Les mers du Sud avec Thomas Coville

Mardi 18 décembre 2012 à 15h33

Thomas Coville, navigateur aux multiples tours du monde, nous embarque dans les mers du Sud, à quelques jours de repartir à la chasse au record sur son maxi trimaran Sodebo.

Thomas Coville, navigateur aux multiples tours du monde, nous embarque dans les mers du Sud, à quelques jours de repartir à la chasse au record sur son maxi trimaran Sodebo.

Les marins du Vendée Globe affrontent les mers du sud, la majorité dans l’Océan Indien et les deux de tête – Armel Le Cleac’h et François Gabart – dans l’océan Pacifique. Ils ont franchi la longitude du 146°55’E, ce mardi matin, avec moins de vingt minutes d’écart, suivis par le troisième larron, Jean-Pierre Dick. « C’est parfait, il ne reste plus que cet océan, le cap Horn et hop ! Direction la maison », se réjouit le bizuth François Gabart. Mais les mers du sud ne sont pas si faciles à dompter, comme nous l’explique Thomas Coville.


Une entrée forte en symbole
 

Le multiple circumnavigateur ne se plie pas aux superstitions du Cap Horn mais il ne déroge pas à celle de l’entrée dans les mers du Sud : l’offrande à Neptune. « La première fois, je n’avais rien préparé et je me suis senti vraiment bizuth, se souvient Thomas Coville. Alors j’ai brisé la petite chaînette d’enfant que j’avais autour du cou. Je m’étais laissé embarqué parce que toute l’équipe autour de moi avait prévu une offrande à Neptune, souvent une petite fiole d’alcool. Juste après, je me suis dit que c’était quand même très précieux ce que j’avais choisi comme offrande, mais finalement je suis content de cette étape symbolique. J’ai tout donné, de façon très spontanée, dans un moment fort en émotion. »


La fiole d’alcool, c’est le choix fait par Jean Le Cam sur ce Vendée Globe.

 

Une rude entrée en matière
 

« L’océan Indien c’est celui que je redoute plus que tout, reprend Thomas Coville. C’est un premier contact viril avec l’océan, à un moment où nous ne sommes pas encore suffisamment amarinés pour supporter la rudesse de cette mer. L’Indien prend aux tripes, tout de suite. Puis au fil de la navigation, on s’habitue, on devient plus animal et moins frileux. » Frileux dans tous les sens du terme, précise Thomas Coville qui ajoute que cette première appréhension est salutaire. « Avec l’océan Indien on s’aguerrit, on est plus présent, plus dans l’instinct. » Pour illustrer cette idée, Thomas Coville choisit l’image du montagnard qui sent de plus en plus le mouvement de ces pas dans la neige, sur la glace. « Le montagnard s’aguerrit au fil de l’ascension pour prendre les bonnes prises, et bien en mer c’est pareil. »

 

Une seconde partie usante
 

« L’océan Pacifique c’est l’océan pacifique, celui qui use, présente Thomas Coville. Sa difficulté c’est sa durée. » Dans sa présentation du parcours du Vendée Globe, Alain Gauthier précisait : « L’heure de la délivrance approche mais il faut absolument rester sur ses gardes. Les icebergs accompagnent les skippers jusqu'à des latitudes relativement nord, les plus sournois étant les growlers, ces blocs de glace à la dérive que les radars ne détectent pas. » Au niveau de la mer, les vagues sont plus rangées. « Avec sa grande houle, cet océan est grandiose », raconte Thomas Coville. Il est aussi particulièrement isolé : au milieu de l’océan Pacifique, les concurrents seront à 2200 milles de la première terre, soit près de huit jours de mer. Ils devront également affronter le froid de cet océan qui borde l’Antarctique : « Il ne faut surtout pas craquer face à un certain engourdissement dans un environnement très froid, explique Thomas Coville. Le skipper est fragile, comme le montagnard au sommet. »

 

Sur Banque Populaire, le voilier d'Armel Le Cleac'h, même l'huile d'olive gèle

 

Des vents et des vagues que rien n'arrête

 

Les 40e rugissants et les 50e hurlants des mers du sud correspondent à un très long couloir de vent d'ouest dominant, "et sur ce grand fleuve rapide, sont entraînés des petits tourbillons", précise Eric Mas, directeur de l’information météo chez Météo Consult – La Chaîne Météo. "Avec les portes de glace, les concurrents du Vendée Globe sont le plus souvent du bon côté des dépressions." Ces dépressions prennent de la vitesse car aucun obstacle ne les arrête, "il n'y a pas de relief pour briser le rapis roulant." Et les variations thermiques très importantes les nourissent. Les concurrents naviguent sur une houle énorme qu'un vent très fort décapite au sommet, créant des déferlantes. "La houle se déplace à la même vitesse et dans la même direction que le vent qui la génère donc elle est tout le temps entretenue et prend cette dimension impressionnante", précise Eric Mas. Fréquemment, l'horizon se brouille avec du crachin et du brouillard, en raison de la rencontre entre les eaux froides et un air doux et chargé d'humidité.

 

Même si la vidéo écrase les vagues, la caméra embarquée avec Arnaud Boissières (Akena) envoie des images impressionnantes dans le grand sud.

 

L'équipe
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.