François Gabart, l'enfant prodige du Vendée Globe

Samedi 26 janvier 2013 à 7h11

Sauf catastrophe, le jeune marin de 29 ans devrait remporter le Vendée Globe dimanche matin. Et réaliser l'exploit de boucler le tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance en moins de 80 jours. Nouveau record.

©La Chaîne Météo

Sauf catastrophe, le jeune marin de 29 ans devrait remporter le Vendée Globe dimanche matin. Et réaliser l'exploit de boucler le tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance en moins de 80 jours. Nouveau record.

La France s'est découvert un nouveau Mozart de la course au large. Dans quelques heures, et sauf avarie durant les derniers milles de course, François Gabart devrait franchir victorieusement la ligne d'arrivée du Vendée Globe aux Sables-d'Olonne, en brandissant ses feux de détresse, devenus de triomphe, les yeux chargés d'émotion. Le skipper du bateau Macif rejoindra alors les dizaines de milliers de personnes qui ont suivi chaque instant de l'incroyable régate planétaire disputée depuis le 10 novembre dernier et qui l'attendent impatiemment sur l'eau puis dans le chenal du port vendéen, malgré la météo difficile du week-end. François Gabart, 29 ans, mérite un accueil triomphal. Il va boucler son tour du monde en 76 jours, dans le temps des premiers multicoques menés en équipage sur le Trophée Jules-Verne, et avec une semaine de moins que Michel Desjoyeaux, le vainqueur du Vendée Globe 2008-2009 (en 84 jours et 3 heures).

Derrière lui, le jeune prodige laissera le casse-tête du pot au noir si imprévisible, le vacarme des vagues glaciales tambourinant contre sa coque en carbone, et les nuits sans sommeil rivé à la table à cartes. Il laissera surtout une lutte incroyable et haletante tout au long de ce tour du monde avec Armel Le Cléac'h (Banque Populaire) qui est attendu en Vendée seulement quelques heures après lui. «Le Vendée Globe est souvent comparé à la Formule 1, observe Christian Le Pape, directeur du centre d'entraînement de Port-La-Forêt qui a vu passer des générations de champions: Desjoyeaux, Le Cam, Jourdain et plus récemment Gabart. Mais ce n'est pas vingt tours de pistes à boucler! Ce serait plutôt une plongée en apnée à 100 mètres de profondeur et dans le noir. Il faut se dire qu'à 29 ans François a dû se préparer à l'éventualité de ne pas revenir. Ce n'est pas banal.»

La fraîcheur de la jeunesse

Le jeune premier aura vaincu le sort, passant à quelques milles seulement de l'endroit où sa précédente tentative de tour du monde, sur la Barcelona World Race, s'était arrêtée en 2011. Il avait démâté alors qu'il naviguait en double avec Michel Desjoyeaux. «Tout est presque pareil. Sauf que non, confiait alors François Gabart. J'ai décidé que ce serait différent. Je me suis préparé pour que ce soit différent.» Effectivement, ce point de passage symbolique n'était que le début d'une belle cavalcade dans les mers du Sud, bord à bord avec son compagnon d'entraînement Armel Le Cléac'h, suivie d'une régate victorieuse lors de la remontée de l'Atlantique. «Un skipper normal aurait levé le pied dans le Grand Sud mais pas François, observe Kito de Pavant, qui connaît bien le phénomène Gabart, puisqu'il a initié le marin au 60-pieds Imoca. Ce gamin a une très forte confiance en lui et en son bateau.» De l'avis de tous, une bonne étoile veille sur le concurrent à la détermination sans faille et sereine. «Chapeau pour ce tour du monde, confie au Figaro Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec 3) qui poursuit pour l'instant sa course après avoir perdu sa quille en début de semaine. Français est très fort mais il a eu aussi l'insouciance et la fraîcheur de celui qui fait son premier tour du monde: j'ai retrouvé un peu d'Ellen MacArthur en 2001. C'était incroyable.»

L'histoire de ce jeune premier aux airs de gendre idéal se mêle à celle du Vendée Globe. En 1989, François Gabart, alors âgé de 6 ans, prend le large avec sa famille, au moment où les premiers concurrents quittent les Sables-d'Olonne avec un pari fou: boucler le tour du monde en solitaire, sans assistance et sans escale. La famille Gabart suit avec attention la progression des bateaux de course et le jeune François campe en haut du mât pour tenter d'apercevoir les aventuriers. «J'avais 9 ans et lui trois de moins, se souvient sa soeur Alice Clavet. Je voyais le bateau comme un simple moyen de transport mais pas François. Il a tout de suite accroché sur la technicité de la voile.» L'enfant pressé veut tout comprendre et fait déjà preuve d'une ténacité hors du commun: sur le pont du bateau familial, il passe des heures à faire des noeuds, les yeux bandés, dans le dos ou d'une seule main.

Bac mention très bien avec un an d'avance

De retour en France, son père lui construit son propre bateau en bois pour qu'il navigue sur la mare de Saint-Yrieix dans le Limousin. Là, le garçon est bien obligé d'utiliser le moindre souffle d'air pour manoeuvrer son embarcation: c'est sans doute là qu'il a appris, contraint et forcé, l'art de naviguer dans la pétole.

Le deuxième Vendée Globe, en 1992-1993, offre à l'apprenti marin un modèle de précocité: Alain Gautier vient de fêter ses 30 ans lorsqu'il triomphe. Pendant ce temps, François Gabart grimpe les échelons en Optimist, évoluant jusqu'à ses 10 ans dans une équipe déjà sponsorisée par l'assureur Macif - hasard du destin - et remporte le championnat de France en 1997. Le début d'un beau palmarès en voile olympique qui le conduit à remporter le championnat de France junior en Tornado en 2004 avant de se lancer dans le grand bain de la course au large.

L'enfant qui construisait ses rêves avec le sérieux d'un ingénieur ne lâche pas ses études pour la voile. Après un baccalauréat mention très bien, décroché avec un an d'avance, le voici en école d'ingénieur à Lyon. Il y passera sept ans en horaires aménagés: cours du lundi matin au jeudi midi puis voile en Méditerranée jusqu'au dimanche soir. Les cours de négociations d'affaires ou de finances lui permettront de peaufiner sa recherche de sponsors. Un passage obligé pour intégrer le circuit Figaro-Bénéteau. En 2010, il brille sur la Solitaire, se classant deuxième derrière Armel Le Cléac'h, et remporte le championnat de France de course au large en solitaire.

François Gabart incarne désormais cette nouvelle génération de navigateurs, sportifs de haut niveau, diplômés d'une grande école, qui, quand ils ne sont pas sur l'eau, font tourner les logiciels de routage météo sur leur ordinateur plutôt que de traîner leur ciré dans des convoyages sur des mers exotiques. «Mais attention, prévient Christian Le Pape. Si François est plus guidé par le goût de la compétition que par une aventure intérieure sur les mers du monde, ce n'est pas non plus un ingénieur rationnel, froid et dur.» Car comme le rappelle le directeur du centre d'entraînement: la voile est avant tout une histoire de sensibilité.

Le professeur et le bizuth

Le profil de François Gabart rappelle une icône de la génération précédente: Michel Desjoyeaux, 47 ans, double vainqueur du Vendée Globe, qui a d'ailleurs supervisé la construction du voilier du jeune prodige puis l'a accompagné tout au long de sa préparation. Ensemble, ils partagent la connaissance des matériaux qui leur permet de construire des bateaux innovants. Gabart, très à l'aise en électronique, connaît aussi ses outils de navigation sur le bout des doigts. «En cas de souci, il n'a pas les deux pieds dans le même sabot ni les mains dans les poches», assure celui que le milieu surnomme le Professeur.

Le mentor et son jeune protégé partagent aussi une gestion très cadrée de leur communication en compétition. Tout l'art est de ne dévoiler aucune fragilité. Christian Le Pape, observateur très attentif de la course, imagine toujours les minutes qui précèdent les vacations radio, lorsque le leader du tour du monde, «peut-être en vrac au fond de son bateau» après des manoeuvres harassantes, doit se refaire une allure fraîche et dispose. «Il a de la chance, son visage jeune ne marque pas encore, pas besoin de maquillage», s'amuse le directeur de «Port-Laf». Et comme le blondinet est né avec un ordinateur dans les mains, c'est avec Twitter qu'il communique le plus facilement, annonçant son passage de l'équateur seulement deux minutes après la ligne imaginaire ou s'amusant, fin décembre: «Petite discussion VHF avec Banque Populaire qui est juste devant moi. Il va falloir faire attention à ne pas se rentrer dedans. Cela ferait désordre...» Près de 5 000 internautes attendent maintenant avec impatience le tweet de la victoire, en écho à celui du départ: «#VG2012 c parti!!!»

Chaque grande génération de marins français a eu son leader. Il y avait Éric Tabarly, puis Michel Desjoyeaux ou Loïck Peyron, suivis de Franck Cammas. La génération Y a trouvé sa figure de proue en la personne de François Gabart, très vite arrivé au firmament de la course au large. «Heureusement, remarque Michel Desjoyeaux avec une pointe de soulagement, son poulain a fait quelques erreurs. Mais il n'y en a pas beaucoup, il reste celui qui en a fait le moins et c'est pour ça qu'il est devant...»

L'équipe
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Sophie est la dernière recrue de l'équipe de rédaction. Passionnée de loisirs nautiques et de voyages au bout du monde, Sophie est curieuse et dynamique, à l'affut des derniers évènements, bons plans, infos, bonnes adresses, mais ce n'est pas tout ! Douée pour le montage vidéo, elle est derrière la plupart de nos sujets multimédia et elle assure également l'animation des réseaux sociaux de Figaro Nautisme.
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Passionné depuis son enfance par toutes les formes de glisse et par la mer, Thomas a longtemps vécu dans le nord de la Floride aux Etats-Unis. Une expérience qui lui a permis de découvrir l'univers du bateau à moteur et du catamaran à travers plusieurs essais et croisières notamment dans les Caraïbes. Il contribue régulièrement à la rédaction de Figaro Nautisme.