Marc Thiercelin : « Le Vendée Globe n'est pas une question d'âge »

Mercredi 26 décembre 2012 à 13h34

INTERVIEW. Avec quatre Vendée Globe à son actif, Marc Thiercelin fait partie des skippers qui totalisent le plus de participations à l'Everest des Mers. Dès la victoire de Titouan Lamazou en 1990, le navigateur de 52 ans est tombé sous le charme de cette course dont il a terminé deuxième lors de sa première participation.

French skipper Marc Thiercelin sails on his yacht off Les Sables d'Olonne, on France's Atlantic coast ©La Chaîne Météo

INTERVIEW. Avec quatre Vendée Globe à son actif, Marc Thiercelin fait partie des skippers qui totalisent le plus de participations à l'Everest des Mers. Dès la victoire de Titouan Lamazou en 1990, le navigateur de 52 ans est tombé sous le charme de cette course dont il a terminé deuxième lors de sa première participation.

Figaro Nautisme. - Comment jugez-vous ce Vendée Globe?

Marc Thiercelin. - Je le trouve pas mal. Je suis surpris, je ne m'attendais pas à ce qu'il n'y en ait que deux à l'avant, je voyais plutôt un groupe plus étoffé. J'aime bien le fait que ça aille vite devant mais ce n'est pas étonnant, les bateaux modernes sont faits pour ça. Il y a actuellement plusieurs petits groupes, ce qui crée des courses dans la course. Les deux de devants sont très forts. Il y a eu un écrémage plutôt anormal au début mais depuis le Brésil, ça va mieux. Désormais, ils sont dans le Pacifique qui est la partie la plus difficile. Lors de mes premiers Vendée Globe, on entrait dans le Pacifique avec 60 jours de mer alors que là, les leaders en avaient à peine 40. Ils seront donc peut-être plus en forme, plus lucides.

Que ressentez-vous en suivant la course depuis la terre?

Je n'aime pas du tout, je dirais même que j'en souffre. D'un côté, je voulais changer de catégorie de bateaux mais d'un autre je ne voulais pas rester sur l'épisode de 2008 (démâtage au bout de 2 jours). Paradoxalement, je n'ai pas de regrets de ne pas être au départ de celui-ci mais je ne veux pas rester sur 2008... J'ai aussi le souhait de faire du multicoque. J'avais été approché dans les années 90 par Loïck Peyron mais à cette époque, je n'avais d'yeux que pour le Vendée Globe.

Envisagez-vous de participer à nouveau au Vendée Globe?

Je ne sais pas. Ce n'est pas trop tard. A une époque, j'ai eu l'ambition, légitime je pense, de vouloir gagner le Vendée Globe. J'étais plus qu'addict à cette course. Ma 4e place en 2001 m'a blessé, parce que j'espérais mieux. Après, j'ai fait deux fausses routes en 2004 avec un bateau trop vieux qui m'a criblé de dettes, et en 2008 j'ai tenté le Vendée en début de projet avec DCNS alors qu'il aurait été préférable d'attendre la fin. Quand je vois la course aujourd'hui, les skippers sont plus affûtés et il y a des budgets énormes. Par contre, je ne pense pas que ce soit une question d'âge, je suis encore en forme et je veux continuer à naviguer.

Le Vendée Globe est-il ce que vous avez vécu de plus dur?

En intensité sportive, en tactique et en sommeil, je pense que le Figaro est ce qu'il y a de plus dur. Mais au niveau de l'aventure et de la gestion de la technologie le Vendée Globe est inégalable. Quand Titouan Lamazou a passé la ligne d'arrivée en 1990, je me suis dit que c'était l'épreuve que je voulais faire.

Les portes des glaces font polémique, quel est votre avis?

J'ai été le premier en 2004 à être contre ce système mais ce n'était pas ce que certains ont voulu croire. J'ai été accusé d'être inconscient et de vouloir envoyer les skippers au suicide, c'est faux. Je suis tout à fait conscient que, peut-être du fait du réchauffement climatique, les glaces sont de plus en plus haute. Je suis aussi tout à fait d'accord que mon point de vue n'est peut-être pas le bon mais il y a selon moi deux points essentiels.

Tout d'abord, je suis contre le principe de précaution. Les portes des glaces enlèvent au marin sa responsabilité. Je suis allé dans ces zones en 1996 et j'ai eu peur. Maintenant, il n'y a plus la possibilité d'aller voir ce que c'est et ça enlève le côté de la vraie aventure alors que le Vendée Globe doit être l'aventure ultime. Enfin, c'est aussi la prime aux bateaux rapides et aux gros budgets. Bien sûr, s'il y avait de la monotypie, mes propos seraient à revoir.

Vous avez fait l'Everest des Mers avec et sans l'AIS. Que pensez-vous de ce système?

Ça c'est vraiment une invention géniale. C'est une vraie avancée majeure. Par contre, on n'en avait pas avant, et on s'en sortait quand même. Personnellement, j'étais un petit dormeur et je faisais beaucoup de rondes. Sur le Vendée Globe 2004 par exemple, j'avais passé plus des deux tiers de la course à l'extérieur de mon cockpit. C'est sûr qu'il ne faut pas que cela rende les skippers trop sereins. On ne remplace pas la vigilance humaine.

Les budgets qui explosent dans la voile, qu'est-ce que ça vous inspire?

Il y a encore quelques petits budgets mais quelqu'un comme Tanguy (de Lamotte) par exemple ne peut pas rivaliser. Les skippers veulent tous de la technologie et ça rend la victoire accessible uniquement aux gros budgets. Aujourd'hui, pour gagner le Vendée Globe, il faut aligner au minimum 4 millions d'euros. En 1998, mon bateau LaRedoute/Somewhere, tout en carbone, avait coûté 1,3 millions d'euros. En 2008, DCNS n'était pas le plus cher et il a coûté 3,8 millions. Si les prix continuent à ce rythme, il sera difficile de suivre même si on reste sur une épreuve majeure. On cherche à réduire les coûts, je n'ai pas la recette magique et la monotypie n'est pas forcément la solution.

Seriez-vous tenté, à l'image d'Alain Gautier, de vous investir dans le comité de course?

Pas du tout. J'ai d'abord envie de continuer à naviguer, parce que je sens que j'en ai encore les capacités. Ensuite, je ferai tout à fait autre chose.

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Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Sophie est la dernière recrue de l'équipe de rédaction. Passionnée de loisirs nautiques et de voyages au bout du monde, Sophie est curieuse et dynamique, à l'affut des derniers évènements, bons plans, infos, bonnes adresses, mais ce n'est pas tout ! Douée pour le montage vidéo, elle est derrière la plupart de nos sujets multimédia et elle assure également l'animation des réseaux sociaux de Figaro Nautisme.
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Passionné depuis son enfance par toutes les formes de glisse et par la mer, Thomas a longtemps vécu dans le nord de la Floride aux Etats-Unis. Une expérience qui lui a permis de découvrir l'univers du bateau à moteur et du catamaran à travers plusieurs essais et croisières notamment dans les Caraïbes. Il contribue régulièrement à la rédaction de Figaro Nautisme.