Bernard Stamm: Je me suis mis en mode survie

Mercredi 16 janvier 2013 à 12h29

INTERVIEW: Après avoir passé cinq jours sans énergie dans le Pacifique Sud, Bernard Stamm (hors course depuis le 9 janvier, date de son ravitaillement en carburant) est reparti de plus belle.  Il se verrait bien batailler avec les deux skippers qui le précèdent: Mike Golding et Jean Le Cam.

INTERVIEW: Après avoir passé cinq jours sans énergie dans le Pacifique Sud, Bernard Stamm (hors course depuis le 9 janvier, date de son ravitaillement en carburant) est reparti de plus belle.  Il se verrait bien batailler avec les deux skippers qui le précèdent: Mike Golding et Jean Le Cam.

Bernard Stamm navigue ce mercredi à 500 milles au sud de Rio. Le soleil est levé depuis 3 heures mais, contrairement au grand ciel bleu de mardi, le plafond est bas et gris. En revanche, le marin profite de belles températures qui contrastent fortement avec la rigueur vécue dans le grand sud.


Comment vous situez-vous par rapport aux autres voiliers du Vendée Globe (ndlr : Bernard Stamm, hors course, ne figure plus au classement officiel) ?

 

Je suis à 150 milles devant Dominique Wavre et je lorgne sur Mike Golding et Jean Le Cam. Là, ça va assez vite grâce à un flux qui m’accompagne depuis cette nuit. Je suis à 18 nœuds au reaching, c’est un peu le rodéo. J’ai deux petites dépressions orageuses, venues d’Amérique du Sud, à négocier. Après, je pourrai attraper les Alizés. Dans une grosse semaine, j’espère passer l’équateur.
 

Comment avez-vous réagi à l’annonce de votre disqualification ?


Avec beaucoup de déception. Les juges ont respecté les règles mais je trouve que la sanction est disproportionnée par rapport aux faits. Peut-être faut-il revoir les règles pour prendre une décision par rapport à la sécurité et non par rapport à la course ? Le monde du Vendée Globe – les assureurs, les armateurs ou l’organisation – ont besoin qu’on finisse la course. Après, j’ai demandé la réouverture mais c’était plus pour la forme. Ce qui s’est passé était tellement clair dans les règles que je ne voyais pas ce qui aurait pu se passer.
 

Quel était votre état d’esprit pendant la réouverture du dossier ?


J’ai mis tout ça de côté. La course s’arrêtait peut-être mais pas la navigation. Mon tour du monde continuait.


La mobilisation en votre faveur du monde maritime et du grand public a été impressionnante. Qu’en avez-vous pensé ?


C’est super, ça fait chaud au cœur ! Ça rassure aussi sur la façon dont j’ai réagi car je pense vraiment avoir fait la seule chose qu’il fallait.


Après la collision de votre bateau avec un OFNI, vous étiez totalement isolé, avec des difficultés techniques. Et pourtant, il vous fallait négocier le cap Horn. Comment avez-vous géré cette période ?
 

Je me suis mis en mode survie. J’étais en isolement complet, sans moyen de communication mais on s’y fait. Il me restait le dernier tiers du Pacifique à négocier, ce n’était plus le moment de régater car on s’expose à des cas de figure qui peuvent être dramatiques. Concrètement, j’ai sorti mes cartes sur papier – que nous sommes obligés d’embarquer – et j’ai reporté ma position avec mon GPS de secours et mon compas. Il fallait que j’économise un maximum d’énergie pour passer le cap Horn et négocier le ravitaillement en carburant (ndlr : Bernard Stamm naviguait avec un seul hydrogénérateur et 5% de charge). Alors je suis resté collé à ma barre plus de 20 heures sur 24. C’était très difficile car il faisait froid et j’avais énormément de mal à me réchauffer.
 

Comment s’est passé le passage du cap Horn ?


Je l’ai frôlé, j’étais à moins d’un mille ! C’est marquant de le voir d’aussi près mais normalement c’est quelque chose que l’on ne fait pas en raison des conditions dangereuses : vent et mer formée. Alors forcément, le rocher du cap Horn était plus un danger qu’un mythe à ce moment-là. Je l’ai négocié comme une navigation côtière. Au niveau des appareils de navigation, j’avais ma centrale et j’allumais mon ordinateur régulièrement pour recouper ma position avec mes relevés. J’avais les informations de vitesse et de vent. J’ai communiqué grâce à une VHF portable, j’ai pu appeler le phare du Horn et l’équipage de mon ami Unaï Basurko pour programmer les derniers détails du ravitaillement. Celui-ci s’est passé dans la première baie suivant le cap.
 

Comment avez-vous récupéré la dette de sommeil accumulée pendant cette navigation ?


J’ai commencé à redormir seulement un jour après le passage des Malouines (Falkland Islands) car nous avons eu un bon coup de vent au nord de ces îles. Avant le Horn, il était hors de question de dormir pour ma propre survie. Une fois arrivé dans l’Atlantique, on m’avait signalé des glaces - que je n’ai finalement pas vues- le vent n’était pas très stable et cette navigation difficile m’a laissé éveillé. Puis, quand les conditions se sont stabilisées, je suis tombé et j’ai dormi plusieurs fois deux heures pendant 3 jours. Je n’avais jamais dormi autant depuis le départ.


Le soleil vient de se lever au-dessus de votre voilier, quel est le programme de votre journée ?
 

Ces derniers jours, j’ai pu réparer ma drisse et quelques accrocs sur mes voiles. Ce mercredi, les conditions s’annoncent musclées car je vais passer dans le centre de la dépression : beaucoup de virements de bord, de matossage…. Je veux remonter le plus vite possible aux Sables d’Olonne.

 

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Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Passionné depuis son enfance par toutes les formes de glisse et par la mer, Thomas a longtemps vécu dans le nord de la Floride aux Etats-Unis. Une expérience qui lui a permis de découvrir l'univers du bateau à moteur et du catamaran à travers plusieurs essais et croisières notamment dans les Caraïbes. Il contribue régulièrement à la rédaction de Figaro Nautisme.