Une remontée laborieuse

Lundi 7 janvier 2013 à 18h53

Armel Le Cléac’h et François Gabart remontent toujours l’Atlantique Sud à faible allure. Victime d’une petite avarie, Jean-Pierre Dick perd du terrain.

Armel Le Cléac’h et François Gabart remontent toujours l’Atlantique Sud à faible allure. Victime d’une petite avarie, Jean-Pierre Dick perd du terrain.

François Gabart (Macif) et Armel le Cléac’h (Banque Populaire) n’ont pas fini de remonter l’Atlantique Sud aux allures de près. Lundi après-midi, dans des vents d’ouest de moins de 10 noeuds, Gabart progressait à 10 noeuds et Le Cléac’h difficilement à 6,5 nœuds. Le skipper de Macif a beau posséder 59 milles d’avance lundi après-midi, il relativise cet écart. « Nos routes convergent avec Armel. Comme un bon vieux couple, on se retrouve toujours...Ne vous prenez pas trop la tête avec les distances au but. Nous sommes au près depuis plusieurs jours (et pour quelques jours encore, on a pris un forfait deux semaines, ça coûtait moins cher) et donc ces fameux chiffres n'ont pas beaucoup de sens par rapport à notre progression vers le but. Il va donc falloir que vous soyez un peu patients avant de savoir lequel des deux va le plus vite ».

 

Des fichiers trompeurs

 

Décalé 130 milles à l’ouest par rapport au leader, Le Cléac’h peste contre des fichiers de prévisions météo qui ne sont pas d'une grande fiabilité. « Le vent n’est pas du tout dans la bonne direction par rapport à ce qui était prévu sur les fichiers. On va attendre que ça tourne un peu mais je ne comprends pas. La remontée de l’Atlantique Sud, ce n’est pas ce qu’il y a de plus sympa. Ce ne sont pas les meilleures journées du Vendée Globe. On va vers le nord et un alizé un peu plus stable mais on essaie de progresser tant bien que mal. Il n’y a pas de galère sur le bateau donc c’est bien, il y a juste quelques bricoles ».

 

Avarie pour Dick

 

Par contre, côté galère, Jean-Pierre Dick en a connu une ce matin à l’aube en constatant que le loop (manille textile) qui tient l’étai principal de solent au pont avait lâché. Au moment de l’incident, Virbac-Paprec naviguait sous trinquette et grand-voile 2 ris au près dans 30 nœuds de vent. Jean-Pierre a immédiatement mis le bateau vent arrière pour stabiliser la situation. Depuis le Niçois a entamé la réparation pour repartir en course le plus tôt possible. Dick a déjà concédé 80 milles et pointait à 16 heures à 336 milles de Gabart ! Ce qui fait les affaires d’Alex Thomson (Hugo Boss) qui n’a plus que 242 milles de retard sur Virbac-Paprec.

 

Le Cam approche du Horn

 

Cinquième, Jean Le Cam (SynerCiel) a empanné vers le Cap Horn et navigue actuellement à 12 noeuds dans des vents de sud-ouest de l’ordre de 15 noeuds. Une approche délicate que nous résume Le Cam. « C’était le pompon cette nuit. Le bateau a planté dans plusieurs vagues, il y avait de la flotte partout dans le cockpit. Je pensais qu’on était arrivé au maximum mais là, on touche le fond. Pacifique mon œil ! Je n’ai été me coucher qu’une heure seulement et les grains noirs s’enchaînent ! Normalement, il y a une accalmie à l’horizon, enfin à chaque fois je dis ça. L’espoir fait vivre ! Je viens de faire mon dernier empannage, maintenant c’est tout droit vers le Horn. En arrivant par le nord, je devrais être tranquille niveau glaçons ». Cette atterrissage difficile de la pointe de l’Amérique du Sud du Finistérien a permis à Mike Golding (Gamesa) de revenir à 246 milles du tableau arrière de SynerCiel.

 

La belle énergie de Stamm

 

Dans ce groupe de cinq, Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) qui pointe 27 milles derrière Dominique Wavre (Mirabaud) était une nouvelle fois le plus rapide de la flotte lundi après-midi, flashé à 16,7 noeuds ! Pourtant, le skipper en panne d’hydrogénérateurs et pratiquement privé d’électricité à bord envisage de se faire ravitailler en carburant après le passage du cap Horn. On se demande où Stamm va chercher une telle énergie après la série de déboires qu’il cumule depuis le départ du Vendée Globe. Génois et gennaker déchirés, fixations des deux hydrogénérateurs cassés qui entraineront trois escales différentes en Nouvelle-Zélande, disqualification pour aide extérieure (rejugée actuellement en appel), la rencontre dimanche avec un objet flottant non identifié qui détruit un hydrogénérateur. Ce n’est plus un bateau de course, c’est un véritable atelier de mécanique flottant ! A l’arrière du peloton, Bertrand De Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets), Tanguy de Lamotte (Initiatives-Coeur) et Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) traversaient le Pacifique Sud à un rythme soutenu compris entre 14,5 et 16 noeuds.

 

LES VOIX DU LARGE

 

François Gabart (Macif) : « On est parti depuis plus de 58 jours des Sables, mais c'est bien la première fois qu'on se retrouve au près, dans du vent fort. Ça tape, un peu, beaucoup, passionnément…Enfin bon, 11 nœuds au près, ce n'est pas ridicule non plus, pas mal de monocoques nous envieraient cette VMG. Forcément les multis avec des ailes vont un poil plus vite...Ceci dit, là, dans 35 noeuds avec cette mer, ça ne serait pas très joli à voir...».

 

Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) : « Alors que certains dégustaient un poulet et un bon vin, nous, à bord de notre véranda et sous le crachin printanier, nous étions plutôt à l'heure espagnole, avec Acciona juste derrière qui est masqué à la faveur des grains. C'est toujours très amusant et motivant de se retrouver avec un bateau à vue. Période de vent faible de transition. A cette allure plus modeste je fais tourner mon hydrogénérateur à plein régime. Entre deux manoeuvres, j'ai réussi à me raser ; Monseigneur Horn en sera flatté je l'espère ! L'humidité est bien présente, mais je savoure pleinement ces instants d'approche du dernier grand Cap ».

 

Dominique Wavre (Mirabaud) : « La mer est toujours croisée mais elle est moins haute, ça s’est un peu arrangé. Le bateau enfourne encore un peu et la stabilité n’est pas extraordinaire. Mais on est à 20 nœuds au lieu de 30 donc c’est plus facile. On fait route vers le cap Horn, je pense y être dans 48 heures. Je suis en pleine forme. J’ai bien pu roupiller cette nuit, un peu par hasard car je n’ai pas entendu mon alarme. C’est la première fois depuis le début du Vendée que je dors 3h d’affilée. Mais c’est bien car il faut du sommeil dans ces moments-là. Dans ces zones, notre physique est soumis à des conditions très difficiles. Mais 3h d’affilée, c’est une faute professionnelle ».

 

Mike Golding (Gamesa) : « Cette nuit, j'ai eu une claque vraiment casse-bateau. J'étais au poste de navigation, et j'ai failli me mettre la tête à travers l'écran d'ordinateur ! Ce n'était pas particulièrement mauvais pour moi, j'étais assis en porte à faux, mais quand cette grande claque est arrivée, tu sens que c'est le bateau qui risque de se briser les os. Les choses sont revenues un peu plus à la normale mais la mer a été horrible. J'en ai déjà vu des pires, mais là, elle était vraiment très confuse. Parfois, les claques étaient vraiment redoutables, et j'ai passé beaucoup de temps à essayer de prévenir les plus mauvaises d'entre elles ».

 

Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) : « Je viens d’avoir un souci avec l’hydrogénérateur mais c’est réglé. La première fois, un gros paquet d’algues d’environ trois mètres de long s’est coincé autour de l’hydro. Ce matin, plus de charge aux batteries, l’hydro a dû reprendre des algues et avec la pression le bout qui le retient dans l’eau a cassé. J’ai pu intervenir avant que l’hydro ne fasse des dégâts à lui-même et au tableau arrière en rebondissant entre l’eau et le bateau. Je viens de changer le bout et l’hydro a repris sa charge, mais toujours à 50% de ses possibilités ».

 

CLASSEMENT

Positions du 07/01 à 16 heures : 1. François Gabart (Macif) à 5 539 milles de la ligne d’arrivée; 2.Armel Le Cléac´h (Banque Populaire) à 59,2 milles du leader; 3.Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec) à 336,6 m; 4.Alex Thomson (Hugo Boss) à 578,9 m; 5.Jean Le Cam (SynerCiel) à 1 706,4 m; 6.Mike Golding (Gamesa) à 1 952,7 m; 7.Dominique Wavre (Mirabaud) à 2 010,6 m; 8.Bernard Stamm (Cheminées-Poujoulat) à 2 037 m; 9.Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) à 2 246 m; 10.Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) à 2 249,2 m; ; 11.Bertrand De Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets) à 3 649,6 m; 12.Tanguy de Lamotte (Initiatives-Coeur) à 3 924,3 m; 13.Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) à 4 788,6 m. Abandons : Marc Guillemot (Safran); Kito de Pavant (Groupe Bel); Samantha Davies (Savéol); Louis Burton (Bureau Vallée); Jérémie Beyou (Maître CoQ); Zbigniew Gutkowski (Energa); Vincent Riou (PRB).
 

L'équipe
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Passionné depuis son enfance par toutes les formes de glisse et par la mer, Thomas a longtemps vécu dans le nord de la Floride aux Etats-Unis. Une expérience qui lui a permis de découvrir l'univers du bateau à moteur et du catamaran à travers plusieurs essais et croisières notamment dans les Caraïbes. Il contribue régulièrement à la rédaction de Figaro Nautisme.