Une disqualification en question

Par Figaro Nautisme
Vendredi 4 janvier 2013 à 10h22

Bernard Stamm attend la décision définitive du jury sur sa disqualification pour assistance extérieure. Le concurrent s’était amarré à un navire scientifique russe, alors qu’il partait à la dérive pendant les réparations de ses hydrogénérateurs. Un marin était monté à bord, de son propre chef, pour l’aider à relever l’ancre. Dans l’attente du retour du jury après la réouverture du dossier demandée par Bernard Stamm, une partie de la communauté maritime s’interroge sur les modalités de jugement.

Bernard Stamm attend la décision définitive du jury sur sa disqualification pour assistance extérieure. Le concurrent s’était amarré à un navire scientifique russe, alors qu’il partait à la dérive pendant les réparations de ses hydrogénérateurs. Un marin était monté à bord, de son propre chef, pour l’aider à relever l’ancre. Dans l’attente du retour du jury après la réouverture du dossier demandée par Bernard Stamm, une partie de la communauté maritime s’interroge sur les modalités de jugement.

Marc Guillemot
 

Le concurrent malheureux du Vendée Globe, ne souhaite pas accabler le jury, « les personnes qui le composent sont intègres et indépendantes » mais questionne : « Est-ce qu'un règlement, aussi carré et rigide soit-il, ne peut laisser un peu de souplesse compte tenu des éléments connus ? On connaît l'intégrité de Bernard, on a pu le vérifier une nouvelle fois dans ses commentaires. J'ai vraiment le sentiment qu'il a subi les événements avec une priorité, celle de préserver son bateau et l'obstacle qui s'est invité derrière lui dans l'axe du vent. La décision a été annoncée brutalement, est ce qu'un temps de réflexion complémentaire aurait été superflu? Je pense que non. Cela aurait peut-être permis d'écouter ceux qui, dans des conditions similaires, ont dû faire escale sur le Vendée. Le retour d'expérience des uns ou des autres aurait pu enrichir la réflexion du comité, du jury. » Marc Guillemot ajoute : « Lors d'une telle annonce, il faut penser à celui qui est encore en mer au milieu du Pacifique. Quel est son état d'esprit, sa fatigue? Le cas à juger a certainement été un vrai casse-tête pour le jury, j'aurais souhaité qu'intervienne dans ce comité, pour ce cas précis, l'avis de marins expérimentés. La décision est si lourde de conséquences pour le skipper visé, si lourde à porter pour ceux qui la prennent, qu'il me parait justifié de la partager. »


Jean-Luc Van Den Heede

 

Le navigateur (Vendée Globe 89/90 et 92/93) ajoute : « A l'heure des téléphones satellites, je m'étonne que le jury n'ai pas conversé (comme habituellement dans les compétitions de voile) en direct avec Bernard et ne se base que sur un rapport écrit dans l'urgence et dans des conditions pas faciles. »


Kito de Pavant
 

Victime d’une avarie sur ce Vendée Globe, le skipper de Groupe Bel s’interroge  : « Je constate que, le même jury (à quelques têtes près) avait, 4 ans auparavant, classé un concurrent qui n'est jamais arrivé aux Sables ou d'autres, arrivés sans quille, donc pas forcement conformes aux règles de la jauge IMOCA. »

 

Thomas Coville

 

La première réflexion qui me vient est : l'arbitre a toujours raison ! Cependant, je pense que le jury n'avait pas forcément besoin de se précipiter pour prendre sa décision. Tout le contexte de l'histoire est suffisamment flou pour prendre le temps de la réflexion. Quitte à infliger une pénalité à l'arrivée, en laissant le marin finir son tour du monde en course. (...)

On essaie de garder cette fumée pour le grand public, de faire croire qu'il n'y a pas d'assistance. Effectivement, il n'y a pas le droit de se faire aider pour la météo. En revanche, le coaching et l'assistance mentale existent, ne serait-ce que quand vos proches vous encouragent à ne rien lâcher, à vous battre. Elle n'est pas négative, elle fait partie intégrante de cette course et de sa magie. On peut définir l'aide de plein de façons et en l'espèce, je pense que Bernard n'en a pas reçu. Mais l'arbitre a toujours raison..."

 

Jacques Caraës (navigateur et directeur de course)

 

Les deux protagonistes ont agi avec le sens marin, le marin du caboteur russe et Bernard Stamm.
Comment le marin russe aurait-il pu imaginer qu'un texte interdise d'aider à la sauvegarde du bateau de Bernard alors que la solidarité et l'assistance à personne en danger sont les premiers principes maritimes (Ripam) ? Dans l'urgence, comment Bernard aurait-il pu expliquer un article interne au règlement du Vendée Globe à un marin qui ne parle pas sa langue ?

 

L'équipe
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
Guillaume Fourrier
Guillaume Fourrier
Guillaume Fourrier est un vrai passionné de la mer. Il pratique la pêche en mer depuis l'âge de 13 ans et a aujourd'hui à son actif près de 20 records de France, d'Europe et du Monde pour la prise de gros spécimens. Originaire de Boulogne-sur-Mer, il a sillonné les eaux de la façade Atlantique mais également celles de la Méditerranée. Il a également trempé ses lignes sur des contrées exotiques comme la Nouvelle-Calédonie, où il séjourna plusieurs mois à la recherche de gros poissons du lagon. Il pêche aujourd'hui en Normandie, son nouveau port d'attache.