Icebergs en vue !

Par Figaro Nautisme
Samedi 29 décembre 2012 à 18h48

François Gabart et Armel Le Cléac’h sont de nouveau à portée de jumelles et devront redoubler de vigilance à l'approche du Cap Horn, où sont repérés des icebergs.

François Gabart et Armel Le Cléac’h sont de nouveau à portée de jumelles et devront redoubler de vigilance à l'approche du Cap Horn, où sont repérés des icebergs.

La régate planétaire que se livre François Gabart (Macif) et Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) prend une fois de plus des allures de match race. Les deux leaders ne sont séparés que par un mille et naviguent désormais entre 17 et 19,5 noeuds vers le Cap Horn, poussés par de vents réguliers de l’ordre de 20 noeuds. A ce rythme incroyable, on se prend à rêver d'un passage du Cap Horn au contact pour les deux skippers. Une image éminemment symbolique qui traduirait avec force toute l'intensité du combat acharné que se livrent les deux jeunes surdoués de Port-la-forêt, après près de 50 jours de course. Bateaux similaires, mêmes logiciels de routage, même niveau de formation supérieure, même excellence de la préparation, même envie de gagner...tous les éléments convergent depuis le début pour donner lieu à ce magnifique duel.

 

Attention aux icebergs !

 

Mais attention, car à 1280 milles du Cap Horn, les skippers de Macif et Banque Populaire plongent vers les latitudes froides et hostiles. Il leur faudra descendre au moins jusqu’à 56 degrés Sud pour doubler la Terre de Feu et mettre le clignotant à gauche. Mais avant de faire leur retour en Atlantique sud, ils devront traverser une zone de 50 milles truffée de glaçons. Des icebergs de 100 à 400 mètres pour les plus gros et les plus visibles au radar. Le problème étant moins ces mastodontes blancs que leur progéniture, les growlers ou bourguignons, seulement repérables à l’œil nu. Ce slalom dans un champ de mines sera le prix à payer pour le ticket de sortie du Grand Sud. Une sortie qu’ils sont nombreux à appeler de leurs vœux.

 

Dick attend son heure

 

Pendant un temps, Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec) a cru pouvoir regagner plus de terrain sur Gabart et Le Cléac’h. Rien à faire, le skipper reste encore samedi après-midi à une journée de navigation, soit à 371 milles du tableau arrière de Macif. « C’est bon pour le moral de remonter sur ceux de devant. Il me faudrait un petit peu de réussite pour arriver à revenir mais là, mes concurrents ont retouché du vent donc ça va s’égaliser. J’ai hâte de sortir des mers du Sud. Ça a été un peu compliqué pour moi, je n’ai pas eu beaucoup de réussite, pas mal de frustration. J’ai envie d’exploiter pleinement le potentiel de mon bateau dans l’Atlantique ». Même scénario pour Alex Thomson (Hugo-Boss) dont le retard se chiffre à 895 milles.

 

Wavre rattrape Golding

 

Toujours dans un flux d'ouest-sud-ouest d'une vingtaine de nœuds, Jean Le Cam (SynerCiel), à 1 865 milles de François Gabart dans une mer relativement maniable, augmente encore son avance sur ses deux compères quinquagénaires Mike Golding (Gamesa) et Dominique Wavre (Mirabaud). Rattrapé par Dominique Wavre, Mike Golding a choisi de plonger vers le sud pendant que le skipper suisse incurvait sa trajectoire vers le nord. Deux options météorologiques différentes dont il faudra observer les résultats à la prochaine porte, la Pacifique-ouest. A moins de 260 milles dans le sillage de l'helvète, l'Espagnol Javier Sanso (Acciona 100 % EcoPowered) file à belle allure dans un bon flux de nord-ouest passant progressivement au nord, qui va l'emmener en route directe toute la journée vers la prochaine porte (Pacifique-ouest).

 

Stamm de retour !

 

En parcourant 386 milles lors des dernières vingt-quatre heures, Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) entend bien rejoindre Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) qui ne le précède que de 83 milles samedi après-midi. A moins de 420 milles dans le sud-ouest de l'île du sud de la Nouvelle-Zélande, Bertrand De Broc (Votre Nom autour du Monde avec EDM Projets) voit toujours Tanguy De Lamotte (Initiatives-cœur), entré dans le Pacifique vers 1 h 30 ce matin, gagner plus de 100 milles dans son tableau arrière, pendant qu'Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) fait cap au nord-est à 13 nœuds de moyenne, à 4 828 milles des leaders.

 

LES VOIX DU LARGE

 

Alex Thomson (Hugo Boss) : « Des petites nouvelles du front pour vous dire que les conditions continuent d'être incroyablement difficiles sur cette traversée du Pacifique. Le vent est toujours très fort, avec des rafales régulières allant jusqu'à 40 nœuds au cours de ces 12 dernières heures. Je suis très fatigué, et j’ai peu d’occasion pour dormir. Dans de telles conditions je dois régler les voiles rapidement en fonction du vent. Le temps devrait rester tel qu’il est jusqu'à la porte Est Pacifique, la dernière porte de la course. D’ici une semaine, je devrais passer le Cap Horn ».

 

Tanguy de Lamotte (Initiative-coeur) : « Cette nuit je suis entré dans l'océan Pacifique ! J'ai fêté ça avec un petit verre de calva en regardant "Aladin". Je remercie l'Indien de m'avoir laissé passer et pour toutes les belles journées à surfer les vagues en compagnie des albatros…Le vent varie entre 25 et 35 noeuds sous les nuages avec de temps en temps de la pluie mais sinon, des percées du soleil régulières qui sont agréables pour profiter des couleurs des vagues. Avec 2 ris et le petit gennaker, ça glisse bien et sans forcer ! J'ai commencé à lire "Le vieil homme et la mer" d'Hemingway en anglais, c'est beau aussi ! Et je suis allé au bout de la bôme pour faire des photos avec un autre angle de vue sur l'océan et le bateau ».

 

Dominique Wavre (Mirabaud) : « La journée d’aujourd’hui a été bien calme. Je suis en train de longer la bordure sud d’un anticyclone, c’est très tranquille. On a plus l’impression d’être dans un alizé très gris et très froid que dans les mers du Sud. Dans les mers du Sud, il y a une sorte de pureté de l’air, il n’y a aucune pollution, c’est vraiment magnifique. Et puis, sur le plan humain, on est vraiment seul. Le Pacifique, c’est le plus grand désert du monde. Quand il y a un rayon de soleil qui éclaire le bleu de l’océan, c’est vraiment magnifique ».

 

Jean Le Cam (SynerCiel) : « C’est un peu chaud pour l’instant, j’ai 29-30 nœuds de vent. Normalement ça devrait s’améliorer dans les heures qui viennent. Je suis un peu tendu. Si on avait des vents stables, ce serait plus facile mais là ce n’est jamais le cas. On essaye de gérer au mieux mais il y a un moment où le calme, quand il y a un peu de soleil, qu’est-ce que ça ferait du bien ! Si le Pacifique est un mauvais souvenir (ndlr : il avait chaviré à 200 milles du cap Horn lors de la dernière édition) ? Tout le monde a de mauvais souvenirs donc on essaye de ne pas vivre que sur des mauvais souvenirs. J’essaye de faire au mieux. Là, honnêtement, la vacation d’aujourd’hui, c’est un peu tendu ».

 

Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec) : « C’est dur ici, l’humidité est très élevée, un mois dans son bateau, ça use, ça use. Ce qui me manque le plus, c’est un ensemble de choses. Un peu d’espace, un bon repas…C’est plein de choses plus que quelque chose de particulier. Mais ce dont on souffre le plus ici, c’est l’humidité. Il faut faire attention aux endroits où on met nos vêtements. Je souffre beaucoup des pieds, on leur fait vivre un calvaire ».

 

Bertrand de Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets) : « En ce moment, ça va. Ce sont des conditions assez calmes, le vent n’est pas loin derrière. D’ailleurs Tanguy sur son navire rouge approche doucement. Là, j’ai 20 nœuds mais je devrais toucher 25 dans la journée et aller un peu plus vite. Les conditions sont excellentes, la mer est belle, la lune est pleine. Je commence à bien connaître le bateau. C’est vrai que j’avais beaucoup de choses à apprendre. J’ai peut-être été un peu trop prudent au départ, j’avais peu navigué dessus avant. Je commence à me régaler avec le bateau, c’est un très beau bateau, je devrais arriver à le faire mieux fonctionner que ça mais c’est difficile de tirer ces bateaux à 100% ».

 

CLASSEMENT

Positions du 29/12 à 16 heures : 1.François Gabart (Macif) à 8 282 milles de la ligne d’arrivée; 2.Armel Le Cléac´h (Banque Populaire) à 1 mille du leader; 3.Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec) à 371,3 m; 4.Alex Thomson (Hugo Boss) à 895,2 m; 5.Jean Le Cam (SynerCiel) à 1 865,1 m; 6.Mike Golding (Gamesa) à 2 334,5 m; 7.Dominique Wavre (Mirabaud) à 2 353,6 m; 8. Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) à 2 581,5 m; 9.Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) à 2 793,8 m; 10.Bernard Stamm (Cheminées-Poujoulat) à 2 876,4m; 11.Bertrand De Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets) à 3 705,7 m; 12.Tanguy de Lamotte (Initiatives-Coeur) à 3 903,3 m; 13.Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) à 4 828,5 m. Abandons : Marc Guillemot (Safran); Kito de Pavant (Groupe Bel); Samantha Davies (Savéol); Louis Burton (Bureau Vallée); Jérémie Beyou (Maître CoQ); Zbigniew Gutkowski (Energa); Vincent Riou (PRB).
 

L'équipe
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
Guillaume Fourrier
Guillaume Fourrier
Guillaume Fourrier est un vrai passionné de la mer. Il pratique la pêche en mer depuis l'âge de 13 ans et a aujourd'hui à son actif près de 20 records de France, d'Europe et du Monde pour la prise de gros spécimens. Originaire de Boulogne-sur-Mer, il a sillonné les eaux de la façade Atlantique mais également celles de la Méditerranée. Il a également trempé ses lignes sur des contrées exotiques comme la Nouvelle-Calédonie, où il séjourna plusieurs mois à la recherche de gros poissons du lagon. Il pêche aujourd'hui en Normandie, son nouveau port d'attache.