Cammas : « Un défi sans complexe pour l'America's Cup »

Vendredi 4 janvier 2013 à 14h02

ENGAGÉ trois mois par le défi Prada pour participer à Auckland au lancement de son nouvel AC72, en vue de la 34e Coupe de l'America (l'été prochain à San Francisco), Franck Cammas vise déjà la 35e édition. Un projet «logique» selon lui après son triomphe en 2012 dans la Volvo Ocean Race, le tour du monde en équipages avec escales, dominée traditionnellement par les Anglo-saxons. Il s'explique au Figaro.

Franck Cammas ©La Chaîne Météo

ENGAGÉ trois mois par le défi Prada pour participer à Auckland au lancement de son nouvel AC72, en vue de la 34e Coupe de l'America (l'été prochain à San Francisco), Franck Cammas vise déjà la 35e édition. Un projet «logique» selon lui après son triomphe en 2012 dans la Volvo Ocean Race, le tour du monde en équipages avec escales, dominée traditionnellement par les Anglo-saxons. Il s'explique au Figaro.

FIGARO NAUTISME. - Comment s'est passée votre collaboration avec le défi Prada?

Franck CAMMAS. - Bien. J’ai beaucoup barré au début. Mon job, c'était d'amener de l'expérience sur un gros multicoque pour éviter de tout casser et pour réfléchir à des modifications à apporter à ce bateau qui est bien né. Sur les quatre qu’on a vus à l’eau récemment, je pense que c’est le meilleur pour le moment.

 

Pourquoi vous ne continuez pas avec les Italiens ?
C’était prévu comme ça. Et je ne veux pas, j’ai un programme en France (Tour de France à la voile notamment). Et je n’étais pas là pour prendre la place de quelqu’un qui est déjà installé.


Vous avez pu récolter beaucoup d’infos pour la 35e Coupe de l’America que vous espérez disputer…
Tout à fait, comme lors de mon expérience avec Oracle lors de la 33e Coupe. C’est vraiment génial de travailler avec des personnes et des équipes de cette qualité. La Coupe de l’America fascine beaucoup de monde. Que ce soit les architectes, les designers, les navigants, tout le monde est intéressant et précieux.

 

Comment allez-vous réussir à réaliser votre rêve de Coupe de l'America?

Déjà en m'y prenant tôt. C'est le bon moment pour moi après la Volvo Ocean Race d'avoir cette ambition. Je ne dis pas qu'on va y arriver parce que c'est très difficile de monter un projet Coupe en France, il y a beaucoup de très bons qui s'y sont cassé les dents. En gagnant la Volvo, on a prouvé que notre Team était capable d'atteindre un haut niveau sur une compétition vraiment internationale. Avec mes expériences chez Oracle et Prada, j'ai une bonne vision de ce qu'il faut faire et ne pas faire. Il y a vraiment moyen de monter un défi sans complexe.

 

Les frères Peyron se sont déjà positionnés pour cette 35e édition, la lutte s'annonce chaude...

C'est sûr qu'il n'y a pas la place pour beaucoup de projets de Coupe en France. Loïck Peyron a tout à fait le talent pour ça et il le prouve en étant très actif chez les Suédois d'Artémis. Après on verra. Nous, on peut vendre une équipe qui existe depuis quinze ans et a fait quatre bateaux. Sur la Volvo, on était 3 teams à avoir le même designer et c’est le fait d’avoir une équipe très expérimentée qui nous a permis de décrocher la victoire.

 

Pouvez-vous travailler avec les Peyron?

Il ne peut pas y avoir deux chefs. Il faut une personnalité devant avec une stratégie et une équipe derrière. Mais il n'y a pas de compétition entre nous. On vise la 35e Coupe, la 34e n'étant pas encore passée, cela me laisse un certain temps pour monter l'équipe et présenter notre projet. Aujourd’hui, on n’est pas en train de se battre avec les Peyron pour trouver de l’argent surtout que Groupama nous accompagne jusqu’en 2015.

 

Lors de la remise du prix de Marin de l'année, on vous a senti très ému...

C'est important qu'une certaine communauté reconnaisse que ce qu'on a fait avec Groupama est quelque chose d'exceptionnel. Et j'ai vraiment senti sur la fin de la Volvo Ocean Race que le public français était derrière nous, comme une équipe de France. Je n'avais jamais vu ça dans ma carrière... Sur la Route du Rhum ou la Transat Jacques Vabre, on est tous Français et on sait que c’est un Français qui va gagner donc ce n’est pas la même émotion…

 

Vous avez dit avoir beaucoup appris au niveau du management durant ce tour du monde, quoi concrètement?

L'important, dans des grandes équipes, c'est que tous leurs éléments poussent dans le même sens. Mon rôle, c'est intéresser tout le monde pour que chacun se lève le matin en se disant «j'ai envie d'aider mon collègue pour que lui aussi soit meilleur et qu'on arrive tous ensemble au même objectif». Alors sur la Volvo, mon discours c’était « les gars, faite l’effort individuel pour le groupe, ne sombrez pas dans la facilité en accentuant les critiques inefficaces ». Le management, c’est beaucoup de politique et il faut même savoir se vendre soi-même. Un leader doit être capable de montrer une voie que n’aurait prise la majorité de l’équipe.

 

Vos succès dans la Solitaire du Figaro, Transat Jacques Vabre, Route du rhum, Trophée Jules-Verne le prouvent, la voie que vous montrez est la bonne...

C'est sûr que ces victoires-là, pas que pour moi mais aussi pour l'équipe qu'il y a derrière, permettent d'avoir une certaine légitimité, influence et confiance. Je pense de toute façon qu'on ne doit pas se donner de limites. Bien soutenu par Groupama même dans les moments délicats, on a toujours continué à y croire et on a atteint les objectifs qu’on s’était fixé.

 

Quand vous vous retournez sur ce palmarès unique, vous vous dites quoi?

C'est bien, mais il y a certainement encore beaucoup à faire. Je regarde rarement derrière, c'est surtout devant qui m'intéresse. Gagner une épreuve, c'est seulement gagner le droit d'en faire une autre et une autre qui nous motive encore plus.

 

Vous évoquez ainsi les Jeux de Rio (en 2016), c'est sérieux?

Je vais m'entraîner cette année et faire des régates quand ce sera possible. Et ça deviendra encore plus sérieux en cas de qualification, ce qui est très difficile. Ce projet va me permettre de naviguer à haut niveau, de passer beaucoup d'heures sur l'eau, de faire du catamaran et avec une fille bien évidemment, c'est obligatoire. En plus, c'est un monde que je ne connais pas trop et je n'y suis pas très attendu. Le challenge me motive.

 

Et si un sponsor vous proposait de faire le Vendée Globe?

Pourquoi pas, mais pour l'instant je suis concentré sur la Coupe de l'America. En tout cas, je suis le Vendée Globe de près. Les deux jeunes François Gabart et Armel Le Cléac'h au pouvoir, ça me plaît mais ce n'est pas étonnant du tout. Avec Jean-Pierre Dick et Vincent Riou, ce sont les quatre qui se sont les mieux préparés pour cette course. C'est bien d'avoir une régate aussi serrée, pourvu que ça dure...

 

L'équipe
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.