Vendée Globe : A la recherche de la dépression

Par Figaro Nautisme, Le
Mardi 13 novembre 2012 à 22h54

Après la course de vitesse des premières 48 heures, cette troisième journée de mer marque une transition. Au nord de Madère, les 18 monocoques ont obliqué ce mardi leur trajectoire pour aller chercher à l'ouest le vent d'une dépression.

©La Chaîne Météo
Après la course de vitesse des premières 48 heures, cette troisième journée de mer marque une transition. Au nord de Madère, les 18 monocoques ont obliqué ce mardi leur trajectoire pour aller chercher à l'ouest le vent d'une dépression.

Avant de retrouver des airs favorables, les solitaires ont deux obstacles à franchir. Une zone de vent très faible, puis du près musclé à l'arrivée du front. Ces prochaines heures, le changement de régime sera brutal. Lundi soir, Vincent Riou a été le premier à dégainer. Plutôt que de se laisser glisser vers le sud en compagnie de ses camarades de tête François Gabart et Armel Le Cléac'h, le skipper de PRB n'a pas hésité à empanner pour faire route à l'ouest. Et ce quitte à perdre de nombreuses places au classement général (il est passé de la 3ème à la 10ème place en 24 heures). Avec Javier Sanso (ACCIONA 100% EcoPowered), Jérémie Beyou (Maître CoQ) et plus loin Louis Burton (Bureau Vallée), le vainqueur de l'édition 2004 du Vendée Globe était aussi le premier à s'empêtrer dans les rets de la dorsale anticyclonique.

Gabart, toujours plus rapide

Les uns après les autres, tous les solitaires vont vivre à peu près le même scénario. Tôt ou tard, ils devront manger leur pain noir dans les petits airs. En tête de la course depuis 72 heures, François Gabart a décidé de retarder au maximum cette échéance. Le skipper de Macif demeure toujours le plus rapide cet après-midi. Même chose pour Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat), actuellement pointé en 2ème position, Jean Le Cam (SynerCiel), Mike Golding (Gamesa) ou encore Arnaud Boissières (AKENA Vérandas) qui ont eux aussi choisi de prolonger les plaisirs de la glisse dans le sud. Tous ces jeux de placement ont largement bouleversé le classement de la course. Il faudra attendre mercredi, une fois que la flotte aura passé le front, pour avoir une idée plus claire de la hiérarchie.

LES VOIX DU LARGE

Bernard Stamm (Cheminées-Poujoulat): «Tout va bien à bord. L'entrée en matière était intense. Dans le Golfe de Gascogne, la mer était extrêmement mauvaise. C'était de la très grosse houle. On s'est fait un peu brasser jusqu'au Cap Finisterre. Après on a envoyé le spi et c'était de la descente le long du Portugal. C'était pas mal. Je ne pense pas encore avoir trouvé mon rythme.

C'est extrêmement physique. Il ne faut vraiment pas se tromper de voile parce que c'est soit de la route au mauvais endroit soit énormément de travail pour rechanger. C'est donc important d'être bien sur l'analyse météo et de bien anticiper. On va vers une transition et on fait de l'ouest pour aller chercher un front. C'est un peu comme ce qu'il se passe généralement au départ, dans le Golfe de Gascogne, mais là c'est au sud du Portugal. On va aller chercher ce front à l'ouest et aller chercher le vent de nord-ouest fort qu'il y a derrière.

On est assez en dessous des potentiels des bateaux je pense, parce que c'est une course autour du monde. Il faut mettre le curseur au bon endroit, ne pas prendre de risques».

Kito de Pavant (Groupe Bel): «C'est terrible ce qu'il m'arrive et ce qui arrive à toute l'équipe Bel. C'est incroyable que ça puisse nous arriver à nous. Le Vendée Globe, ce n'est pas pour moi. L'histoire se répète, c'est terrible. En plus, les conditions sont sympas en ce moment donc je pense à ceux sont en course, ils ont beaucoup de chance d'être là. Il y a énormément de frustration et de l'énervement. Je n'ai pas trop les mots pour expliquer les sentiments que je ressens. C'est cruel. Pour l'instant, on évalue les possibilités qui nous sont offertes pour sécuriser le bateau. On va essayer de trouver les meilleures solutions pour réparer le bateau cet hiver. Quand on le voit, ça fait de la peine. Je remercie tous les gens pour leur soutien, ça fait chaud au coeur. Je sais que ce projet était très suivi et je connais toute la sympathie que les gens peuvent avoir pour ce projet. Ça va être difficile à gérer et je ne sais pas comment on va s'en sortir».

François Gabart (Macif): «Ça va super, les conditions ont bien molli et il y a moins de vent qu'hier à la même heure. Le principe est de traverser cette zone de transition. Plus tu rentres vite, plus t'en sors vite. On devrait y rentrer un peu plus tard mais l'essentiel est d'y rester le moins longtemps possible. Avec Bernard, on a à peu près les mêmes latitudes et ça me semble pas mal».

Jean Le Cam (SynerCiel): «Ça va très bien, je suis sous spi, il fait beau. Je suis en chaussette, croc, slip et t-shirt, donc c'est parfait. Avec ma tenue, si je me balade sur les Champs je finis en taule directement. Le départ était plutôt facile, on n'a pas eu à faire de virement de bord. Moi je ne suis pas trop mal parti, après je me suis un peu collé à l'Espagne. On s'est rencontré avec Virbac deux fois dans la nuit et c'était assez rigolo. J'avais un Safran levé et je l'ai vu arriver sur moi, j'ai eu un peu peur».

Vincent Riou (PRB): «Ça va pas mal, je suis en train de traverser une petite dorsale anticyclonique et j'espère en sortir en fin de journée, peinard. On a eu des bonnes conditions météo qui ont permis de partir vite. On est vite dans le bain et on n'a pas le temps de réfléchir donc c'est très sympa. J'ai fait un petit tour du proprio rapide. Le bateau est en très bon état, je suis content».

Armel Le Cléac'h (Banque Populaire): «On verra une fois qu'on aura traversé la dorsale qui nous barre un peu la route, mais pour l'instant, le début de course s'est très bien passé pour moi et Banque Populaire. La mer est bien calmée depuis hier soir. La houle aussi. J'ai pu bien dormir cette nuit. Je fais un peu de rangement en ce moment à bord du bateau. On essaye de trouver le meilleur passage pour traverser cette dorsale, on aura la réponse de nos choix stratégiques d'ici 24 heures».

Bertrand de Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM projets): «Les conditions sont sympathiques avec 15, 16 noeuds. J'ai eu 24h délicates avec une grosse dorsale à passer à 3,4 noeuds au large du Cap Finisterre. Les écarts sont un peu importants mais j'essaye de me mettre dans la course et d'oublier ce qu'il s'est passé. Je prépare mon fichier de photo, un peu de rangement. J'ai bien mangé et bien dormi. Là, je sors de mon petit déjeuner avec pain, beurre et Nutella».

Samantha Davies (Savéol): «J'ai dormi toute la nuit (six fois 40 minutes en tout). J'étais très mécontente d'avoir dormi et d'avoir raté une si jolie nuit avec un petit vent très doux sous un ciel étoilé. A la tombée de la nuit, je voyais Jupiter briller à travers mon cockpit, c'était fantastique. Malheureusement, toutes les bonnes choses ont une fin et avec le vent qui commençait à faiblir j'ai enlevé le ris de la grand-voile et j'ai réalisé que le bloqueur de la drisse était cassé. C'est très frustrant, c'est le moins que l'on puisse dire. J'ai fait une réparation temporaire afin de pouvoir bloquer la drisse avec un ris pour la nuit. J'ai commencé à réfléchir à la manière dont je pourrais régler le problème... Mais ça ne va pas être simple parce que le bloqueur est à l'intérieur du mât, dans sa partie basse. Dans tous les cas, je vais devoir complètement affaler la grand-voile».

CLASSEMENT

Positions du 13/11 à 16 heures: 1.François Gabart (Macif) à 23 083 milles de la ligne d'arrivée; 2.Berrnard Stamm (Cheminées-Poujoulat) à 38,9 milles du leader; 3.Armel Le Cléac´h (Banque Populaire) à 63,3 m; 4.Jean Le Cam (SynerCiel) à 76,7 m; 5.Mike Golding (Gamesa) à 76,7 m; 6.Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec) à 103,5 m: 7.Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) à 110,2 m; 8. Alex Thomson (Hugo Boss) à 121,8 m; 9.Jérémie Beyou (Maître CoQ) à 127,5 m; 10.Vincent Riou (PRB) à 139,7 m; 11.Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) à 174,9 m;.12.Dominique Wavre (Mirabaud) à 210,3 m; 13..Samantha Davies (Savéol) à 235,2 m; 14.Tanguy De Lamotte (Initiatives-coeur) à 242,5 m; 15.Louis Burton (Bureau Vallée) à 247,7 m; 16.Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) à 386,1 m; 17.Zbigniew Gutkowski (Energa) à 476,4 m; 18.Bertrand De Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets); à 543,3 m. Abandons: Marc Guillemot (Safran); Kito de Pavant (Groupe Bel).

L'équipe
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
Guillaume Fourrier
Guillaume Fourrier
Guillaume Fourrier est un vrai passionné de la mer. Il pratique la pêche en mer depuis l'âge de 13 ans et a aujourd'hui à son actif près de 20 records de France, d'Europe et du Monde pour la prise de gros spécimens. Originaire de Boulogne-sur-Mer, il a sillonné les eaux de la façade Atlantique mais également celles de la Méditerranée. Il a également trempé ses lignes sur des contrées exotiques comme la Nouvelle-Calédonie, où il séjourna plusieurs mois à la recherche de gros poissons du lagon. Il pêche aujourd'hui en Normandie, son nouveau port d'attache.