Bertrand de Broc : « Je fais une course différente »

Mardi 27 novembre 2012 à 17h32

INTERVIEW. De retour sur le Vendée Globe 15 ans après sa dernière participation, Bertrand de Broc aborde cette édition avec un objectif, rallier une arrivée qu'il n'a jamais atteinte.

©La Chaîne Météo
INTERVIEW. De retour sur le Vendée Globe 15 ans après sa dernière participation, Bertrand de Broc aborde cette édition avec un objectif, rallier une arrivée qu'il n'a jamais atteinte.

Figaro Nautisme. - Comment se passe votre Vendée Globe?

Bertrand de Broc. - Tout va bien, j'ai un grand beau temps mais ça manque tout de même de vitesse. Dans un aspect plus global, le départ a beaucoup joué dans l'évolution de la course. La première partie, jusqu'à l'Equateur, était favorable pour moi. J'étais bien dans le rythme. Mais mon petit couac au Pot-au-Noir m'a un peu déréglé et des écarts assez monstrueux se sont créés avec les premiers. Maintenant il faut naviguer différemment et gagner mille par mille. C'est une course un peu particulière pour ça le Vendée Globe, à une demi-journée de retard au départ, ça peut créer des écarts énormes. J'ai repris du poil de la bête et je ne suis pas ennuyé par ce retard, je fais une course différente. J'essaie de naviguer avec Cali (Arnaud Boissières) et l'Espagnol (Javier Sanso) parce que naviguer à 3 bateaux c'est plus intéressant.

Cela faisait 15 ans que vous n'aviez plus participé à un Vendée Globe, était-ce une pause pour s'aguerrir?

Non, pas vraiment. J'étais sur d'autres projets, pas aussi ambitieux en solitaire certes, mais en équipage, en double, où j'ai essayé aussi d'autres supports de bateaux. C'est vrai que le Vendée Globe, c'est quelque chose que j'avais envie de refaire depuis environ 3 ans. Les choses se sont concrétisées au mois de janvier dernier, tout s'est un peu précipité et c'est pour ça qu'aujourd'hui, je savoure énormément.

Malgré vos deux précédents abandons, vous connaissez les Mers du Sud. Pensez-vous que cette expérience peut vous aider à refaire votre retard?

Oui, ça va aider bien sûr, que ce soit sur l'anticipation des manoeuvres, sur la gestion du bateau aussi et sur celle du bonhomme, qui reste la plus importante. Le ravitaillement, tout ce qui tourne autour des soins, ce sont des choses fondamentales pour tenir parce qu'il ne faut pas oublier qu'il reste 2 mois de course. L'expérience que j'ai su acquérir lors des autre Vendée Globe ou même sur d'autres courses m'aide à mieux appréhender ces échéances.

Que pensez-vous de votre classement actuel?

Il n'est pas génial c'est sûr, surtout vu le bateau que j'ai qui est un bateau assez performant. Mais je me suis toujours trouvé dans une situation en étant derrière et avec une météo pas extraordinaire. J'essaie d'améliorer mon rendement avec mon bateau tous les jours. Ma place est ce qu'elle est, mais mon classement actuel n'est pas non plus catastrophique. J'ai peut-être trop ménagé le bateau. Quand je suis passé par les Açores, il y avait du mauvais temps et j'ai ralenti pour le prendre en main. Mais maintenant, je sais que je peux en tirer plus que ce que je faisais jusqu'à présent.

Votre bateau a déjà fini deuxième du Vendée Globe, pensez-vous que vous arrivez à en tirer le maximum?

Non, je découvre encore mon bateau. J'ai dû faire 20-25 jours de solitaire avec, avant de partir, donc j'apprends tous les jours. Et je m'aperçois qu'il y a des allures où je ne prends pas totalement la mesure de ce bateau. J'essaie de faire au mieux pour exploiter son potentiel. Je l'ai pris en main et je ne regrette rien. Le bateau est encore là, et j'ai déjà la chance de ne pas être dans le cas où il faut rentrer au port après quelques heures de navigation.

Justement, quel est votre point de vue sur les incidents des autres concurrents?

C'est dommage parce que ceux que je connaissais le mieux, c'est-à-dire Marc (Guillemot) et Kito (de Pavant), ont dû abandonner. Je pensais qu'il y aurait moins d'abandons précoces. C'est vrai que les collisions avec des chalutiers, ce sont des choses que l'on connaît, on sait que ça peut arriver. Mais c'est vraiment dur pour les skippers, s'arrêter au bout de quelques heures alors qu'on prépare la course depuis 4 ans, c'est quelque chose de très douloureux. Malheureusement, il risque d'y en avoir encore d'autre mais il faut essayer de ramener le maximum de bateaux à bon port. Je pense que c'est l'objectif principal de tout le monde, y compris le mien. C'est un règlement, on part avec le bateau des Sables d'Olonne et on le ramène aux Sables d'Olonne.

Réussissez-vous bien à gérer les repas et le sommeil?

Tout se passe bien, j'ai été bien préparé. J'ai une douzaine de sacs, chacun me sert pour une semaine. Ça me permet de découvrir des choses un peu différentes chaque semaine et j'ai aussi des petits cadeaux que des amis m'ont faits. Même si dans la nourriture beaucoup de choses se ressemblent, c'est bien d'avoir quelques détails qui changent. Pour ce qui est du sommeil, je dors bien, j'ai bien pris mon rythme.

Contactez-vous les autres concurrents?

J'ai eu des contacts avec Arnaud Boissières, on avait déjà un peu navigué ensemble cette année donc il y a un relationnel qui s'est développé. On s'est notamment parlé juste après l'équateur, où on avait pris un peu de retard tous les deux, pour se donner chacun un petit peu de réconfort en se disant qu'on avait eu une mauvaise période, qu'on en aurait d'autres et que d'autres en auront aussi. C'est toujours agréable d'appeler un autre concurrent, de discuter de ce qui se passe en mer et d'avoir des nouvelles. En plus Arnaud c'est un gars marrant, passionnant et un vrai amoureux de la mer.

Et quels sont vos échanges avec la terre?

On s'appelle régulièrement avec une petite équipe de deux personnes que j'ai à terre. Ils suivent le bateau, ils me dépannent dans les limites du règlement. Ils m'ont notamment aidé sur des petites bricoles sur les premiers jours de course, sur des problèmes d'hydrogénérateur ou des problèmes d'ordinateur portable. Il y a eu pas mal de petits détails qui auraient pu perturber le fonctionnement mais grâce à eux tout est rentré dans l'ordre à bord du bateau.

L'équipe
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.