Options différentes pour les leaders

Par Figaro Nautisme
Vendredi 4 janvier 2013 à 19h17

A l’approche d’un anticyclone qui leur barre la route, les chemins de François Gabart et Armel Le Cléac’h se séparent.

A l’approche d’un anticyclone qui leur barre la route, les chemins de François Gabart et Armel Le Cléac’h se séparent.

François Gabart (Macif) et Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) 21 milles derrière profitaient toujours vendredi après-midi d’un flux soutenu de secteur sud-ouest pour remonter l’Atlantique Sud à bonne allure. A l’approche d’un anticyclone qui leur barre la route, les deux leaders ont pris des options différentes. Gabart a choisi de le contourner par l’est, tandis que Le Cléac’h affronte la difficulté météo par le nord en sachant que l’écart latéral entre eux est de 130 milles. Difficile aujourd’hui de savoir quelle sera la meilleure stratégie. Le skipper de Macif reste à ce sujet prudent dans ses propos. « Pour moi, c’est à la fois clair et en permanence remis en cause. J’ai mon chemin stratégique en tête mais à chaque fichier météo, j’ai de nouvelles informations. Dans la philosophie générale, j’ai ma trajectoire qui est bien calée ». 350 milles derrière Gabart, Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec) cavale pour le moment à 18 noeuds. Ce qui n’est pas le cas d’Alex Thomson (Hugo Boss) qui navigue à 8 noeuds dans des petits airs à l’approche des îles Malouines.

 

Une certaine lassitude

 

Derrière, au sein du groupe des cinq dominé par Jean Le Cam (SynerCiel), la fatigue se fait sentir. A commencer par Le Cam lui-même qui ne cache pas son envie de quitter enfin les mers du Sud. « J’ai hâte d’être au cap Horn. Il y a une certaine lassitude, on en a un peu marre. Tu ne sais pas comment te mettre, comment te toiler et du coup tu n’es jamais content. Ce ne sont pas des situations enviables ». Même son de cloche du côté de Dominique Wavre (Mirabaud) qui puisse dans ses réserves. « C’est vrai que j’ai laissé beaucoup de forces dans le mauvais temps, et que je n’ai pas encore totalement récupéré. Les conditions sont très fatigantes en ce moment, la mer est dure, j’ai plus de 30 nœuds de vent et nous allons probablement subir un coup de vent assez fort après le passage de la porte Pacifique Est. C’est quasiment impossible de dormir dans ces conditions. A bord du voilier, c’est actuellement le vrac total : la soute avant est totalement encombrée par le gennaker, en tas, et je ne peux absolument pas m’en occuper dans ces conditions. Toute mon énergie est focalisée sur la conduite du bateau ».

 

Le jury reporte sa décision

 

Le jury international qui doit statuer définitivement en appel sur la disqualification ou non de Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) a décidé de reporter sa décision pour prendre en compte le témoignage du commandant russe du navire scientifique « Professor Khromov » qui avait porté assistance à Stamm le 23 décembre dernier. Un complément d'information souhaité par le skipper suisse. Ce témoignage n'étant pas encore là, le jury a choisi d'allonger le délai. Bernard Bonneau, le président du jury, l’a annoncé ce vendredi. « Je ne pense pas qu’il y a aura une décision dans la journée (vendredi). Le temps qu’on se concerte avec tous les collègues, ça sera difficile d’avoir une décision aujourd’hui ».

 

Les remerciements de Stamm

 

En attendant le verdict, Bernard Stamm a adressé un émouvant message de remerciements aux concurrents du Vendée Globe qui le soutiennent et plus largement au monde de la course au large, dont voici les principaux passages. « Les heures que je vis actuellement sont particulièrement difficiles, mais je tenais à vous dire à quel point vos messages me touchent. Depuis la terre, ils me parviennent et me vont droit au cœur. Recevoir tout le soutien du monde de la course au sens large m'est aujourd'hui très précieux. A vous tous, concurrents encore en mer ou privés trop tôt de cette magnifique course qu'est le Vendée Globe, je veux dire ma grande fierté de faire partie de votre flotte. A ceux qui ont demandé ma réintégration aux organisateurs, merci d'apporter une fois encore la preuve que la solidarité et l'esprit sportif existent entre nous tous. J'ignore quelle réponse sera apportée à ma demande de réouverture, mais quelle qu'elle soit, je continuerai à me battre de toutes mes forces pour ces valeurs qui sont les miennes. Je vous souhaite à tous de poursuivre cette belle bagarre que nous livrons depuis le départ des Sables d'Olonne. Ce Vendée Globe fait partie de ma vie depuis près de 15 ans. Je ferai tout pour ramener mon bateau à bon port, touché mais fier d'être allé au bout de mon aventure. Personne ne me l'enlèvera ».

 

Le Président s'en mêle

 

Tout est dit ou presque car Jean-Pierre Champion, Président de la Fédération Française de Voile, vient de faire parvenir un communiqué de presse qui laisse perplexe avant l'annonce du verdict, et dont voici le principal extrait. « Le Vendée Globe s’est bâti autour d’un concept simple et génial : le tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance. Ce concept est transcrit dans les règles, au travers de l’avis de course. Ces règles sont simples, strictes, et elles font la beauté de la course en lui conférant un caractère exceptionnel et unique, permettant aux marins d’exprimer leur courage et leur talent. Les règles sont appliquées par des arbitres, par définition indépendants, dont le rôle est d’appliquer lesdites règles, évidement sans les réécrire au vu des circonstances, mais telles qu’elles sont. Les concurrents les ont acceptées en s’engageant et savent qu’elles s’appliquent à eux et aux autres. Ils sont en droit d’attendre, ainsi que tous ceux qui admirent l’épreuve, qu’elles soient appliquées. Quant à la sanction, quelle qu’elle soit, elle n’entache en rien (quand il n’y a pas eu tricherie) la valeur de celui qui la reçoit. Signé Jean-Pierre Champion ».

 

LES VOIX DU LARGE

 

François Gabart (Macif) : « Ça fait longtemps qu’on n’a pas été aussi éloigné (sur sa position par rapport à Armel). Je suppose qu’il y a des stratégies différentes. Armel est un peu plus proche de la route directe. Il veut se laisser le plus de cartes possibles entre les mains ».

 

Alex Thomson (Hugo Boss) : « C'est une belle réussite pour moi et toute mon équipe. C’est mon troisième passage du Cap Horn, mais le premier en solitaire. Je n’ai pas eu l’occasion de me détendre et de profiter de l’instant, au contraire. Il y a une quinzaine d’icebergs dans cette zone et même si la direction de course fournit leurs localisations et que je possède un radar, traverser cette zone dans l’obscurité reste très impressionnant. Je suis passé à moins de 0,8 milles d’un de ces icebergs, mais sans l’apercevoir pour autant ».

 

Jean Le Cam (SynerCiel) : « La nuit dernière a été un peu soutenue. Il y a eu des vents à plus de 37 nœuds dans des claques. Devant le grain, tu avais 37 nœuds et derrière 14. Les grains étaient noirs. C’était incroyable. Le problème, c’est le vent qui est variable. Si tu toiles le bateau pour la valeur supérieure de vent ou alors si tu fais l’inverse, il faut être prêt à réduire la toile au moment où ça change ».

 

Tanguy de Lamotte (Initiatives-cœur) : « C’est toujours un peu secoué ici. Il fait froid. Je suis au reaching avec beaucoup d’eau qui passe sur le pont. C’est difficile, surtout pour faire les choses quotidiennes comme manger et envoyer des mails. Mais j’avance bien vers la porte Pacifique donc tout va bien. (Sur l’engouement autour du Vendée Globe) Je ne me rends pas trop compte d’ici mais c’est génial que les gens se passionnent. Ça fait plaisir de savoir que grâce à nous, les gens pensent à des choses positives. Ça leur donne des idées de voyages ou autre. Ils pourront peut-être réaliser leur projet comme ça ».

 

Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) : « Dans l’Atlantique, j’ai manqué un peu de réussite. Désormais ça fait 7-10 jours que je profite du système météo. J’essaye d’anticiper les prochaines bascules et ça marche plutôt pas mal. On est 5 bateaux assez proches. Cheminées Poujoulat est plus rapide en ce moment avec une trajectoire un peu différente. C’est super excitant mais la course est loin d’être finie. (Sur le groupe des 5) Ça serait rigolo de passer ensemble le cap Horn. J’aimerais bien le passer de jour mais la météo est un peu incertaine jusqu’au cap Horn. Les routages nous font arriver le 8 ».

 

CLASSEMENT

Positions du 04/01 à 16 heures : 1. François Gabart (Macif) à 6 250 milles de la ligne d’arrivée; 2.Armel Le Cléac´h (Banque Populaire) à 21,5 milles du leader; 3.Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec) à 350,5 m; 4.Alex Thomson (Hugo Boss) à 629,6 m; 5.Jean Le Cam (SynerCiel) à 1 927,6 m; 6.Mike Golding (Gamesa) à 2 306,9 m; 7.Dominique Wavre (Mirabaud) à 2 384,2 m; 8. Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) à 2 505,4 m; 9.Bernard Stamm (Cheminées-Poujoulat) à 2 513,1 m; 10.Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) à 2 560,6 m; 11.Bertrand De Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets) à 3 793,1 m; 12.Tanguy de Lamotte (Initiatives-Coeur) à 4 158,3 m; 13.Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) à 5 081,9 m. Abandons : Marc Guillemot (Safran); Kito de Pavant (Groupe Bel); Samantha Davies (Savéol); Louis Burton (Bureau Vallée); Jérémie Beyou (Maître CoQ); Zbigniew Gutkowski (Energa); Vincent Riou (PRB).
 

L'équipe
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Guillaume Fourrier est un vrai passionné de la mer. Il pratique la pêche en mer depuis l'âge de 13 ans et a aujourd'hui à son actif près de 20 records de France, d'Europe et du Monde pour la prise de gros spécimens. Originaire de Boulogne-sur-Mer, il a sillonné les eaux de la façade Atlantique mais également celles de la Méditerranée. Il a également trempé ses lignes sur des contrées exotiques comme la Nouvelle-Calédonie, où il séjourna plusieurs mois à la recherche de gros poissons du lagon. Il pêche aujourd'hui en Normandie, son nouveau port d'attache.