Une domination sans partage

Jeudi 20 décembre 2012 à 18h37

Armel Le Cléac’h et François Gabart, bord à bord, filent un train d’enfer dans le Pacifique Sud et laissent la concurrence pour le moment impuissante.

Armel Le Cléac’h et François Gabart, bord à bord, filent un train d’enfer dans le Pacifique Sud et laissent la concurrence pour le moment impuissante.

Armel Le Cléac’h (Banque-Populaire) et François Gabart (Macif) naviguaient toujours à vue jeudi après-midi sous la Nouvelle-Zélande en n'étant séparés que par 2 milles ! Les deux leaders imprègnent un rythme d’enfer à la course entre 19 et 21,5 nœuds dans la traversée du Pacifique Sud grâce à des vents soutenus de secteur Nord-Ouest. Des vitesses élevées qui laissent peu d’espoir à leurs poursuivants.

 

Des rafales à 55 nœuds !

La folle cavalcade des deux inséparables n’est pas de tout repos, comme l’expliquait à la vacation du jour Armel Le Cléac’h : « Des conditions un peu rock'n'roll ! On est passé pas très loin de l’île Auckland et, avec la remontée du plateau continental, la mer était bien croisée et le vent s’est renforcé ; on est passé de 35 à 50 nœuds avec des rafales à 55 en quelques minutes. Je savais que ça allait se renforcer sur mes fichiers. Quand le vent a commencé à rentrer et la mer à se former, j’ai barré quasiment une heure. Il fallait gérer un vent à 50 nœuds. Ça n’a pas duré trop longtemps mais le pilote n’est pas aussi performant qu’on peut l’être à la barre. Avec François (Gabart), on se voyait un peu dans le brouillard, il m’a envoyé un mail donc j’ai allumé ma VHF mais je n’ai pas réussi à le joindre non plus. On se surveille, je le vois à l’AIS mais ce n’est pas facile de communiquer en ce moment car les conditions sont quand même assez sportives. Mais on reste proche, un coup c’est lui devant, un coup c’est moi. On va continuer à naviguer comme on le fait depuis le départ. Avec François, on a des passages de portes assez proches. On devrait faire un bout de chemin ensemble, je pense ».

 

Stamm rejoint Thomson

Troisième, Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec) pointe désormais à 543 milles de Banque Populaire. A l’heure où nous écrivons, Alex Thomson (Hugo Boss) aura probablement cédé sa place de quatrième à Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat). En effet, au pointage de jeudi à 16 heures, le Britannique ne possèdait plus que 4 milles d’avance sur le Suisse, mais progressait, surtout, seulement à 11,7 nœuds contre 19,1 pour Stamm. Pourtant, le skipper de Cheminées Poujoulat avait du ralentir dans la matinée pour recharger les batteries du bord avec le seul hydrogénérateur encore en état de marche. En sachant que ce dernier s’arrache sous la pression de l’eau quand le bateau file à plus de 20 nœuds ! Un problème qui devient préoccupant, que Stamm tente de résoudre.

 

Le Cam solide sixième

A 1 681 milles d'Armel Le Cléac'h et 500 milles de la porte Australie-est, Jean Le Cam (SynerCiel) a retrouvé une vitesse de près de 16 nœuds et ouvre toujours la voie du groupe des chasseurs, 155 milles devant Mike Golding (Gamesa) et 280 milles devant Dominique Wavre (Mirabaud), auteur d'une très belle moyenne ces dernières 24 h (436,8 milles). Le groupe, qui s'est vu rejoindre cette semaine par Javier Sanso (Acciona 100 % EcoPowered), va devoir rester sur une route assez nord pour éviter l'anticyclone installé dans le sud de la prochaine porte et conserver le flux de nord-ouest de 25 nœuds qui lui permet de poursuivre sa progression de belle manière.

 

Di Benedetto pas verni !

Derrière, Arnaud Boissières (Akena Verandas) évolue dans un flux de 25 nœuds d'ouest qui devrait légèrement s'accentuer avant de mollir dans les prochaines 24 heures. Il devrait rester sans souci au nord de la porte. A une bonne journée dans son tableau arrière, Bertrand de Broc (Votre Nom autour du Monde avec EDM Projets) profitera bientôt des mêmes conditions météorologiques. Cela risque de faiblir un peu en revanche pour Tanguy de Lamotte (Initiatives-coeur) puisque le flux d'ouest de 25 nœuds qui le poussait jusqu'ici est en train de s'échapper par l'avant. En passant sud-ouest, il va baisser légèrement et ralentir un peu plus la progression du skipper. Mais celui qui va le plus souffrir est assurément Alessandro Di Benedetto (Team Plastique). A 550 milles de la porte d'Amsterdam et 4 302 milles du leader, le Franco-Italien est en train de se faire rattraper par un anticyclone qui va rendre la progression de ces prochaines heures compliquée. Heureusement pour lui, cette situation ne devrait pas durer.

 

LES VOIX DU LARGE

Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) : Cette fois, c’est mon tour d’avoir moins de vent, et les autres, devant, ont pris un peu d'avance. Mais dans quelques heures, nous aurons tous le même vent. Ce qui me préoccupe le plus, c’est de savoir comment je vais réussir à négocier la dépression qui est en train de se former juste sur ma route, au sud de la Tasmanie – ça ne m'inspire rien de bon - je crois que je vais passer un réveillon assez intense. L’option Sud risque d’être compromise, avec les calmes et les vents variables qu’il y a. Mais à vrai dire, être ici au dessus (47°), ça ne me déplaît pas... Il fait 14 degrés et il y a un tout petit peu de soleil. Le vent semble prêt à tenir encore quelques jours de plus, mais ça va être dur de sortir de l’Indien. Le taux d’humidité est passé de 85% à 55% à l’intérieur du bateau, ce qui est plutôt agréable car avec 85%, tout reste trempé et la sensation de froid est bien plus importante. Il n’a pas fait encore très froid, il devrait faire moins de 10° mais actuellement j’ai 16° et ce n'’est pas mal du tout... Les panneaux solaires sont toujours chargés à 100% de la balance énergétique et, pour le moment, je n’ai pas encore utilisé les hydro-générateurs, ni aucun autre système de charge ».

Tanguy de Lamotte (Initiatives-cœur) : « Ça va bien. Aujourd’hui, il fait beau, il y a du vent, un peu de nuages mais le ciel est plutôt bleu avec du soleil. C’est agréable. J’ai entre 18 et 22 nœuds donc c’est parfait pour la voilure que j’ai en ce moment : un ris dans la grand voile, mon petit gennaker et la trinquette. Le bateau est content comme ça, et ça taille la route à 14 nœuds de moyenne. La mer est moins grosse qu’hier, il y a moins de gros surfs mais la vitesse est correcte malgré tout. J’essaye de dormir quand il fait nuit et je m’adapte aux rendez-vous qu’on me fixe. Ce matin, il faisait jour alors qu’il était minuit TU, on change de fuseau horaire très rapidement mais c’est assez sympa à découvrir. C’est un peu comme un hiver en Europe : au soleil, il fait bon mais plus frais à l’ombre. Il doit faire dans les 12 degrés, c’est supportable avec une petite polaire ».

Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec) : « Il fait frisquet mais ça va. Ça bouge, il y a du vent, plus que ce que je pensais. Je m’apprête à empanner dans peu de temps. J‘ai changé d’allure, j’ai un peu ralenti. Je suis à 17 nœuds et la mer est impressionnante, très, très, très formée. Le vent est à 32 nœuds. Ça accélère mais ça freine aussi très vite. J’ai prévu d’empanner pour remonter vers des latitudes un peu plus clémentes et voguer vers la Nouvelle-Zélande, qui m’est chère. Hier je me suis résolu à monter. C’est toujours très impressionnant de monter dans le mât dans les mer du Sud, à quasiment 25 mètres de haut. Avec la mer bien formée, il fallait bien s’accrocher aux branches mais j’avais la volonté de monter jusqu’au bout. Comme on est attaché, on pourrait penser qu’on peut monter comme un singe, très vite. Mais moi je prends mon temps, pour toujours rester accroché au mât. Et je suis resté longtemps car mon bricolage m’a pris du temps, j’avais les mains froides... C’est le système de lashing des voiles (petit spi et gennaker) que je devais changer. L’avoir déjà fait auparavant est forcément un plus, c’est toujours bien de s’entraîner avant et ça donne confiance ».

Mike Golding (Gamesa) :
« J’ai eu droit à une période assez calme, on avance bien. Malgré tout, je pense qu’il faudra très bientôt empanner à plusieurs reprises. Il y a eu un véritable tassement des quatre bateaux au sein de notre petit groupe, avec Dominique Wavre à 100 milles derrière moi, Javier Sanso à 100 milles derrière lui et Jean le Cam à environ 140 milles devant moi. C’est très accroché. Nous allons rencontrer des conditions compliquées, il va falloir être vigilant et trouver le timing idéal pour empanner. Ça va être serré. Une route un peu plus au nord, comme celle de Dominique Wavre, a ses avantages. Sur le plus long terme, quand on regarde le routage et les fichiers météo, on voit bien qu’être un peu au nord présente un intérêt. Dominique Wavre va avoir quelques nœuds de vent en plus tandis que, pour Jean (Le Cam) et moi, ce sera plus léger au sud. Evidemment, je suis content de m’être rapproché de Jean mais je n’oublie pas que les deux bateaux derrière nous étaient assez loin et qu’ils sont beaucoup plus près maintenant. Ça va ressembler à la situation d’il y a quelques semaines, avec des conditions de navigation et de course très intéressantes. Ça maintient le rythme, c’est agréable et donc c’est positif. Evidemment, ce n’est jamais drôle de perdre de l’avance sur ceux que vous pensiez avoir distancés, c’est même plutôt décevant. En tout cas, on se prépare quelques journées passionnantes ».

Alex Thomson (Hugo Boss) : « Je suis bel et bien de retour dans le Sud après mon excursion au Nord et mon rendez-vous avec Claudia qui a légèrement tourné à la déception. Mais finalement, mon inquiétude était de retourner dans le Sud. Maintenant j’y suis, donc mission accomplie ! J’ai eu quelques encombres sur la route, aucun problème majeur mais qui m’ont rendu la vie parfois difficile et inconfortable. Il fait plutôt froid en bas, je porte plusieurs couches de vêtements même dans mon sac de couchage. J’ai un petit radiateur à bord mais il consomme du diesel et comme je suis en période d’économie d’énergie, l’utiliser n’est pas une bonne idée. C’est quand même une sorte de torture d’avoir les moyens de se réchauffer et de ne pas pouvoir le faire ! Ça va quand même pas mal avec toutes mes couches. Jusqu’à ce que j’aie à manœuvrer et que je termine en sueur... C’est un peu comme avec les voiles, c’est parfois dur de trouver le juste milieu ! Devant, la route est plutôt claire et je devrais passer la Nouvelle-Zélande d’ici Noël. Ensuite, ce sera le cap Horn. J’espère et je prie pour que son passage soit rapide, dans de bonnes températures et sans incident. Après mon démâtage à la moitié du Pacifique, je sais comme cette portion de mer isolée peut être dangereuse. L’astuce est de survivre et de passer le cap Horn en un seul morceau. La course ne se gagne pas dans les mers du Sud, mais elle peut s’y perdre ».

CLASSEMENT

Positions du 20/12 à 16 heures : 1.Armel Le Cléac´h (Banque Populaire) à 11 519 milles de la ligne d’arrivée; 2.François Gabart (Macif) à 2,2 milles du leader; 3.Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec) à 543,9 m; 4.Alex Thomson (Hugo Boss) à 916 m; 5.Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) à 919,8 m; 6.Jean Le Cam (SynerCiel) à 1 681,3 m; 7.Mike Golding (Gamesa) à 1 836,7 m; 8.Dominique Wavre (Mirabaud) à 1 861,4 m; 9.Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) à 2 029,1 m; 10.Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) à 2 697 m; 11.Bertrand de Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets) à 3 126,7 m; 12.Tanguy de Lamotte (Initiatives-Coeur) à 3 414,3 m; 13.Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) à 4 302,1 m. Abandons : Marc Guillemot (Safran); Kito de Pavant (Groupe Bel); Samantha Davies (Savéol); Louis Burton (Bureau Vallée); Jérémie Beyou (Maître CoQ); Zbigniew Gutkowski (Energa); Vincent Riou (PRB).

L'équipe
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.