Jean Le Cam : « L'avance des premiers devient insolente pour nous »

Jeudi 27 décembre 2012 à 17h53

«Je n'en reviens pas, j'ai dormi cinq heures!» C'est la sonnerie du téléphone du bord qui a réveillé Jean Le Cam jeudi après-midi, lorsque Le Figaro l'a appelé. Une pause salvatrice pour le marin fatigué qui a «tutoyé la connerie faute de sommeil», selon sa propre expression. Jeudi, Jean Le Cam affrontait 6 mètres de houle au nord d'une dépression australe qu'il surnomme «la Grosse Bertha». Le skipper de SynerCiel naviguait en cinquième position, à un peu plus de 1 900 milles de la tête de flotte.

©La Chaîne Météo

«Je n'en reviens pas, j'ai dormi cinq heures!» C'est la sonnerie du téléphone du bord qui a réveillé Jean Le Cam jeudi après-midi, lorsque Le Figaro l'a appelé. Une pause salvatrice pour le marin fatigué qui a «tutoyé la connerie faute de sommeil», selon sa propre expression. Jeudi, Jean Le Cam affrontait 6 mètres de houle au nord d'une dépression australe qu'il surnomme «la Grosse Bertha». Le skipper de SynerCiel naviguait en cinquième position, à un peu plus de 1 900 milles de la tête de flotte.


FIGARO NAUTISME - Juste avant d'aller rejoindre Morphée, vous avez confié avoir un gros déficit de sommeil à combler. Comment cela se manifestait-il?

Jean LE CAM. - Quand tu es complètement crevé, tu fais des bêtises. Ta capacité d'analyse de la situation n'est pas forcément très bonne et tu oublies de faire des choses. Par exemple, tu ne penses pas à ouvrir l'eau pour le liquide de refroidissement du moteur (le moteur en débrayé sert à produire de l'électricité à bord, NDLR). À ce moment-là, le sommeil devient prioritaire. Quand je me suis mis dans mon duvet, j'ai eu peur de ne pas m'endormir... Et voilà que je me réveille près de cinq heures plus tard!

Vous venez de passer l'antiméridien. Jusque-là, vous vous éloigniez de France, et maintenant vous vous en rapprochez. Que représente ce passage?

C'est la seconde moitié de la course, maintenant. Le décompte s'inverse, et c'est un peu comme un compte à rebours vers Les Sables-d'Olonne. Je trouve que c'est significatif de basculer comme ça d'est en ouest. C'est quand même l'opposé! J'aime bien ce moment...

Vous considérez-vous toujours comme un chasseur à l'affût derrière le peloton de tête?

Le peloton est tellement loin qu'on n'est plus dans la même course. Je dois dire que leur course est assez incroyable. Mais, honnêtement, quand je vois cela, je me demande ce que je suis venu faire ici. J'ai l'impression d'aller à une compétition, mais de m'être trompé. Les mecs, ils sont 2 000 milles devant nous! L'avance des premiers en devient insolente, et, pour nous, c'est dégoûtant. C'est incroyable! Cela dépend, bien sûr, de la préparation et du choix du bateau, comme de la professionnalisation et des qualités des skippers... Après, le classement est ce qu'il est, et je suis assez content de moi pour cette première partie de Vendée Globe. Le bateau est en bon état et je prends du plaisir avec notre trio (Dominique Wavre et Mike Golding), même si, là, je suis un peu isolé de mes deux compères. Un Vendée Globe, c'est toujours une course pour soi. Chaque skipper a son histoire et sa stratégie.

Quel est le plus dur dans les mers du Sud?

C'est l'état de la mer! Le plus dur, c'est d'aller vite dans une mer désorganisée. Ce n'est vraiment pas facile... Là, les routages me disaient de passer par le sud des îles Auckland, mais les routages ne sont qu'un modèle mathématique qui donne l'optimisation de la route à suivre. Ils ne sont pas sur le bateau! Moi, je dois prendre en considération l'état de la mer et la sécurité du bateau pour définir une stratégie (Jean Le Cam a finalement choisi de passer au nord de la dépression australe).

Comment gérez-vous le bruit à bord?

Ça fait partie du quotidien. Tout le monde parle du bruit, mais ce n'est pas vraiment un problème pour moi. Après, l'oreille, c'est le détecteur numéro un du moindre souci, c'est clair. Par exemple, quand on entend une écoute qui claque contre la coque, on est capable de repérer au bruit l'écoute concernée pour aller régler le problème

Est-ce que les fêtes de fin d'année représentent un moment particulier en mer?

Pour moi, le temps des fêtes, cela se vit à terre, car c'est un moment fort de convivialité. Ça peut faire un coup au moral de les passer en solitaire en mer, mais on a aussi beaucoup de choses à faire sur le bateau, donc on n'est pas dans l'esprit de Noël. Là, par exemple, je me réveille, je constate que le vent n'a pas bougé - c'est bien -, mais il a un peu molli, donc je vais tout de suite choisir les voiles pour les heures à venir. Il faut toujours être dans l'anticipation, à bord.

Quelle est l'heure affichée à votre montre, à bord?

Je fonctionne en temps universel, soit une heure de moins que la France. Au quotidien, je ne fais pas trop attention au décalage entre le soleil et l'heure de bord, mais, aujourd'hui, je me suis naturellement endormi la nuit. Et là, le soleil se lève, je me réveille et j'ai faim!

L'équipe
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.