Comment trouver le sommeil gagnant ?

Par Figaro Nautisme
Jeudi 15 novembre 2012 à 11h14

La gestion du repos et la recherche des « portes du sommeil » sont un facteur essentiel de performance et de sécurité en mer.

La gestion du repos et la recherche des « portes du sommeil » sont un facteur essentiel de performance et de sécurité en mer.

Sur un Vendée Globe, il faut être un bon navigateur, un bon régleur… mais aussi un bon dormeur. Car le sommeil est un facteur fondamental de la performance durant 80 jours de mer et plus. Dormir est aussi important que s’occuper du bateau : c’est prendre soin de soi-même, préserver sa fraîcheur physique et intellectuelle, et garantir sa sécurité.


Des siestes pendant trois mois


A la différence du terrien qui dort en une seule fois -on parle alors de sommeil monophasique- les marins dorment en plusieurs phases, on parle alors de sommeil polyphasique. Ce rythme ne constitue pas pour autant une anormalité biologique puisque l'homme est l’un des rares mammifères à avoir un sommeil monophasique. Les marins du Vendée Globe renouent donc avec la forme de sommeil la plus répandue dans la nature : le sommeil polyphasique, c'est une des choses qu'ils ont en commun avec les mammifères marins.


Les siestes du marin peuvent aller de 20 minutes à 2 heures, suivant les conditions. Pendant ces courtes périodes, tout l'enjeu est d'aller récupérer les bonnes phases de sommeil: le précieux sommeil paradoxal et le sommeil lent profond. «A bord de nos bateaux de course, explique Jean-Pierre Dick, le skipper de Virbac – Paprec 3, il faut s'adapter en permanence aux conditions et ne pas engranger une fatigue qui pousserait tôt ou tard à la faute. » Jean-Pierre Dick essaie de faire deux ou trois phases de sommeil d’1h15 chacune pendant la nuit et encore 2 ou 3 siestes plus courtes de 15 minutes pendant la journée. Au total, il vise les 5 heures de sommeil par jour. « Si le vent est très variable ou très fort, si le bateau nécessite des réparations, je privilégie le sommeil par petites tranches de dix à vingt minutes, précise-t-il. Il m'arrive aussi de dormir par sommeil flash de une à deux minutes.» Jean-Pierre Dick s’adapte donc aux exigences de la course et aux besoins de son bateau pour aller dormir. Mais il ne va pas pour autant dormir n’importe quand : ses temps de repos à la bannette ont été calculés et préparés scientifiquement en amont.


45 % de notre sommeil n’est pas réparateur


Lors d’une nuit à terre, une personne ne souffrant pas de pathologie du sommeil dort par cycles successifs de 90 minutes. Ces cycles sont divisés en trois temps : le sommeil léger, la phase de sommeil lent profond, réparateur pour les muscles, et enfin le sommeil paradoxal, réparateur pour le cerveau. Chaque cycle dure environ 90 minutes, et le dormeur en enchaine plusieurs : une personne qui dort 7h30 fera donc cinq cycles de sommeil. Peu de gens le savent mais ces phases de sommeil sont à heure fixe, elles dépendent des habitudes et du profil de dormeur. C'est pour cette raison que suivant l'heure à laquelle sonne notre réveil le matin, on peut être soit en pleine forme si c'est en fin de sommeil paradoxal, soit en grande détresse si c'est en pleine phase de sommeil lent profond. Le samedi soir, on peut être très fatigué en plein dîner à 23 heures, au moment d'une porte du sommeil, et en pleine forme quand on se couche à deux heures du matin.


Pour les marins, c'est la même chose: l'objectif est de prendre les bonnes phases de sommeil au bon moment et de se réveiller en pleine forme après un court moment de repos. « Nous savons aujourd’hui que les skippers qui font les meilleurs résultats sont ceux qui dorment le mieux, explique Bertrand De la Gisclais, médecin du sommeil et membre de l’équipe de l’Hôtel Dieu à Paris. « De plus en plus de coureurs se forment à la météo, à la santé, à la nutrition à bord mais aussi au sommeil », précise-t-il. Le sommeil léger, qui représente 45% de notre sommeil, n'est pas réparateur. Il faut donc trouver "les portes du sommeil", ces moments où l'on va récupérer les phases de repos les plus récupératrices.


Dormir avec des électrodes


Beaucoup de marins finissent, à force d'expérience, par se connaitre et par trouver instinctivement les bonnes phases de sommeil. D'autres, comme Jean-Pierre Dick, Isabelle Autissier, Laurent Bourgnon ou les frères Ravussin, ont été suivis par des médecins. L'Hôtel Dieu à Paris dispose ainsi d’un service qui soigne les pathologies du sommeil mais prépare aussi les marins au sommeil en mer. Au programme: une nuit à terre avec des électrodes sur la tête pour connaitre les phases de sommeil du marin, puis des sorties longues en mer toujours avec des électrodes sur la tête pour voir comment le skipper dort et quelles sont ses meilleurs phases de récupération.


A l'issue de cette phase de collaboration, le médecin est en mesure de donner au coureur un planning avec ses portes du sommeil sur 24 heures, c’est-à-dire les heures où il doit aller se coucher pour attraper les bonnes phases de sommeil. Avec ce planning, le marin doit pouvoir faire le Vendée Globe en dormant environ 5 à 6 heures par 24 heures, en plusieurs fois. L'objectif est de dormir le moins possible pour être le plus longtemps possible opérationnel pour le bateau, sans jamais contracter ce que les médecins appellent "la dette de sommeil", synonyme de moindre performance, d'hallucinations parfois et donc de danger pour le marin.
 

 

L'équipe
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
Guillaume Fourrier
Guillaume Fourrier
Guillaume Fourrier est un vrai passionné de la mer. Il pratique la pêche en mer depuis l'âge de 13 ans et a aujourd'hui à son actif près de 20 records de France, d'Europe et du Monde pour la prise de gros spécimens. Originaire de Boulogne-sur-Mer, il a sillonné les eaux de la façade Atlantique mais également celles de la Méditerranée. Il a également trempé ses lignes sur des contrées exotiques comme la Nouvelle-Calédonie, où il séjourna plusieurs mois à la recherche de gros poissons du lagon. Il pêche aujourd'hui en Normandie, son nouveau port d'attache.