Gabart leader et cap-hornier

Par Figaro Nautisme
Mardi 1 janvier 2013 à 18h17

François Gabart, 29 ans et benjamin de l’épreuve, a franchi le cap Horn en leader. Chapeau l’artiste !

François Gabart, 29 ans et benjamin de l’épreuve, a franchi le cap Horn en leader. Chapeau l’artiste !

Début d’année en fanfare pour François Gabart (Macif) qui a franchi le cap Horn à 19H20 après 52 jours de course. C'est quatre jours de moins que le temps de passage de son mentor, Michel Desjoyeaux, il y a quatre ans. Le benjamin de la flotte devient donc cap-hornier. Son poursuivant, Armel Le Cleac'h, a franchi le cap Horn à 20h35, 1h15 derrière le skipper de Macif. Les deux navigateurs affrontent le cap Horn avec un flux d'ouest d'une vingtaine de noeuds, et une visibilité faible.  Les icebergs compliquent encore leur route: ils doivent gérer 24 heures de veille pour échapper aux growlers, ces glaces trop petites pour être détectées au radar et donc visibles uniquement à l'oeil nu. Les growlers sont issus d'une quinzaine d'icebergs surveillés par les organisateurs du Vendée Globe, aidés par la marine chilienne. 

 

Une délivrance attendue: témoignages de circumnavigateurs

 

Thomas Coville, multiple circumnavigateur, a surnommé ce passage mythique le « cap de Bonne-Délivrance », en référence au Cap Bonne-Espérance d’Afrique du Sud. « La première fois que j’ai passé le cap Horn, c’était avec Olivier de Kersauson, précise-t-il. Nous avions affronté des conditions de mer très difficiles, le bateau et l’équipage avaient beaucoup souffert. Comme pour chaque première fois, j’étais très, très attentif et je me souviens d’un soleil couchant incroyable, très rouge, qui illuminait tout l’horizon. Et je me souviens aussi du coup de gueule d’Olivier de Kersauson. Il avait raison, il fallait remobiliser les troupes. » Le cap Horn est un goulet d’étranglement où les vagues se croisent après le tunnel des mers du sud à la houle vertigineuse. Marc Pajot, de son côté, a doublé le cap Horn en compagnie d’Eric Tabarly sur Pen Duick VI, à l’occasion de la Whitbread. C’était en 1973, Marc Pajot avait juste 20 ans. « Lors du passage du Cap, je n’avais pas d’appréhension particulière : c’est le privilège de la jeunesse », assure aujourd’hui le navigateur qui renchérit : « Le cap Horn se mérite car il faut affronter deux océans sérieux avant, détaille Marc Pajot. C’est un moment très fort de notre mythologie maritime et c’est aussi un cap libérateur car il sonne la fin du périple et la remontée vers le port. » A bord de Pen Duick VI, il faisait très froid mais la mer n’était pas spectaculaire. Pas de superstition particulière pour le tout jeune cap-hornier de l’époque et une « célébration sans fanfare, comme à bord d’un bateau d’Eric Tabarly. »

 

L'état de la flotte

 

Après François Gabart et Armel Le Cleac'h, c'est Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec 3) qui est attendu au cap. Selon les routages, il devrait y passer avec 1 jour et 7 heures de retard sur le leader de la flotte. 

Vient ensuite Alex Thomson (Hugo Boss) qui allonge la foulée, flashé ce mardi après-midi à 19,5 noeuds. 1 150 milles dans le sillage du Britannique, Jean Le Cam (SynerCiel) débute bien l’année en progressant à 17 noeuds en route directe vers la porte des glaces Pacifique-est.

A l’arrière, le groupe des cinq Mike Golding (Gamesa), Dominique Wavre (Mirabaud), Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered), Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) et Bernard Stamm (Cheminées-Poujoulat) se tient en moins de 250 milles. Belles bagarres en perspective. Parmi eux, Javier Sanso a passé un réveillon de la Saint-Sylvestre en se faisant une belle frayeur. « Je me suis retrouvé dans une situation terrible. Au moment de dérouler le bout de l’enrouleur du grand gennaker, il s’est pris dans la voile. Il y avait 17-18 nœuds de vent, il faisait nuit. J’ai dû mettre mon harnais et aller à l’extrémité du bout-dehors. Je pensais à Yann Elies quand il s’est cassé le fémur sur le précédent Vendée Globe. Je me suis plusieurs fois écroulé à cause de la force de l’eau. Cette expérience est pire que celle de la montée dans le mât. Mais tout va bien à présent ». Dans la série des pépins, Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) est toujours aux prises avec de sérieux soucis de pilotes automatiques. « J’ai des problèmes de pilote automatique qui m’obligent à avancer sous toilé et donc à réduire ma vitesse. Le bateau nécessite beaucoup d’attention et de présence à l’extérieur et notamment à la barre ». L’heure n’est déjà plus à la fête...

 

LES VOIX DU LARGE

 

Bernard Stamm (Cheminées-Poujoulat) : « On ne sait pas trop quand est-ce qu'on passe de 2012 à 2013 avec tous ces changements d'heures et de date. Mais l'important c'est qu'on le fasse. Exit 2012, bonjour 2013. Ce n’est pas que 2012 ait été une mauvaise année, non, c'était plutôt riche en événements. Je la qualifierais plutôt de compliquée. 2013 sera plus simple, je le sens. En tous cas, le passage à la nouvelle année s'est plutôt bien déroulé, mieux que Noël. Vent pas trop fort, assez stable, une bonne grosse manœuvre pour digérer la mignonette de champagne qui n'a pas manqué de me couper les jambes, comme prévu. Une coupette de champagne agrémentée d'une petite boîte de foie gras de canard : un vrai bonheur. J'en profite donc pour vous souhaiter à tous une excellente santé et du bonheur pour cette année. J'estime avoir une grande chance d'avoir une famille, des amis et des partenaires comme ceux que j'ai, qui me suivent dans des aventures aussi folles que celle que nous vivons en ce moment. C’est sympa aussi que d'autres organisent ce genre d'événement et qu'on trouve assez de dérangés pour y participer, justifiant par leur présence et leur talent, l'intérêt de l'exercice. Donc, un grand merci à tous et que 2013 soit un millésime inoubliable ».

 

Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) : « Bonne Année 2013 à vous tous à terre ! Moi ça va, j'ai des problèmes d'autopilotes qui m'obligent à avancer sous-toilé et donc réduire ma vitesse pour continuer à naviguer en sécurité. Le gennaker de tête est déchiré. Dans la mesure du possible, je vais continuer à envoyer photos et vidéos mais s’il y a du retard ou je saute des envois, c'est dû au fait que le bateau nécessite beaucoup plus d'attention qu’avant et de présence à l'extérieur et à la barre. Bonne journée et encore Bonne Année ».

 

Tanguy de Lamotte (Initiatives-coeur) : « Je m'apprête à fêter mon deuxième réveillon, à passer pour la deuxième fois en 2013 ! Sur mon bateau à remonter le temps, j'ai fait un peu le retour vers le futur et je vis un jour sans fin qui ressemble un peu à un marathon du réveillon...Une chose est sûre, c'est que j'ai été très ému de fêter le réveillon seul en mer dans l'océan pacifique sur mon beau bateau. C'était une super belle journée pour commencer l'année 2013 : ciel bleu, soleil, vent, vagues, albatros...parfait ! ».

 

CLASSEMENT

Positions du 01/01 à 16 heures : 1. François Gabart (Macif) à 7 061,5 milles de la ligne d’arrivée; 2.Armel Le Cléac´h (Banque Populaire) à 35,7 milles du leader; 3.Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec) à 485,1 m; 4.Alex Thomson (Hugo Boss) à 956,5 m; 5.Jean Le Cam (SynerCiel) à 2 105,8 m; 6.Mike Golding (Gamesa) à 2 559,2 m; 7.Dominique Wavre (Mirabaud) à 2 632,4 m; 8. Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) à 2 681,6 m; 9.Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) à 2 797,5 m; 10.Bernard Stamm (Cheminées-Poujoulat) à 2 803,4 m; 11.Bertrand De Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets) à 3 888,4 m; 12.Tanguy de Lamotte (Initiatives-Coeur) à 4 176,1 m; 13.Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) à 5 201,5 m. Abandons : Marc Guillemot (Safran); Kito de Pavant (Groupe Bel); Samantha Davies (Savéol); Louis Burton (Bureau Vallée); Jérémie Beyou (Maître CoQ); Zbigniew Gutkowski (Energa); Vincent Riou (PRB).

 

L'équipe
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
Guillaume Fourrier
Guillaume Fourrier
Guillaume Fourrier est un vrai passionné de la mer. Il pratique la pêche en mer depuis l'âge de 13 ans et a aujourd'hui à son actif près de 20 records de France, d'Europe et du Monde pour la prise de gros spécimens. Originaire de Boulogne-sur-Mer, il a sillonné les eaux de la façade Atlantique mais également celles de la Méditerranée. Il a également trempé ses lignes sur des contrées exotiques comme la Nouvelle-Calédonie, où il séjourna plusieurs mois à la recherche de gros poissons du lagon. Il pêche aujourd'hui en Normandie, son nouveau port d'attache.