Concordia : les habitants du Giglio traumatisés

Jeudi 10 janvier 2013 à 18h14

A quelques jours du premier anniversaire du naufrage du Concordia, la tragédie continue de hanter les habitants de l'île du Giglio, impatients d'être débarrassés de l'énorme épave qui git encore devant le petit port.


"Ce qui me poursuit surtout, ce sont les yeux des enfants. Ils pleuraient mais ils ne hurlaient pas parce qu'ils avaient très peur", raconte le maire-adjoint de cette île de 1.500 habitants, propriétaire d'un hôtel, Mario Pellegrini.


Ce soir du 13 janvier 2012, durant lequel 32 personnes ont perdu la vie, il avait grimpé à bord pour sauver les passagers prisonniers des coursives. Comme des dizaines d'entre eux, il s'était retrouvé prisonnier lorsque le bateau avait basculé sur le flanc, dans un couloir dont les murs étaient soudainement devenus des planchers.


"Comme dans un film! Il y avait des hurlements. Chacun tentait de sauver sa peau, personne n'était là pour mettre de l'ordre, les gens étaient en état de choc", explique-t-il.


De l'extérieur, des secouristes avaient pu descendre une échelle pour que les passagers grelottants puissent atteindre le flanc du navire, puis avancer sur la coque, agrippés à une échelle de corde jusqu'à des bateaux de sauvetage qui les attendaient sur les flots sombres.


Mais d'autres étaient restées coincées. "Quand nous avons ouvert les portes, nous avons entendu des hurlements provenant de ces couloirs devenus des puits. J'ai trouvé une corde et nous avons pu les hisser. L'eau montait, ils étaient épuisés, trempés jusqu'aux os", se souvient-il. "Le dernier secouru, un serveur indien, semblait comme imprégné de la peur de la mort".


En état de choc, beaucoup des survivants se sont rendus dans une église où leur ont été distribués de la nourriture et des vêtements collectés par la communauté de l'île.


"C'était un campement géant", se souvient le père Lorenzo Pasquotti, un curé qui avait même donné à des survivants ses vêtements liturgiques.


Comme beaucoup d'habitants, le curé aspire à un retour à la normalité que la tragédie a totalement bousculée.


"Dès qu'ils auront remis à flot le navire et qu'ils l'auront emmené, nous pousserons un gigantesque soupir de soulagement. Nous retrouverons notre île d'avant", dit-il.


Mais, malgré le dispositif flottant autour du Costa Concordia et les centaines d'ouvriers et experts présents sur l'île, ce n'est pas pour demain.


Tandis que des soudeurs attachés par des harnais colmatent des trous dans la coque blanche rouillée, des plongeurs s'affairent 24 heures sur 24 à empiler des sacs de ciment pour éviter à l'épave de se briser en deux.


L'opération de remise à flot --la plus grande jamais tentée-- a été retardée par une série de problèmes techniques comme celui de forer le fond marin en granit pour installer une plate-forme servant à stabiliser la coque.


La dernière date avancée pour l'enlèvement est septembre 2013, mais le maire, Sergio Ortelli, qui s'est déjà plaint des retards de l'opération menée par les sociétés américaine Titan et italienne Micoperi, a laissé entendre qu'elle pourrait encore être repoussée.
"Je crains qu'il n'y ait encore des imprévus qui retardent l'opération. J'espère que l'épave pourra être emmenée d'ici à la fin de l'année", dit-il.


"Nous étions heureux, avant que la paix ait été perturbée par ce bateau et cet accident tragique. Nous ne demandons pas grand chose. Nous voulons juste retrouver notre sérénité", demande le maire.


Durant la cérémonie d'anniversaire, le rocher qu'avait heurté le Concordia et qui avait été arraché sous le choc, sera repositionné près de son emplacement initial, à quelques encablures du rivage.


"C'est une façon de remettre les choses comme elles étaient", remarque M. Pellegrini.


"Nous ne cessons de le redire entre nous: nous voulons que ce soit comme avant: un endroit superbe pour les touristes, avec une mer propre et des gens qui sont contents. Pas un lieu de tragédie".
 

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Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
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Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.