Gabart et Le Cléac’h touchent du vent

Par Figaro Nautisme
Jeudi 3 janvier 2013 à 18h45

Après Jean-Pierre Dick qui a franchi le cap Horn jeudi matin, ils sont désormais trois à remonter l’Atlantique Sud.

Après Jean-Pierre Dick qui a franchi le cap Horn jeudi matin, ils sont désormais trois à remonter l’Atlantique Sud.

Les conditions s’améliorent au sud des îles Malouines pour les leaders François Gabart (Macif) et Armel le Cléac’h (Banque Populaire) qui ont touché du vent jeudi matin. 38 milles dans le sillage de Macif au classement de 16 heures, Le Cléac’h nous décrit la situation. « On est en avant d’une dépression. Sur zone on a 25 nœuds de vent, un ciel couvert et bien gris, et une mer un peu formée. On avance de travers, ça s’agite un petit peu. Les conditions sont bien différentes d’hier, ça a bien changé ! Mercredi c’était calme, maintenant on va avoir ces conditions pendant une grosse journée, voire un peu plus. Mais on va bientôt faire cap au nord et avoir des températures plus chaudes. Pour le moment il fait encore un peu frais, il ne fait pas encore 10 degrés. Je pense qu’il y a des coups à jouer, le terrain de jeu est complètement ouvert. La météo n’est pas simple mais on va avoir un premier bilan au large du Brésil. Il y a des bords à tirer, des options à prendre, ça va être intéressant de voir ce que ça va donner ».

 

Dick secoué

 

Après avoir franchi le cap Horn ce matin, Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec) éprouve des difficultés pour remonter l’Atlantique Sud. « Depuis le passage de Drake c’est l’enfer. Je n’ai pourtant pas vu de vent fort de nord mais c’est un matin assez difficile. J’essaye de comprendre mais je dois avouer que je n’ai pas bien regardé les fichiers de vagues et le bateau tape. Dès qu’il accélère un peu, c’est l’enfer. En plus, le vent a bien molli donc le bateau est un peu déséquilibré, c’est extrêmement désagréable ». 300 milles derrière Dick dans un vent de nord-ouest soutenu, Alex Thomson (Hugo Boss) glisse à 19 noeuds vers le cap Horn qu’il devrait rejoindre demain. Derrière, à la tête du groupe des cinq, Jean Le Cam (SynerCiel) a franchi la porte Pacifique-est avec 400 milles d’avance sur Mike Golding (Gamesa) suivi par Dominique Wavre (Mirabaud), Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) et Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat).

 

De Lamotte chahuté

 

Parmi les trois concurrents en queue de peloton, Tanguy de Lamotte (Initiatives-coeur) se fait particulièrement chahuter par les éléments. « Journée rapide mais inconfortable à bord d'Initiatives-cœur avec 30/35 nœuds de vent au travers ! Sur le bateau, c’est bruyant et mouvementé. Il penche beaucoup et traverse les vagues avec force. C’est un peu comme si vous restez dans votre voiture pendant le lavage automatique et que quelqu'un vous rentre dedans toutes les 30 secondes…Alors, j'ai sorti mon casque antibruit. Il diminue activement le bruit ambiant et ça fait drôlement du bien ! On dirait qu'on a la tête dans une bulle de verre comme les astronautes et qu'il y a moins de vent mais ça permet toujours de "sentir" les mouvements du bateau et donc de savoir comment ça se passe....Je ne me plains pas car on avance vite. J’essaie juste de vous décrire l'ambiance à bord ! ».

 

Stamm soutenu

 

Après sa disqualification du Vendée Globe pour assistance extérieure interdite, Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) reçoit de plus en plus de soutiens de la part des concurrents. Quatre d’entre eux ont déjà déposé une réclamation contre le jury international : Jean Le Cam (SynerCiel), Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec), Dominique Wavre (Mirabaud) et Alex Thomson (Hugo Boss), alors qu’Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) et Javier Sanso (Acciona) s’apprêtent à en faire de même. A la lecture des différents témoignages en faveur de Stamm, un argument revient en permanence : le cas de force majeure dont n’a pas tenu compte le jury ! Bernard Stamm s’est amarré au navire scientifique russe « Professor Khromov » pour sauver son bateau, tout comme il n’a pas sollicité la présence d’un matelot russe sur Cheminées Poujoulat pour remonter son ancre. Stamm a fait appel de cette sanction avec l’espoir que les cinq « sages » reviendront sur leur décision. Il faut aussi souligner l’honnêteté du skipper suisse qui a lui-même relaté les faits auprès de la direction de course du Vendée Globe. Personne n’aurait jamais rien su autrement de cet épisode vécu le 23 décembre dans une baie déserte de l’île d’Enderby en Nouvelle Zélande...

 

LES VOIX DU LARGE

 

François Gabart (Macif) : « Je soutiens complètement Bernard, c’est difficile pour lui. Quelle que soit la décision du jury je pense qu’il fera tout pour arriver jusqu’aux Sables d’Olonne, pour remonter le chenal où je suis persuadé que beaucoup de monde sera là pour l’accueillir. J'espère que je serai rentré car il peut compter sur moi pour être là à son arrivée ».

 

Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) : « Hola Bernard, Je viens de recevoir un mail m’indiquant que tu étais disqualifié du Vendée Globe. Je suis vraiment désolé d'apprendre ça après la course fabuleuse que tu étais en train de faire. J'ai lu les déclarations et j'aurais fait la même chose que toi pour tenter de sauver mon bateau. Tu dois être très déçu et je ne suis pas d'accord avec le comité car en situation extrême, on doit être en mesure d’obtenir de l’aide. Les compagnies d'assurance peuvent s’estimer heureuses que tu ais été aidé. Tu as fait le bon choix. Bonne chance et à bientôt ! ».

 

Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec) : « Ça n’a pas été mon passage du Horn le plus simple ni le plus festif. Il faisait nuit, je n’ai même pas vu le caillou. C’était un cocktail assez étonnant, mais je l’ai passé ! La mer est absolument démente, le vent est d’une force dingue, de face, j’ai mal pour mon bateau. J’étais au près cette nuit car le vent n’était pas si fort, mais maintenant je suis au portant. J’espère que l’Atlantique sud sera aussi sympa qu’à l’aller et que ça va bien se passer ».

 

Bertrand de Broc (Votre Nom autour du Monde avec EDM Projets) : « J’étais en train de faire une petite sieste. Maintenant que mon gennaker et ma GV sont bien établis et que je fais cap vers la prochaine porte, ça va ! Le bateau glisse, c’est calme, il n’y a pas de vague, pas de mer, à peine 1 mètre de houle, pas de bruit... C’est agréable. J’espère que le petit temps qu’on va avoir ne sera pas trop pénalisant. Il y aura un peu de pétole mais c’est dur à anticiper ici, on verra bien. Il n’y a pas beaucoup de choix, il faut aller chercher la porte en passant tout droit dans la bulle. Je n’ai pas beaucoup de vent, entre 12 et 15 nœuds, mais il faut passer par là, on fait avec. Le bateau prend forme petit à petit, j’essaye d’en tirer le maximum. En ce moment je me fais plaisir, je retrouve des sensations et malgré le peu de vitesse on a un temps très agréable et on peut profiter un peu du bateau ».

 

Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) : « J’ai du vent, ça va bien, je suis à 400 milles au sud de la Nouvelle-Zélande et pas loin de l’île Campbell. La mer est assez formée et le vent variable, de 16 à 35 nœuds en cas de rafale. J’ai partiellement résolu mes problèmes d’autopilote, ce qui était important pour pouvoir récupérer un peu de sommeil. Les safrans sont eux aussi en place. Un bout qui maintient la lame du safran tribord immergé avait cassé, j’ai donc dû ralentir l’allure, refaire le circuit et remettre la lame à l’eau. J’ai envisagé de m’abriter du vent à l’île Auckland ou Campbell, mais au final si rien ne se passe d’ici les îles, je vais continuer tout droit et attaquer la première porte Pacifique. Je vais essayer de bien naviguer, garder le moral et conserver le bateau dans de bonnes conditions. Je suis très content d’être ici et de bien avancer ».

 

CLASSEMENT

Positions du 03/01 à 16 heures : 1. François Gabart (Macif) à 6 589 milles de la ligne d’arrivée; 2.Armel Le Cléac´h (Banque Populaire) à 38,6 milles du leader; 3.Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec) à 337,7 m; 4.Alex Thomson (Hugo Boss) à 650,2 m; 5.Jean Le Cam (SynerCiel) à 1 913,6 m; 6.Mike Golding (Gamesa) à 2 320,8 m; 7.Dominique Wavre (Mirabaud) à 2 410,3 m; 8. Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) à 2 523 m; 9.Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) à 2 593,3 m; 10.Bernard Stamm (Cheminées-Poujoulat) à 2 596,5 m; 11.Bertrand De Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets) à 3 644,8 m; 12.Tanguy de Lamotte (Initiatives-Coeur) à 4 147 m; 13.Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) à 5 038,8 m. Abandons : Marc Guillemot (Safran); Kito de Pavant (Groupe Bel); Samantha Davies (Savéol); Louis Burton (Bureau Vallée); Jérémie Beyou (Maître CoQ); Zbigniew Gutkowski (Energa); Vincent Riou (PRB).
 

L'équipe
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
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Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Norbert Conchin
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Guillaume Fourrier est un vrai passionné de la mer. Il pratique la pêche en mer depuis l'âge de 13 ans et a aujourd'hui à son actif près de 20 records de France, d'Europe et du Monde pour la prise de gros spécimens. Originaire de Boulogne-sur-Mer, il a sillonné les eaux de la façade Atlantique mais également celles de la Méditerranée. Il a également trempé ses lignes sur des contrées exotiques comme la Nouvelle-Calédonie, où il séjourna plusieurs mois à la recherche de gros poissons du lagon. Il pêche aujourd'hui en Normandie, son nouveau port d'attache.