Jérémie Beyou : «On a peur de fâcher certains coureurs»

Vendredi 23 novembre 2012 à 16h27

Obligé d'abandonner pour la deuxième fois en deux participations, Jérémie Beyou (Maître Coq) se projette déjà sur l'avenir. La Transat Jacques Vabre, mais aussi déjà le Vendée Globe 2016 sont au coeur des projets du skipper de 36 ans que nous avons joint vendredi après-midi alors qu'il faisait route sous voile vers la France.

SAILING - PRE-VG 2012-2013 - MAITRE COQ ©La Chaîne Météo
Obligé d'abandonner pour la deuxième fois en deux participations, Jérémie Beyou (Maître Coq) se projette déjà sur l'avenir. La Transat Jacques Vabre, mais aussi déjà le Vendée Globe 2016 sont au coeur des projets du skipper de 36 ans que nous avons joint vendredi après-midi alors qu'il faisait route sous voile vers la France.

Figaro Nautisme.- Où êtes-vous actuellement?

Jérémie Beyou.- Je ne suis parti qu'hier soir du Cap Vert donc là je suis environ à 230 milles au nord-ouest des îles du Cap Vert. J'ai choisi de prendre une trajectoire nord-ouest parce que si j'emprunte la route directe je vais naviguer en risquant d'avoir un vent de 60 noeuds au près et ce serait prendre un risque inutile. Le but désormais est de ramener le bateau.

Vous étiez très énervé sur le moment, votre état d'esprit a-t-il changé?

Oui, je ne suis plus énervé. A part s'énerver contre la malchance, il n'y a pas grand-chose à faire mais sur le moment c'était légitime. Mais il faut relativiser. J'ai la chance d'être encore en mer, de naviguer sur un beau bateau. Il y a beaucoup de gens dans le monde qui n'ont pas une vie facile, ce serait ridicule de me plaindre. Même si ce qui m'est arrivé n'est pas drôle, je vis ma passion, c'est déjà une grande chance.

Vous sortiez d'une année 2011 très prolifique (vainqueur de la Transat Jacques Vabre et Solitaire du Figaro). Pensez-vous que ce sont des courses qui vous conviennent mieux?

Je n'ai pas de préférence. J'apprécie plus les courses en solitaire, c'est vrai. C'est sûr qu'on ne prépare pas un Vendée Globe de la même façon qu'une Transat, mais je n'ai pas une course qui me convienne plus qu'une autre. J'ai plus de réussite sur la Solitaire du Figaro, c'est indéniable, mais j'ai mis 9 ans avant de la gagner. Il faut travailler, se remettre en question, parfois innover, et surtout être patient.

Vous projetez-vous déjà sur un prochain Vendée Globe?

C'est l'objectif. On pense d'abord à la Transat Jacques Vabre mais avec mon équipe, on s'est fixé des objectifs techniques et on a commencé à établir un calendrier. C'est important de prendre ces décisions pour améliorer le bateau. Il faut profiter d'être de retour avant les autres pour prendre de l'avance sur les projets d'avenir. On va optimiser et peaufiner ce bateau, je pense qu'il a un bon potentiel à ce niveau-là.

Suivez-vous la suite de la course?

De loin. Aujourd'hui par exemple, je n'ai pas encore regardé le classement. Je regarde un petit peu la météo et les classements mais ça ne sert pas à grand-chose de se faire du mal. D'autres suivent pour moi et me tiennent informé. Armel est fidèle à lui-même, il navigue de façon métronomique, sans prendre trop de risques. Après, Vincent (Riou) et Jean-Pierre (Dick) ne lâcheront pas. Ça va être une belle bagarre.

Six abandons en deux semaines, qu'est-ce que cela vous inspire?

Ça m'inspire exactement la même chose que la dernière fois. Je me lasse un peu de toujours le répéter. Il faudrait peut-être, par exemple, créer des doubles vérins pour les quilles. Tout fait partie de la course, mais il faudrait interdire les quilles en titane qui sont une catastrophe. Si elles cassent, c'est une catastrophe pour celui qui était aux commandes et s'il finit la course, ça aura quand même creusé un énorme gouffre financier. Après les abandons sur collision, ce sont des choses qui arrivent.

Vous avez également dit en interview que des équipes mettent trop de moyen. Pensez-vous qu'il faudrait instaurer un budget maximum pour participer?

Non pas un budget maximum. On ne peut pas empêcher les gens de dépenser de l'argent pour gagner. Mais on pourrait imposer certaines normes techniques. Vincent Riou me dit que ce que j'attends c'est qu'on atteigne le monotype, c'est faux. Je pense simplement qu'il faut imposer des matériaux, des poids et des normes de sécurité. Malheureusement, il n'y a pas assez de réflexion au niveau de l'IMOCA parce qu'on a peur de fâcher certains coureurs...

L'équipe
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.