Apprivoiser la terre après près de 80 jours de mer

Samedi 26 janvier 2013 à 11h36

Sauf accident, François Gabart (Macif) remontera le chenal des Sables d'Olonne en vainqueur ce dimanche matin. Que ressent-on après près de 80 jours en solitaire sur son bateau ? Nous vous proposons de marcher dans les traces des plus grands marins pour les premiers pas sur le ponton.

Sauf accident, François Gabart (Macif) remontera le chenal des Sables d'Olonne en vainqueur ce dimanche matin. Que ressent-on après près de 80 jours en solitaire sur son bateau ? Nous vous proposons de marcher dans les traces des plus grands marins pour les premiers pas sur le ponton.

 

Des premiers pas flageolants

 

Première conséquence physique d'un tour du monde en solitaire: le manque de tonus de leurs jambes.  « Les muscles nécessaires à la manipulation du bateau sont en forme même si je sens un manque de tonus général, nous confiait Tanguy de Lamotte dans les mers du sud. Certains muscles ne sont pas sollicités à bord et mes jambes sont un peu molles. En fait, il me manque un peu de marche et de course à pied pour me sentir vraiment bien ! » Il faut dire qu'un IMOCA mesure moins de 20 mètres de long, difficile de se dégourdir les jambes !  « Les concurrents passent beaucoup de temps assis car ils sont en équilibre précaire à bord ce qui est très usant, précise Jean-Yves Chauve, médecin du Vendée Globe depuis la dernière édition en 1989. Rester assis le plus souvent possible est aussi une mesure de sécurité pour minimiser le risque de chute. »

 

Des sens hyper-développés

 

"Ce qui frappe le plus quand on revient au port, ce sont les odeurs !" répond d'emblée Christian Le Pape, directeur du centre d'entraînement de Port-La-Forêt, repaire des plus grands noms de la course au large. A l'intérieur du bateau, il y a bien sûr les mauvaises odeurs des vêtements portés il y a près de 80 jours, des tissus humides qui sèchent mal, mais autrement il y a très peu de senteurs différentes. "Alors, d’un seul coup toutes les odeurs, bonnes ou mauvaises, vous sautent à la gueule », confirme le multiple circumnavigateur Thomas Coville qui ajoute aux sensations du nouvel arrivé une meilleure acuité auditive.  « Quand on revient à terre on est beaucoup plus attentif que la normale, observe-t-il. On entend beaucoup mieux car on est encore très attentif. Il faut dire que pendant un tour du monde, les marins se repèrent majoritairement à l’oreille. Alors, une fois arrivé à terre, on entend tous les bruits, toutes les conversations autour de nous. » Puis, petit à petit, l’extrême acuité sensorielle s’estompe. « On n’a ni l’aptitude ni l’envie de la conserver à terre », précise Thomas Coville.

 

Des virus hivernaux prêts à attaquer
 

Pendant un tour du monde, le corps des skippers ne cherche plus à se défendre contre les attaques extérieures puisqu'il n'y pas de microbes venus d'un tiers. "Il s'est mis en veille en quelque sorte", analyse Jean-Yves Chauve. Autant dire que lors de l'arrivée, cela change du tout au tout avec le bain de foule des supporters venus accueillir le skipper en masse. Tous les virus hivernaux partent à l'attaque! Interrogé en début de semaine, Jean-Pierre Dick confirme qu'il est souvent malade après une course: "Pendant la navigation, nous usons beaucoup d'adrénaline, nous puisons dans les réserves." Christian Le Pape ajoute toutefois, dans un éclat de rire, qu'une petite grippe n'est rien comparé à ce que les skippers viennent d'endurer. 

 

Un rythme de sommeil à retrouver
 

La première journée à terre, difficile de dormir car le skipper est encore dans un état sensoriel hyper-développé.Thomas Coville compare un tour du monde en solitaire à une très longue partie d'échecs mais avec, en plus, les sens sollicités en permanence. Puis au bout de quelques heures, les nerfs tombent et les skippers s’endorment d’un sommeil très comateux. « C’est une jouissance incroyable, témoigne Thomas Coville. C’est presque un sommeil d’enfant. » Enfin ! Le navigateur échappe aux sommeils troublés du Vendée Globe, avec l’angoisse de devoir se réveiller d'un moment à l'autre. « En mer, ce n’est pas forcément la nourriture qui manque, c’est plutôt le vrai sommeil », assure le marin.Mais le revers de la médaille n'est jamais très loin. Au bout de quelques jours, les skippers font face aux conséquences du rythme de sommeil très haché de leur Vendée Globe. « On se réveille la nuit parce que, pendant les mois de mer, l’organisme a été habitué à dormir par tranches de 2 à 3 heures. » Cela peut durer des semaines ou des mois. Pour Thomas Coville, la plus longue réadaptation après une navigation en solitaire a été de six mois.

 

ILS ONT DIT:

Marc Guillemot: "On n'est jamais aussi forme que le Jour J, je vous conseille à tous un tour du monde ! Mais après, j'ai l'habitude de dire: trois mois de course, trois mois pour récupérer." 

 

 

L'équipe
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
Sophie Liman
Sophie Liman
Sophie est la dernière recrue de l'équipe de rédaction. Passionnée de loisirs nautiques et de voyages au bout du monde, Sophie est curieuse et dynamique, à l'affut des derniers évènements, bons plans, infos, bonnes adresses, mais ce n'est pas tout ! Douée pour le montage vidéo, elle est derrière la plupart de nos sujets multimédia et elle assure également l'animation des réseaux sociaux de Figaro Nautisme.
Thomas Darbois
Thomas Darbois
Passionné depuis son enfance par toutes les formes de glisse et par la mer, Thomas a longtemps vécu dans le nord de la Floride aux Etats-Unis. Une expérience qui lui a permis de découvrir l'univers du bateau à moteur et du catamaran à travers plusieurs essais et croisières notamment dans les Caraïbes. Il contribue régulièrement à la rédaction de Figaro Nautisme.