud, à l'aller, où je prends la tête de course à l'issue d'une intéressante option sud. Ce moment survient dans cet océan que j'aime bien. Après un départ mitigé. Et là, à ce moment précis de la course, je me dis que je suis dans le match et que tout est possible.

Techniquement, le Vendée Globe est une course faite pour moi. La planète est mon terrain de jeu favori. Cette année, la course bascule sur rien: tout d'abord la perte de mon gennaker dans le Sud. Je savais que sans cette voile, il serait difficile de gagner. Puis différents problèmes sur le gréement qui ont peu à peu pollué ma course en m'obligeant à monter plusieurs fois en tête de mât. C'est d'autant plus frustrant que tout allait bien à bord sur le reste du bateau. Du coup, c'est un regret qui restera longtemps en moi: ne pas avoir pu jouer la course jusqu'au bout avec François Gabart et Armel Le Cléac'h. Je l'ai jouée sur un demi tour du monde. J'avais le niveau pour la jouer sur tout le tour du monde. Je ne dis pas que j'aurais pu gagner car leur performance a été exceptionnelle mais j'étais prêt pour me bagarrer sur l'ensemble du parcours. 

Pourtant, à côté de la déception, il y a la sensation d'être grandi par cette course. Je suis devenu un vrai marin. J'ai l'impression d'avoir vraiment acquis une maturité en solitaire, d'avoir la capacité de prendre les bonnes décisions et d'avoir une vision globale du bateau. Je me suis considérablement enrichi en tant que marin.

 

Vous reverra-t-on sur le Vendée Globe?

 

J'avais dit que je ne le referai pas. Pour revenir, il faudrait que l'envie revienne et que ce projet soit en phase avec mes sponsors. Comme je l'ai dit, la planète est le bon format de course pour moi. Il est clair que l'envie de revenir va renaître un jour. Mais il faut faire attention de ne pas faire le quatrième Vendée Globe, celui de trop.

Il faut une préparation physique exceptionnelle pour faire le Vendée Globe. D'autre part, on voit que les années deviennent un handicap pour les marins: auparavant, l'expérience jouait. Mais on a pu voir avec la victoire de François Gabart que l'on a maintenant affaire à une jeune génération brillante et qui sait tout de suite utiliser les bateaux vite et bien.

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Geoffroy Langlade
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Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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