Cap au sud pour la Transat Classique

Samedi 15 décembre 2012 à 16h10

Treize jours après leur départ de Cascais (à 30 km à l'Ouest de Lisbonne), les marins naviguent sur une mer hachée en direction de la Barbade. 

 

Treize jours après leur départ de Cascais (à 30 km à l'Ouest de Lisbonne), les marins naviguent sur une mer hachée en direction de la Barbade. 

 

Les concurrents de la Panerai Transat Classique n'ont pas rencontré la houle régulière, typique des Alizés, mais une mer hachée et brutale. « En plus du vent, nous avons eu droit à une forte houle de travers qui rend périlleux les déplacements à l'intérieur du bateau et empêche de faire de la cuisine, explique-t-on sur Artaius. Nous déplorons déjà les premières victimes du mal de mer. » À bord de Gimcrack, on relève aussi un environnement tonique : « On ne lâche rien à bord, partant dans des surfs effrénés à 8.5 nœuds dans une mer encore un peu hachée. La barre est dure et on va arriver à la Barbade bodybuildés. » Pour Red Hackle, ce terrain de jeu met à mal le matériel : « Hier nous avons été obligés de rouler le gennaker, car la pièce d'amure (qui retient la voile sur le pont, ndlr) commençait à se soulever. Il est vrai que Red Hackle engage largement son poids et sollicite parfois plus que de raison certains ancrages. Pas de mal, vu à temps pour y remédier. »



Une énorme dépression


 

Le météorologue de la course, Pascal Landur, explique ce phénomène : « Une énorme dépression, qui couvre les 2/3 de l'Atlantique nord, génère une grosse houle de nord-ouest et celle-ci vient se heurter aux vagues d'est créées par l'alizé. Leur rencontre provoque une mer croisée très désagréable pour les bateaux et les équipages. Il faut se rappeler que la houle peut se déplacer sur des milliers de kilomètres, comme c'est le cas lors de tsunamis. Dans deux ou trois jours, elle va se calmer et les conditions devraient revenir à la normale. »

Craignant la zone sans vent qui se forme à l'arrière de la dépression, en plein sur la route directe, les navigateurs ont décidé de plonger vers le sud pour éviter ce ralentissement. White Dolphin a empanné hier soir, suivi ce matin par The Blue Peter, Corto, Persephone et Gweneven, bien tracté par son grand spi North. Si Gimcrack, Croix des Gardes, Cipango et Artaius ont opté pour la même tactique, Valteam continue sa route ouest, mais il ne dispose pas des fichiers météo de ses adversaires en raison de problèmes d'électronique.



Messages du bord



Marie des Isles
« Lors de notre avarie de grand voile, nous étions bien incapables de remonter au vent. Nous avons alors gréé un foc en lieu et place et avons ainsi gagné cahin-caha les côtes marocaines à proximité de Safi. Par chance, la réparation était terminée et le vent gentiment a aussi tourné, nous permettant de reprendre une route plus directe vers les Canaries, avant de se lancer vers la Barbade. Pourtant, notre fier vaisseau a décidé de garder la "zone moins de 10 nœuds de vent" pour lui. Nous emmenons donc, où que nous allions, ce vent que nous gardons comme une bulle malgré tous nos efforts pour en sortir. Nous errons de vent faible en vent nul, à la poursuite des mythiques alizés. Une note d'espoir cependant : un banc de coryphènes aux couleurs jaune et bleu fluo sont venues se mettre à l'abri sous le bateau. Nous avons, bien sûr, salué cette arrivée alors que la mer, lisse comme un miroir, nous offrait le plaisir de sa transparence. En fin de journée, la ligne s'est tendue et nous avons remonté une sériole de belle taille, parfaite pour un repas pour six. »

Red Hackle
« La pêche continue sur une mer parfois de travers qui nous amène à quelques embardées de temps en temps. Deuxième coryphène à bord... plus de 3 kilos cette fois, un vrai succès. Les gars du bord adorent le poisson. Carpaccio cette fois-ci avec huile Panerai : trop bien (Panerai a offert à chaque voilier un panier, à ouvrir en mer, contenant des produits de la gastronomie italienne, ndlr). La vie du large s'est bien installée. À tour de rôle, on fait nos petites lessives afin de faire sécher le tout dans les filières. Les poissons volants sont désormais présents, signe d'une latitude bien sud. Le matin, on rejette à l'eau les plus périlleux. C'est pas très bon. On a essayé cru, mais je préfère la sardine de Douarnenez. »

Gimcrack
« Cela faisait trois jours passés sans réparation quand ce matin, ô surprise, à l'envoi du petit spi, le tube du tangon a explosé au niveau de la mâchoire lors d'un départ au lof. La réparation a été rondement menée et nous étions fébriles lors de la lecture des résultats, pensant que Cipango avait comblé son retard. Bonne surprise au rendez-vous, on n'a rien perdu, on a même gagné quelques milles. [...] Nous partons ce soir en campagne contre Gweneven en temps compensé. Tout l'équipage est sur les dents et Gimcrack souhaite (avec tout le fair-play britannique) une très agréable croisière à Cipango... »

Artaius
« À Cascais, nous étions à côté de 2 bateaux du Vendée Globe ayant démâté, Bel (heurté par un chalutier, ndlr) et Savéol, le bateau de Samantha Davies. Elle a bien voulu nous revendre son stock de nourriture. Ce sont des sachets de très bons plats déshydratés : il suffit de rajouter de l'eau bouillante, d'attendre 10 minutes en refermant le sachet et on peut manger directement dans le sachet. Il y a du saumon, du chili con carne, des pâtes, du beef stew à la bière, etc... Nous n'avons pas encore tout découvert. La nourriture embarquée pour les 90 jours du Vendée Globe est prévue par des diététiciens et mitonnée par des chefs. Un vrai régal ! Le vent devrait mollir en fin de journée et la houle se calmer. On attend avec impatience les Alizés. »

 

L'équipe
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.