Nouveau coup dur pour Stamm

Dimanche 6 janvier 2013 à 18h24

Dans la nuit de samedi à dimanche, Bernard Stamm a heurté un objet flottant non identifié. Privé d’hydrogénérateurs après le choc, le Suisse envisage un nouvel arrêt.

Dans la nuit de samedi à dimanche, Bernard Stamm a heurté un objet flottant non identifié. Privé d’hydrogénérateurs après le choc, le Suisse envisage un nouvel arrêt.

A 3h30 dimanche matin, Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) a informé son équipe à terre qu’il venait de heurter un objet flottant non identifié. Lors du choc, son hydrogénérateur bâbord a été arraché alors que le second semble également être hors d’usage et ne chargeait plus. Stamm a donc aussitôt coupé l’ensemble des sources de consommations d’énergie du bord pour préserver ce qui lui reste d’électricité dans les batteries pour l’usage du pilote automatique. 


 

Un nouvel arrêt ?



Stamm est à 1 000 milles environ du cap Horn. Son équipe regarde les possibilités d’un arrêt dans un abri du côté du littoral chilien ou argentin, ou encore l’hypothèse de récupérer du carburant car la sécurité du bateau est engagée. En sachant que Cheminées Poujoulat n’a pas dû trop souffrir structurellement car dimanche, au pointage de 16 heures, Stamm naviguait à 16,8 noeuds dans la bonne direction vers la pointe de l’Amérique du Sud.



 

Poursuivi par la malchance !



Décidément, le skipper suisse a la poisse sur ce Vendée Globe, car il avait déjà dû s’arrêter le 23 décembre dernier dans une baie au sud de l’île d’Enderby, en Nouvelle-Zélande, pour remettre en état les fixations de ses hydrogénateurs. C’est là que Stamm avait reçu une aide extérieure de la part des marins du navire  scientifique russe « Professor Khromov » alors que l’ancre de Cheminées Poujoulat chassait. Un épisode qui avait entraîné la disqualification de Stamm par un jury international. Une sanction qui est aujourd’hui rejugée en appel. Ca fait vraiment beaucoup pour un seul homme !



 

Des leaders au près



En tête de la course, François Gabart (Macif) et Armel Le Cléac’h (Banque Populiare) remontent toujours au près l’Atlantique à 10 noeuds face à des vents de secteur Nord de l’ordre de 25 noeuds. Décalé de 140 milles latéralement dans l’est, Gabart, qui compte seulement 43 milles d’avance sur Le Cléach, a bien conscience que la partie est difficile : « Je sais quelle route j’ai choisi mais je ne connais pas celle d’Armel. Je pense que nos routes vont converger dans 3-4 jours. Il n’y a pas d’ambigüité dans nos routages, mais les fichiers météo ne sont pas excellents donc il faut prendre pas mal de précautions quant à la précision sur plusieurs jours. Quand on est au près, on est face aux vagues et au vent. Ça penche, c’est compliqué. On navigue un peu contre nature. Le vent est aussi un peu différent. On doit être attentif car les changements de voiles sont assez fréquents et il faut anticiper au maximum ». 255 milles derrière Macif, Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec) rencontre les mêmes difficultés pour progresser vers le nord dans des conditions météo similaires, tout comme Alex Thomson (Hugo Boss).



 

Un enfer Pacifique



Dans la traversée du Pacifique de Jean Le Cam (Synerciel), cinquième, qui devrait rejoindre lundi le cap Horn jusqu’à Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered), dixième, les conditions de navigation répondent à celles du Grand Sud. 45 nœuds dans les claques, une mer démontée, le cerveau aux aguets. Les marins vivent des jours compliqués. Avec deux ou trois ris dans la grand-voile, trinquette ou solent à l’avant, les solitaires emmitouflés dans leurs cirés trempés sont parés à choquer la grand-voile pour préserver le matériel et éviter de partir au tas. Ecouter le bruit des vagues, faire corps et esprit avec son bateau, somnoler, boire un café… froid, et tenir jusqu’à ce cap Horn tant espéré. « C’est la guerre ! » soulignait le skipper de Synerciel samedi soir. Dans cet enfer, on imagine mal Bernard Stamm privé d’énergie et de pilote automatique. Souhaitons qu’il puisse réparer au moins l’un de ses deux hydrogénérateurs...

 

LES VOIX DU LARGE



François Gabart (Macif) : « Le bateau va bien, c’est important. J’ai tout fait pour qu’il aille bien et pour ne pas l’abîmer. Du coup, dans l’Atlantique, j’ai un bateau qui est performant, qui va vite. J’espère que ça va durer jusqu’à l’arrivée car dans le Golfe de Gascogne, il vaut mieux avoir un bateau qui est en bon état ».



 

Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec) : « Les conditions : c’est le calme avant la tempête. Il y a 20 nœuds et des bonnes vagues. Une brume très tenace, on ne voit pas à plus de 200m. On a une dépression qui arrive vers nous. On se pose pas mal de questions sur les stratégies à venir. (Sur son retour sur le duo de tête) C’est bien d’être revenu. C’est un peu à la force du poignet. Je ne serai peut-être pas devant à l’Equateur mais je veux être le plus près possible. Je veux être environ 12h derrière eux au niveau de l’Equateur. Il faut grignoter doucement et jouer sa carte jusqu’au bout. L’arrivée dans l’Atlantique, c’est comme une nouvelle course pour moi, notamment par rapport au sud ».




Bertrand de Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets) : « Tout va bien à bord. Les conditions ont été un peu longuettes pendant 2-3 jours mais désormais le vent revient un peu. Mais ce n’est pas très fort, j’ai 25 nœuds de vent. Je n’avance pas très vite, le vent est trop derrière, du coup, c’est empannage sur empannage ».



 

Jean Le Cam (SynerCiel) : « En ce moment, le temps est instable. Cette nuit, on a pris 42 nœuds. Une soirée un peu mouvementée, on va dire, et j’ai dû empanner. Du coup, il faut rouler le genak, tout préparer, monter le chariot et après il faut rematosser, revirer de bord, c’est prenant. Ça demande beaucoup d’organisation et en plus, je pense qu’il va y avoir pas mal d’empannages jusqu’au cap Horn. Après je me suis rapproché du centre de la dépression, sinon ça aurait été l’horreur ».



 

Mike Golding (Gamesa) : « Les conditions sont très difficiles actuellement, avec en particulier un début de matinée sur les chapeaux de roues. Je n’ai même pas eu le temps de mettre ma veste de quart, le vent s’est mis à souffler à 42 nœuds et le pilote automatique a mis le bateau en vrac. Du coup, je me suis retrouvé sur le pont en sous-vêtements, trempé des pieds à la tête, et le tout par un froid glacial. J’ai connu des réveils plus agréables ! Le nuit n’a pas été simple non plus, j’ai dû réparer une fuite de ballast. Ce matin, j’ai pu le remplir et j’avance à nouveau à une vitesse normale. Ce n’était pas évident car la fuite était assez importante et elle a inondé la rigole d’écoulement centrale qui court sur toute la longueur du bateau et donne directement sur la zone où se trouve le moteur.  J’ai vraiment dû m’activer car je ne voulais pas avoir de l’eau dans les systèmes électriques. Ça a l’air d’aller, maintenant, mais je vais devoir garder un œil là-dessus ».




Tanguy de Lamotte (Initiatives-coeur) : « C’était ma première traversée des mers du sud en solo et je me suis éclaté, vraiment, malgré des moments intenses, difficiles et effrayants. Mais j’ai également bien apprécié les périodes de calme qui ont suivi ces passages compliqués ! Le bateau va bien, et ça c’est une satisfaction. Je devrais atteindre le cap Horn dans 9 jours, ça va arriver vite. C’est un lieu mythique, j’ai vraiment hâte. N’empêche, je pense que les mers du sud vont me manquer.  
J’ai 17-18 nœuds de vent et je vais empanner bientôt avant de prendre la direction de la prochaine porte. Et là, en pleine accalmie, je profite d’un bon petit repas, de la viande en sauce préparée par mon oncle. Plutôt sympa, pour fêter un passage de porte ».




CLASSEMENT



Positions du 06/01 à 16 heures : 1. François Gabart (Macif) à 5 747 milles de la ligne d’arrivée; 2.Armel Le Cléac´h (Banque Populaire) à 43,7 milles du leader; 3.Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec) à 226 m; 4.Alex Thomson (Hugo Boss) à 617,8 m; 5.Jean Le Cam (SynerCiel) à 1 777,9 m; 6.Mike Golding (Gamesa) à 2 101,2 m; 7.Dominique Wavre (Mirabaud) à 2 167,7 m; 8.Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) à 2 182,3 m; 9.Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) à 2 314 m; 10.Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) à 2 323,7 m; ; 11.Bertrand de Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets) à 3 7118,2 m; 12.Tanguy de Lamotte (Initiatives-Coeur) à 3 988,5 m; 13.Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) à 4 880,7 m. Abandons : Marc Guillemot (Safran); Kito de Pavant (Groupe Bel); Samantha Davies (Savéol); Louis Burton (Bureau Vallée); Jérémie Beyou (Maître CoQ); Zbigniew Gutkowski (Energa); Vincent Riou (PRB).

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Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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Passionné depuis son enfance par toutes les formes de glisse et par la mer, Thomas a longtemps vécu dans le nord de la Floride aux Etats-Unis. Une expérience qui lui a permis de découvrir l'univers du bateau à moteur et du catamaran à travers plusieurs essais et croisières notamment dans les Caraïbes. Il contribue régulièrement à la rédaction de Figaro Nautisme.