L’arrachement à la terre

Par Laurence Schreiner
Samedi 10 novembre 2012 à 14h34

La transhumance des milliers de gens a commencé dès potron-minet, dans un flux continu vers les digues du chenal. Le jour se fait encore désirer. L’arrachement à la terre vendéenne n’a pas encore commencé, mais il règne déjà une solennité rare. Dès 9h30, un à un, toutes les quatre minutes, les vingt bateaux de la septième édition du Vendée Globe vont quitter un quai qu’ils ne reverront pas avant trois mois. Peut être moins, peut être plus, nul ne peut le prédire encore.

La transhumance des milliers de gens a commencé dès potron-minet, dans un flux continu vers les digues du chenal. Le jour se fait encore désirer. L’arrachement à la terre vendéenne n’a pas encore commencé, mais il règne déjà une solennité rare. Dès 9h30, un à un, toutes les quatre minutes, les vingt bateaux de la septième édition du Vendée Globe vont quitter un quai qu’ils ne reverront pas avant trois mois. Peut être moins, peut être plus, nul ne peut le prédire encore.

De notre envoyée spéciale aux Sables d’Olonne, Laurence Schreiner
 

Arnaud Boissières est le premier à quai. De voir le fameux chenal de sa maison toute l’année l’a peut être poussé plus vite vers son Akéna Vérandas. Partir. Quand la terre rechigne encore à vous laisser faire. « Ce n’est pas facile, il y a beaucoup de monde, et beaucoup de gens qu’on aime. Je ne crois pas qu’on puisse s’habituer à ça, ce n’est pas possible. C’est comme les mers du sud ; ce n’est pas parce qu’on y a été, qu’on les connait », sourit Bernard Stamm dont le puissant Cheminées Poujoulat va ouvrir la procession. C’est la première fois que le marin suisse, dont l’histoire avec le Vendée Globe se décline au passé compliqué (deux abandons), a disposé des moyens de son ambition. « Une fois qu’un tel projet aboutit là, il faut y aller. C’est un gros travail d’équipe qui doit être porté, maintenant, par une seule personne, c’est un gros poids sur les épaules. »
 

Emotion
 

Les émotions se bousculent chez les marins happés par les proches, les partenaires, les médias, les parrains célèbres (Alain Bernard et Romain Grosjean) et les pairs illustres (Marc Thiercelin, Catherine Chabaud, Pascal Bidégorry, Yann Eliès, Michel Desjoyeaux, Roland Jourdain etc.). Ils pourraient se partager entre deux attitudes qui recouperaient les catégories « aventuriers » et « prétendants à la victoire ». Pour son premier départ, Tanguy De Lamotte (Initiatives-cœur) est transfiguré. Lui qui a tant donné pour la cause des enfants malades cette dernière semaine, prend de plein fouet ce moment rare, les mots ayant du mal à sortir à l’heure de saluer ses compagnons de route.
Beaucoup font la démarche. Tous savent que si la mer décide de ne pas laisser passer l’un d’entre eux, les autres pourraient porter secours. « On se dit bonne chance. On a tous besoin de notre petite étoile qui sera ou pas là haut et on espère que tout le monde va faire attention et revenir aux Sables d’Olonne avec le sourire pour faire la fête », glisse Kito de Pavant qui a souffert en 2008 du démâtage prématuré de son Groupe Bel.
Samantha Davies (Savéol), elle, n’a jamais autant le sourire qu’à l’heure de quitter la terre. Elle envoie de sa main un baiser à son compatriote Alex Thomson, le skipper d’Hugo Boss qui la précédera au départ du ponton. D’un même élan, ils sautent à quai pour une dernière embrassade. Comme dit Jean Le Cam, « il y a des instants que les mots ne peuvent exprimer ». Le skipper de Synerciel a dérogé à la tonte rituelle de sa tignasse, une sorte de grève du barbier pour protester contre l’hystérie des images.
 

Déjà dans la course


Les cadors se sont déjà blindés. Un départ qui peut être dangereux, une stratégie à affiner avec les fichiers météos. La concentration se ressent dans les propos « chirurgicaux ». Jérémie Beyou (Maître Coq) s’était excusé à l’avance auprès de ses partenaires s’il ne les voyait pas le matin du départ. « Les gens me disent : « amuse toi, prends soin de toi ». Je vais tâcher d’y penser », sourit-il. Mais « la marmite boue à l’intérieur », reconnaît Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec). Rien ne semble devoir toucher François Gabart, jeune bizuth et pourtant favori sur son Macif flambant neuf : « C’est de la bonne tension, de l’émotion du partage et si il y a des larmes, ce sont des larmes de joie !»
Pas pour Armel Le Cléac’h. Le talentueux skipper a fermé la marche des sorties de ponton avec Banque Populaire. Il avait quitté ses enfants à l’appartement. «C’est déjà difficile quand on referme la porte… Et puis, l’émotion des gens prend aux tripes », avait-il confié deux jours plus tard. Ce matin, un peu avant 10h46, son armure s’est fissurée, les larmes ont coulé. Peu auparavant, Vincent Riou (PRB), le seul ancien vainqueur (en 2005) engagé, avait rappelé : « Il reste une course à faire et pas n’importe laquelle. Il va falloir essayer de faire bien les choses, ne pas s’emballer, faire les bons choix. Ce sera notre quotidien pendant trois mois On en parle pendant des semaines. Maintenant, action ! »
 
 
 
 
 

L'équipe
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
Guillaume Fourrier
Guillaume Fourrier
Guillaume Fourrier est un vrai passionné de la mer. Il pratique la pêche en mer depuis l'âge de 13 ans et a aujourd'hui à son actif près de 20 records de France, d'Europe et du Monde pour la prise de gros spécimens. Originaire de Boulogne-sur-Mer, il a sillonné les eaux de la façade Atlantique mais également celles de la Méditerranée. Il a également trempé ses lignes sur des contrées exotiques comme la Nouvelle-Calédonie, où il séjourna plusieurs mois à la recherche de gros poissons du lagon. Il pêche aujourd'hui en Normandie, son nouveau port d'attache.