François Gabart concède des milles

Par Figaro Nautisme
Jeudi 15 novembre 2012 à 18h47

Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) et Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) ont repris 20 milles au leader François Gabart en quelques heures.

Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) et Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) ont repris 20 milles au leader François Gabart en quelques heures.

A la lecture du classement de jeudi à 16 heures, on est amené à se poser quelques questions. Certes François Gabart (Macif) en route vers les îles du Cap Vert est toujours en tête de la flotte, mais il est considérablement ralenti dans sa progression. Macif ne navigue plus qu’à 4,6 nœuds avec un vent de nord-ouest qui souffle à environ 10 noeuds d’après les fichiers météo. Une vitesse lente avec une telle force de vent. Normalement, son monocoque 60 pieds devrait filer aux allures portantes entre 10 à 12 noeuds !

 

Bulle sans vent ou réparation ?

 

Tout comme ses deux poursuivants, Armel le Cléac’h (Banque Populaire) et Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) qui ne sont désormais plus pointés qu’à une trentaine de milles du panneau arrière de Macif, contre cinquante ce matin. Soit Gabart est tombé dans une bulle sans vent, ou bien il profite d’une accalmie des éléments pour effectuer une réparation à bord. A la mi-journée, lors de la vacation radio, tout semblait bien aller à bord de Macif d’après son skipper (lire son récit ci-dessous). Le ralentissement du leader profite évidemment aussi à Vincent Riou (PRB) et Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec), respectivement quatrième et cinquième, et qui reviennent progressivement au contact.

 

Avarie pour Javier Sanso

 

Victime d’une avarie de chariot de grand-voile, l’Espagnol Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered), actuellement douzième, recherche une zone de mer plus calme où il pourra monter dans le mât pour effectuer une réparation en toute sécurité. A noter également la belle opération de Bertrand De Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets) qui grimpe à la quinzième place. Le décalage à l’ouest de De Broc sera intéressant à suivre en vue d’un positionnement idéal pour franchir le pot au noir au niveau de l’équateur, synonyme de vents instables et de calmes plats.

 

LES VOIX DU LARGE

 

Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) : « Mercredi après-midi, je naviguais sans problème, jusqu’à ce que la pièce qui fixe la partie du chariot de la drisse se casse, explique Bubi. Je ne peux rien faire pour l’instant. Dès que la météo sera plus favorable, je monterai en tête de mât pour faire descendre le chariot de la drisse. Ça va me prendre du temps, je vais perdre plusieurs heures de course, 48 heures je pense, mais la route est longue et il y a beaucoup à faire ».

 

François Gabart (Macif) : « Ça va toujours bien à bord de Macif. On est dans un vent plus qu’instable et irrégulier donc je ne vais pas fanfaronner et dire que c’est simple. Au niveau de la mer, ça commence à se ranger, on a vu bien pire mais c’est surtout le vent qui tourne dans tous les sens. Il y a 20 minutes, j’ai eu droit à un 360. Depuis le départ de la course, et je continue à le dire, que je sois en tête ou 10ème, ça ne change pas grand chose à la façon dont je gère le bateau. J’essaye de rester le plus neutre par rapport à la situation et par rapport au classement parce que je pense que ça n’a pas beaucoup d’importance. C’est déjà super d’être en tête du Vendée Globe et je ne vais pas bouder mon plaisir ».

 

Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) : « Je n’ai pas trop le temps de souffler mais les conditions s’améliorent un peu, surtout la mer et il y a un peu de soleil, ce qui ne gâche rien. Il n’y a pas un seul endroit sec à bord donc ce serait pas mal que ça s’arrête. La soute à voile est bien rangée mais je vais commencer à mettre un peu de désordre. On met, petit à petit, des voiles plus grandes pour finir sous spi et là j’ai besoin d’une voile que j’ai stockée en tout premier lorsque j’ai matossé donc elle est tout en dessous. J’ai vu Armel ce matin et là je ne le vois plus. Je ne sais pas s’il a changé de voile, s’il a reculé mais là, je l’ai perdu de vue ».

 

Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) : « Il fait beau. Le ciel se dégage au fur et à mesure qu’on descend dans le sud, les grains se font plus rares même s’il y a encore eu des bons grains ce matin. Et puis j’ai un petit camarade de jeu, Bernard Stamm. On navigue ensemble depuis ce matin. Il s’est rapproché de Banque Populaire et je vois la cheminée qui fume donc tout va bien. Je n’ai pas encore vu de poissons volants. Je n’ai pas de citron vert pour aller avec mais j’ai de la très bonne huile d’olive. La température de l’eau augmente doucement, là j’ai 24 degrés donc largement de quoi me baigner. J’ai bien dormi ce matin parce qu’hier c’était quand même assez chaotique. J’ai été un peu conservateur, j’ai attendu avant d’envoyer de la toile. Mais le principal est que le matériel va bien à bord de Banque Populaire. La route est encore longue devant nous ».

 

Tanguy de Lamotte (Initiatives-Cœur) : « J’ai eu une nuit assez mouvementée avec des grains jusqu’à 35 nœuds et pas mal de changements de voile. Ça a été intense mais là j’en profite pour me reposer un peu dans l’après-midi. Avec le bateau qui bouge beaucoup, il faut être prudent et rester accroché. J’essaye de rester dans mon rythme parce que ces bateaux sont quand même bien fatigants, ne pas me mettre dans le rouge même si le bateau est tout rouge. J’essaye de me préserver mais la dernière nuit a été difficile, je n’avais pas assez anticipé. La nourriture et le sommeil sont très importants. Là il commence à faire beau donc ça va me permettre de me reposer un petit peu et de manger ».

 

Vincent Riou (PRB) : « Moi c’est encore une alternance de nuages, de temps en temps il y a quelques petites éclaircies. On ne va pas se plaindre parce que comparé à hier, c’est nettement plus calme mais il y a de l’action. Depuis qu’on a passé le front il y a 36 heures, on a un grain avec un vent très variable du coup ça met un peu de speed. Ça devrait se calmer et on devrait bientôt pouvoir reprendre vie sur nos bateaux. On s’est fait secouer dans un shaker pendant 24 heures, ce n’était pas super agréable. On a eu 40 nœuds au plus fort, sur la journée d’hier ça a varié entre 20 et 40. C’était une journée sportive. La mer a été difficile, bizarre, elle était de travers et on se faisait balader. J’ai eu de la peine à passer la dorsale avant le front. Là où je pensais trouver des conditions favorables j’ai trouvé des conditions pas bonnes du tout. Il faudra compter les points dans deux jours. L’option que j’ai choisie ne sera certainement pas payante mais ce ne sera pas dramatique non plus ».

 

Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) : « Je suis en train de soigner mon rhume qui a commencé juste avant mon départ. Je prends des antibiotiques, je reprends des forces petit à petit. On rentre vraiment dans la course, on se retrouve tout seul à naviguer et on prend la mesure de cette fantastique aventure. Ces bateaux sont des F1 des mers. Le mien n’est pas un des plus récents mais c’est un vrai plaisir de naviguer avec. C’est assez physique, chaque voile, chaque manœuvre, représente beaucoup d’efforts car ce sont des dizaines de kilos à manipuler à chaque fois. Ce sont des machines qui sont très sympas à manœuvrer ».

 

Jérémie Beyou (Maître CoQ) : « C’est quand même assez dur parce qu’on a eu des vents très forts. Il ne faut pas tout péter donc on va essayer de ménager la chèvre et le chou. J’ai surtout essayé de ménager ma trinquette et du coup je suis sous ORC. Il y a une belle bagarre avec Alex (Thomson, ndlr) mais ce sont des conditions qu’il aime bien. L’idée est de sortir rapidement de cette dépression mais de garder une cadence proche de celle d’Alex. Je commence à faire un petit tour du bateau, au fond, voir si tout va bien. J’ai vu Hugo Boss une fois cette nuit et puis hier ou avant-hier, je ne sais plus. Et on s’est parlé aussi quand on était dans la pétole, il était furieux que je lui sois remonté dessus comme ça. C’est les années de régate en Méditerranée ça, il faudra lui expliquer plus tard. J’essaye d’éponger donc ce n’est pas trop humide. Tout est à peu près propre sur Maître CoQ. J’ai deux trois bricoles à faire sur le pont, je m’en occuperai quand je serai plus peinard, à partir de ce soir j’espère ».

 

Alex Thomson (Hugo Boss) : «J’ai réussi à dormir un peu et le rhume que j’ai depuis le départ de la course est en train de disparaître. Je pense que je pourrai peut-être rattraper un peu de mon retard sur Macif. Les fortunes de mer, ça arrive, ça fait partie de la course, mais il faut bien reconnaître que ça rend les choses beaucoup plus stressantes ».

 

CLASSEMENT

 

Positions du 15/11 à 16h : 1.François Gabart (Macif) à 22 572 milles de la ligne d’arrivée; 2.Armel Le Cléac´h (Banque Populaire) à 29,7 milles du leader; 3.Berrnard Stamm (Cheminées-Poujoulat) à 32,9 m; 4.Vincent Riou (PRB) à 103,6 m; 5.Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec) à 115,7 m: 6.Alex Thomson (Hugo Boss) à 119,8 m; 7.Jérémie Beyou (Maître CoQ) à 129,3 m; 8.Jean Le Cam (SynerCiel) à 157,3 m; 9.Mike Golding (Gamesa) à 166,2 m; 10.Dominique Wavre (Mirabaud) à 255 m; 11.Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) à 261,3 m; 12.Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) à 336,6 m; 13.Tanguy De Lamotte (Initiatives-coeur) à 490,4 m; 14.Samantha Davies (Savéol) à 492,1 m; 15.Bertrand De Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets); à 618,6 m;16.Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) à 653,7 m; 17.Zbigniew Gutkowski (Energa) à 663,6 m; 18.Louis Burton (Bureau Vallée) à 1 040m. Abandons : Marc Guillemot (Safran); Kito de Pavant (Groupe Bel).
 

L'équipe
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Norbert Conchin
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Guillaume Fourrier est un vrai passionné de la mer. Il pratique la pêche en mer depuis l'âge de 13 ans et a aujourd'hui à son actif près de 20 records de France, d'Europe et du Monde pour la prise de gros spécimens. Originaire de Boulogne-sur-Mer, il a sillonné les eaux de la façade Atlantique mais également celles de la Méditerranée. Il a également trempé ses lignes sur des contrées exotiques comme la Nouvelle-Calédonie, où il séjourna plusieurs mois à la recherche de gros poissons du lagon. Il pêche aujourd'hui en Normandie, son nouveau port d'attache.