François Gabart, leader à la barre de son rêve

Lundi 12 novembre 2012 à 13h51

- ©La Chaîne Météo

 «IL Y A JUSTE beaucoup de bonheur à sentir que l'on vit son rêve.» Depuis l'envol, samedi, des Sables-d'Olonne, François Gabart n'a cessé d'exposer cette joie sans taches à larguer enfin les amarres. Marsupilami bondissant de bateau en bateau, son énergie tranchait avec la retenue professionnelle ou les émotions ravalées des autres skippers. Quelques heures seulement après son départ trop précoce, sans doute par excès d'adrénaline, il envoyait déjà une vidéo du golfe de Gascogne à la nuit tombante. Cheveux blonds détrempés, le sourire éternel et quelques mots pour remercier la foule (300 000 spectateurs) adorative du matin.

 

Ne vous trompez pas. François Gabart ne joue pas la carte de l'image. Il n'en aurait plus besoin, tant son visage angevin a servi de modèle à cette édition dans les médias depuis plusieurs semaines. Jeune, 29 ans. Talentueux, champion de France de course au large en solitaire en 2010. Brillant, ingénieur en sciences appliquées. Qu'il caracole devant après 24 heures de course ne surprend personne. Donné parmi les favoris, le fils prodige a été le seul de la jeune génération à convaincre un sponsor, Macif, qui l'avait soutenu en classe Figaro, à entreprendre la construction d'un 60-pieds.

 

Avec l'aide de Mer Agitée, l'écurie de Michel Desjoyeaux qui l'a pris sous son aile, il a plongé entièrement dans cette aventure technologique. «Tu deviens pour toujours responsable de ce que tu as apprivoisé.» Ce n'est pas une rose sur la planète B612 que ce «petit prince» a apprivoisée, mais une bête de puissance, monture de son rêve sur Terre. «On m'a demandé si cela n'arrivait pas trop tôt. Le Vendée Globe ne représente pas la même chose pour tous les jeunes de ma génération. Personnellement, j'aime la technique des bateaux, et nos bateaux sont exceptionnels. Je suis fier du travail réalisé avec mon équipe.»

 

Pas d'amortisseurs

Ces machines du dernier cru présentent une carène élargie à l'avant. Elles tapent plus qu'elles ne fendent la mer, comme des 4 × 4 privés d'amortisseurs. François Gabart dit «sentir bien» la sienne, «l'aimer», après déjà 20 000 milles parcourus, un peu moins que le parcours promis par le Vendée Globe. «J'ai une formation d'ingénieur, très cartésienne, très méthodique à terre. Sur le bateau, je mets parfois cela de côté pour laisser parler mes sensations. La voile permet ses extrémités, j'adore ce mélange.» Un sens marin qui s'est affirmé aux côtés de Kito de Pavant (2e Transat Jacques Vabre 2009) et de Michel Desjoyeaux (Barcelona World Race, abandon).

 

Là, il se jauge seul sur ce tour du monde extrême, dans ce Grand Sud qui le «fascine». «J'aime la mer, la voile. Mais il y a quelque chose de plus fort qui m'attire vers cette course. Je n'essaierai pas de l'expliquer. Peut-être trouverais-je les raisons sur cette course?», confiait-il aux Sables, racontant qu'au magasin de ses souvenirs trônaient des photos, des livres et la victoire «de Monsieur Gautier» en 1993. À l'heure d'affronter la réalité de son rêve, il revendique «des doutes, des interrogations et heureusement! Et quand je reviendrai, j'en aurais encore». Et ce jour-là, s'il franchissait la ligne d'arrivée en premier, il deviendrait sans doute le plus jeune vainqueur d'un Vendée Globe. Détrônant de quelques mois «Monsieur (Alain) Gautier».

 

Message de la nuit de François Gabart:

 

"Bon j'avoue le soleil s'est déjà levé. Donc ce n'est plus un message de la nuit mais parait-il qu'il vaut "mieux tard que jamais" donc voilà 2-3 petits mots de Macif. Tout va bien. Ca glisse bien. Grosses vagues, pas mal de vent, jusqu'à 30nds ce matin. On porte pas mal de toile donc il faut faire attention.

 

J'ai pu me reposer une bonne partie de la nuit, c'est parfait. De toute façon la nuit est très noire, donc cela ne sert pas à grand chose d'essayer de barrer, le pilote s'en sort très bien.

 

A priori encore du portant pour au moins 24h, tant mieux! Je suis au large de Lisbonne. Cela me rappelle les bons souvenirs de l'étape à Cascais sur le Warm'Up au printemps. Mais ce n'est pas le moment de s'arrêter. On a 24 000Mn devant nous."

L'équipe
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.