Gabart et Le Cléac’h prennent le large

Par Figaro Nautisme
Jeudi 13 décembre 2012 à 18h28

François Gabart et Armel Le Cléac’h sont en train de créer des écarts importants avec leurs poursuivants, aux prises avec des vents erratiques.

François Gabart et Armel Le Cléac’h sont en train de créer des écarts importants avec leurs poursuivants, aux prises avec des vents erratiques.

Après 33 jours de course autour du monde et plus de 10 000 milles de parcourus, François Gabart (Macif) et Armel le Cléac’h (Banque Populaire) ne sont séparés en tête de la flotte que par 7 milles ! Soit à la vitesse des deux leaders, comprise entre 18 et 20 noeuds jeudi après-midi, un écart de moins de 30 minutes ! Nous assistons probablement aujourd’hui à un épisode important du Vendée Globe car Gabart et Le Cléac’h, qui bénéficient d’une brise médium d’ouest-sud-ouest, en profitent pour prendre la poudre d’escampette à l’approche de la porte des glaces Australie Ouest. « Il y aura beaucoup de tournants dans la course mais là, c’en est un, c’est clair » explique François Gabart. « La météo est très favorable pour Armel et moi ». Derrière, dans les petits airs, Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec) navigue à 12 noeuds et pointe désormais à 155 milles de Macif.

 

Galère anticyclonique

 

Alex Thomson (Hugo Boss) et Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat), perchés cinq degrés plus haut en latitude que le trio de tête, sont désormais distancés (351 et 430 milles) en ne pouvant pour le moment pas descendre l’océan Indien pour rejoindre la route directe sous peine de se retrouver empêtrés dans une large bulle anticyclonique. Même scénario cauchemardesque pour Jean le Cam (SynerCiel), Mike Golding (Gamesa) et Dominique Wavre (Mirabaud) qui se traînent à moins de 10 noeuds de moyenne depuis vingt-quatre heures. Une situation météo qui profite à Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) qui tente de contourner cette large bande déventée par le sud. L’espagnol se rapproche doucement mais surement du tableau arrière de Mirabaud.

 

Di Benedetto dans le grand Sud

 

A l’arrière de la flotte, Arnaud Boissières (Akéna Vérandas), Bertrand De Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets) et Tanguy de Lamotte (Initiatives-Coeur) se rapprochent de la porte de Crozet. Et enfin, fermant la marche, Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) savoure son bonheur d’avoir franchi jeudi la longitude du cap de Bonne Espérance, 9 jours et 6 heures derrière Armel Le Cléac’h. Comme ses douze compagnons d’aventure, le franco-italien vogue maintenant dans l’Océan Indien.

 

LES VOIX DU LARGE

 

François Gabart (Macif) : « Ça va pas mal. L’océan Indien est assez compliqué depuis hier soir. On a une mer assez chaotique pour ne pas dire de gros mots, ce qui fait qu’on a du mal à avoir des vitesses assez élevées tout le temps. Mais à la porte Crozet, Armel avait pris une option différente et finalement on s’est retrouvé à 20 milles à la sortie. Je suis évidemment content d’être devant à ce moment de la course. On est dans un rythme pour lequel on s’est entrainé. On n’est pas en surrégime. Je suis content de tenir ce rythme-là et j’espère le tenir le plus longtemps possible. J’ai un peu de mal avec les records de temps de course, dans le sens où on ne fait pas les mêmes parcours. Les portes changent la donne. C’est complètement inutile de comparer les temps de course, je ne m’intéresse pas à ça, je m’en moque. Ça n’a aucun intérêt ».

 

Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) : « On a notre petit camarade de route (ndlr : François Gabart) pas loin devant nous. Il faut mettre du charbon pour avancer. Les moyennes sont impressionnantes. Maintenant, on s’est habitué à naviguer à 20 nœuds de moyenne alors qu’il y a encore un an ce n’était pas facile à réaliser. C’est bien d’aller à ces vitesses-là mais c’est un peu stressant aussi. Ça va se calmer dans les heures qui viennent. Par moments il y a de bons surfs, et parfois ça fait de bons plantés. Le vent est assez instable en force. Parfois il passe de 19 nœuds à 27 nœuds. A 19 nœuds on est un peu sous-toilé mais à 27 ça commence à faire juste ».

 

Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec) : « Il y a une bulle qui est juste derrière et qui progresse doucement vers moi ce qui fait que les bateaux devant ont plus de vent et moi moins. Ce qui m’embête, c’est de me faire happer par cette dorsale. L’enjeu est de fuir cette dorsale, rester devant et essayer de progresser le plus possible pour avoir une brise un peu plus soutenue après l’Australie. Ça ne va pas être facile de passer ce « waypoint » qu’est la porte est-Australie. Il ne fait pas très beau même si l’anticyclone n’est pas très loin, mais il y a des oiseaux qui m’accompagnent et c’est toujours vachement sympa ».

 

Bertrand De Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets) : « C'est une journée plutôt agréable dans 20 nœuds de vent et des conditions de mer correctes. Je m'essaye à quelques photos avec une rallonge et le retardataire... C'est rigolo, ça occupe et ça peut rapporter gros. Je vais me faire un petit repas pendant que le bateau trace sa route tranquillement ».

 

Tanguy de Lamotte (Initiatives Coeur) : « Aujourd'hui, je me suis dit que j'allais profiter de la pression des vagues pour faire la vaisselle...Une vaisselle un peu extrême, à l'étrave du bateau. La cocotte est rincée, moi aussi ! Ce soir, empannage au coucher du soleil sous gennaker puis prise de ris et passage sous petit gennaker. Le tout entouré de dauphins mais pas assez proches pour les filmer. J'ai besoin de repos après ces manoeuvres ».

 

Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) : « Je viens d’avoir 43 nœuds. La mer a bien grossi. Empannage prévu dans 160 milles et passage prévu à l’extrême est de la porte Crozet puis direction Amsterdam. Je suis un peu crevé car je n’ai pas vraiment eu le temps de dormir cette nuit avec cette vitesse. Je ne tiens pas debout dans le bateau mais tout va bien, c’est vraiment magnifique. Je navigue régulièrement au-dessus de 22 nœuds avec une pointe de vitesse à 27,4 nœuds ».

 

Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) : « Cap de Bonne-Espérance franchi à environ 17h28 UTC le 12 décembre. J'ai dû retarder d'une demi-heure l'ouverture de la bouteille de champagne pour faire face à un problème. A l'improviste la pelle de safran bâbord s'est levée car le bout qui le tient dans l'eau a cassé. Il n’y a pas eu de choc, le fusible a dû casser par "fatigue". J'ai pu ralentir le bateau, le faire pencher de l'autre côté pour permettre au safran tribord de diriger le bateau pendant que je remettais en place un autre bout avec nouveau fusible et à nouveau le safran bâbord à l'eau. J'ai pu reprendre mon cap et même si en sueur pour la manœuvre, j'ai ouvert avec plaisir une bouteille de champagne pour fêter le premier cap de cette fantastique course ! Prochain objectif : le passage de la porte Crozet située entre les méridiens 42° est et 50° est à la latitude 39° sud ».

 

CLASSEMENT

Positions du 13/12 à 16 heures : 1.François Gabart (Macif) à 14 126 milles de la ligne d’arrivée; 2.Armel Le Cléac´h (Banque Populaire) à 7,5 mille du leader; 3.Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec) à 155,7 m; 4.Alex Thomson (Hugo Boss) à 351,5 m; 5.Bernard Stamm (Cheminées-Poujoulat) à 430,1 m; 6.Jean Le Cam (SynerCiel) à 1 139 m; 7.Mike Golding (Gamesa) à 1 248 m; 8.Dominique Wavre (Mirabaud) à 1 450,5 m; 9.Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) à 1 795,2 m; 10.Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) à 2 225,4 m; 11.Bertrand De Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets) à 2 607,1 m; 12.Tanguy de Lamotte (Initiatives-Coeur) à 2 893 m; 13.Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) à 3 513,9 m. Abandons : Marc Guillemot (Safran); Kito de Pavant (Groupe Bel); Samantha Davies (Savéol); Louis Burton (Bureau Vallée); Jérémie Beyou (Maître CoQ); Zbigniew Gutkowski (Energa); Vincent Riou (PRB).
 

L'équipe
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
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Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
Guillaume Fourrier
Guillaume Fourrier
Guillaume Fourrier est un vrai passionné de la mer. Il pratique la pêche en mer depuis l'âge de 13 ans et a aujourd'hui à son actif près de 20 records de France, d'Europe et du Monde pour la prise de gros spécimens. Originaire de Boulogne-sur-Mer, il a sillonné les eaux de la façade Atlantique mais également celles de la Méditerranée. Il a également trempé ses lignes sur des contrées exotiques comme la Nouvelle-Calédonie, où il séjourna plusieurs mois à la recherche de gros poissons du lagon. Il pêche aujourd'hui en Normandie, son nouveau port d'attache.