Gabart, le nouveau Mozart du large

Lundi 28 janvier 2013 à 11h56

Le jeune marin de 29 ans a devancé son rival Armel Le Cléac'h de 3 h 17 pour remporter le Vendée Globe.

Le jeune marin de 29 ans a devancé son rival Armel Le Cléac'h de 3 h 17 pour remporter le Vendée Globe.

Un immense exploit. François Gabart, 29 ans et benjamin de la flotte, a remporté dimanche la 7e édition du Vendée Globe. Le skipper du bateau Macif a bouclé le tour du monde en 78 jours 2 heures 16 minutes et 40 secondes (28 646,55 milles parcourus à la vitesse moyenne de 15,3 noeuds) et laminé le record de Michel Desjoyeaux de 6 jours et 53 minutes.

Il y a quatre ans, Gabart ne faisait de la voile professionnelle que depuis six mois. «J'étais très loin de m'imaginer en tête du prochain Vendée Globe!» Mais sa fascination pour l'aventure planétaire était tellement forte qu'il aurait tout fait pour s'élancer des Sables-d'Olonne, «même en Optimist!» a-t-il lancé après son arrivée. «Cette fascination qui prend aux tripes est nécessaire, sinon le Vendée Globe est un calvaire, a ajouté le jeune vainqueur. Si je suis si ému, c'est aussi parce que pendant près de 80 jours j'ai vécu avec l'idée que tout pouvait s'arrêter d'une seconde à l'autre.»

François Gabart a eu bien de la peine à retenir ses larmes lorsqu'il a évoqué son bateau après sa remontée triomphale du chenal des Sables-d'Olonne: «Moi, j'ai eu la chance de me reposer mais lui, jamais.» Heureusement, la foule était là dimanche, nombreuse et enthousiaste, pour l'acclamer et le soutenir dans ce moment d'émotion.

Michel Desjoyeaux avait prévenu son poulain avant le départ: «Tu auras une galère par jour et c'est normal.» Après 78 jours de course, François Gabart a bien compris la leçon du professeur. «Heureusement, elles ne sont pas toutes arrivées en même temps!», s'amuse-t-il. La première difficulté est arrivée dès Madère avec une avarie de moteur. «En partant, je ne savais pas si j'allais réussir à gérer toutes les difficultés car c'est long un tour du monde. Mais tu les gères la première journée, puis le lendemain, puis le surlendemain... Et tu te retrouves aux Sables-d'Olonne...»

Le jeune bizut évoque cette première avarie comme un moment fondateur de sa course. Il s'est senti plus fort quand il a réussi à la résoudre puis de plus en plus sûr de lui au fil des réparations. C'est aussi à ce moment-là qu'il a décidé de cadrer sa communication. «Il y a quatre ans, Michel Desjoyeaux s'était trouvé dans ce type de communication (minimaliste) mais, lors du départ, j'étais convaincu que je n'allais pas faire la même chose, a-t-il expliqué lors de la conférence de presse. Je me disais que ma nature était plus spontanée. Et puis lorsque le souci de moteur est arrivé, je me suis dit que cela allait être vu comme une faiblesse et que c'était dommage de le dire dès ce moment-là. À partir de là, j'ai commencé à garder des choses pour moi puis on a commencé à se tirer la bourre avec Armel (Le Cléac'h)... Là, c'était trop difficile pour se permettre de donner des choses à l'adversaire.» François Gabart assure avoir été surpris de vivre trois mois de compétition intense. «Je voudrais remercier Armel de m'avoir fait vivre cette compétition incroyable... Et je voudrais aussi le remercier de ne pas m'avoir doublé!»

 

Le plus petit écart jamais enregistré

Sitôt après avoir prononcé ces quelques mots, le nouveau vainqueur du Vendée Globe est parti rejoindre ses proches, pieds nus car il ne souhaitait pas enfiler les bottes qui ne l'avaient pas quitté depuis si longtemps. Pendant ce temps-là, Armel Le Cléac'h parcourait les derniers milles de son tour du monde à bord de Banque Populaire, au soleil couchant.

Et au final, 3 heures et 17 minutes séparent seulement les deux leaders pour le plus petit écart jamais enregistré sur le Vendée Globe. «Il n'est pas mauvais le petit jeune, c'est sûr, confie le Cléac'h de retour aux pontons. Il a fait le break au 5e set et gagné 6-4. Deuxième, ce n'est pas si mal (comme en 2009). Je suis content de ma copie à 99 %. Avec 78 jours, on a monté le niveau de jeu. C'était super-intense sur l'eau...»

Les deux skippers se retrouveront très vite au Centre d'entraînement de Port-la-Forêt pour de nouvelles batailles. Devant leur performance, le directeur du centre, Christian Le Pape, a salué ses artistes des océans: «Ce sont des talents à l'état pur. Difficile de différencier la part de la technique et de la sensibilité. Ils gagnent sans monter sur la tête des autres...» Pendant que des dizaines de milliers de passionnés fêtaient leurs héros du jour, Alex Thomson (Hugo Boss) poursuivait sa route et devrait compléter le podium mardi ou mercredi. Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec 3), en quatrième position, continuait lui sa remontée, au moins jusqu'au Portugal, malgré la perte de sa quille.

 

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Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Sophie est la dernière recrue de l'équipe de rédaction. Passionnée de loisirs nautiques et de voyages au bout du monde, Sophie est curieuse et dynamique, à l'affut des derniers évènements, bons plans, infos, bonnes adresses, mais ce n'est pas tout ! Douée pour le montage vidéo, elle est derrière la plupart de nos sujets multimédia et elle assure également l'animation des réseaux sociaux de Figaro Nautisme.
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Passionné depuis son enfance par toutes les formes de glisse et par la mer, Thomas a longtemps vécu dans le nord de la Floride aux Etats-Unis. Une expérience qui lui a permis de découvrir l'univers du bateau à moteur et du catamaran à travers plusieurs essais et croisières notamment dans les Caraïbes. Il contribue régulièrement à la rédaction de Figaro Nautisme.