Le parcours du Vendée Globe décrypté par Alain Gautier

Vendredi 9 novembre 2012 à 23h39

Le vainqueur de l’édition de 1992-1993 revient sur les caractéristiques du parcours, ses pièges, ses dangers et ses moments clefs.

Le vainqueur de l’édition de 1992-1993 revient sur les caractéristiques du parcours, ses pièges, ses dangers et ses moments clefs.

Le parcours est mythique : le tour du monde en solitaire par les trois caps. Au-delà de la durée de l’épreuve – 25.000 milles, 45.000 kilomètres – qui lui confère le statut de véritable aventure autour de la planète, le Vendée Globe est aussi une guerre de stratégie dans des mers variées et souvent piégeuses.

Traditionnellement, les marins partagent la course en quatre tronçons : la descente de l’Atlantique jusqu’au Cap de Bonne Espérance, puis l’autoroute du grand Sud : l’Océan Indien et le Pacifique qui se clôt avec le passage du mythique Cap Horn, et enfin la remontée de l’Atlantique jusqu’aux Sables d’Olonne.

 

La descente de l’Atlantique

 

Après le marathon médiatique qui précède le départ, les skippers n'ont pas le temps de souffler. La descente de l’Atlantique est en effet fondamentale puisqu’elle peut créer des écarts qui ne seront jamais comblés. En 2004, c’est sur cette première partie de parcours que Jean Le Cam et Vincent Riou s’étaient fait la belle sur le reste de la flotte.

Le Golfe de Gascogne et ses violentes dépressions peut tout d’abord jouer le rôle d’impitoyable juge de paix dès les premiers jours de course. « C’est un peu comme si le tour de France cycliste commençait par une étape de montagne, explique Alain Gautier. Un Vendée Globe ne se gagne pas dans le Golfe de Gascogne, mais attention, il peut se perdre dès les premiers jours. » Une douloureuse expérience vécue par Kito de Pavant et Alex Thomson lors de la dernière édition. Cette fois-ci, ils espèrent bien voir le Cap Finistère.

Le Pot au noir, la zone de convergence entre les Alizés d’hémisphère nord et ceux de l’hémisphère sud est également un moment clef de la course. Lors de son premier Vendée Globe, Alain Gautier avait perdu quatre places lors du passage aller du Pot au Noir: « C’est une zone de convergence intertropicale où les grains violents alternent avec des périodes de calme qui semblent interminables. » détaille-t-il. La traversée du Pot au Noir s'apparente parfois à une loterie. Une trajectoire peu heureuse dans cette zone de vents mous, et c’est toute la flotte qui risque de prendre la poudre d’escampette.

Le dernier piège de la descente de l’Atlantique est l’Anticyclone de Saint Hélène qui peut laisser passer certains concurrents et barrer la route à leurs poursuivants, ce fut le cas en 2004-2005 pour Riou et Le Cam. Il peut aussi se décaler et ouvrir une voie aux poursuivants: un scénario qui a souri à Michel Desjoyeaux lors de la dernière édition. Reparti pour les Sables d’Olonne du fait d’un problème technique, le futur vainqueur était revenu sur la flotte à la faveur d’une position plus favorable de l’anticyclone.

 

Le grand sud

 

Ce tronçon de la course, le plus long, n’est pas le plus fondamental stratégiquement parlant. La présence de portes qui empêchent les concurrents d’aller trop sud, pour éviter les glaces, ferme le jeu. D’autre part, la flotte va dans le même sens que les phénomènes météo (d’Ouest en Est). Il y a donc des phénomènes d’accordéon : les retardataires reviennent sur la tête de flotte avant d’être de nouveau décrochés, mais il ne se passe souvent rien de décisif. Dans ces mers inhospitalières, c’est souvent la casse qui fait la différence. Lors de la dernière édition : Loick Peyron, Sébastien Jose, Bernard Stamm, Mike Golding et Jean-Pierre Dick ont tous abandonné pour cause technique sur ce tronçon du parcours.

L’Océan Indien est le plus redouté par les concurrents: lumières basses, atmosphère humide et froide, mer cassante et vents violents sont au programme des Quarantièmes rugissants. « Être à l’aise dans le sud donne clairement un avantage et malheur à celui qui aura des chutes de moral », rappelle Alain Gautier. « Le pays de l'ombre », selon la formule de Titouan Lamazou, s'étend du Cap de Bonne Espérance à la Tasmanie. Cette partie du parcours, frôlée par les glaces, fut le théâtre de nombreux drames.

Avec l’arrivée dans le Pacifique, l'atmosphère commence à changer, la houle devient plus stable, s'allonge, la mer est mieux « rangée ». « L’heure de la délivrance approche mais il faut absolument rester sur ses gardes, prévient Alain Gautier. Les icebergs accompagnent les skippers jusqu'à des latitudes relativement nord, les plus sournois étant les growlers, ces blocs de glace à la dérive que les radars ne détectent pas.

 

La remontée de l’Atlantique

 

La fin approche mais les risques d'avaries sont plus présents que jamais. Les bateaux et les skippers sont éprouvés, les allures de près dominantes contribuent encore à les fragiliser. Les pamperos, ces coups de vent qui sévissent au large des côtes argentines, peuvent être d'une violence inouïe. Les skippers retrouvent le Pot au Noir, même s'il est statistiquement plus étroit dans l'ouest, et l'anticyclone de Sainte-Hélène. « Un anticyclone très nord peut vous obliger à finir la course au près dans des vents de plus en plus froid, explique Alain Gautier. J’ai dû finir mon Vendée Globe 1989 dans ces conditions et cela ne restera pas mon meilleur souvenir de cette édition. »

Après avoir franchi l’Equateur, les concurrents remontent vers le froid. Pour négocier l'arrivée aux Sables d'Olonne, ils doivent souvent aller chercher les vents d’Ouest qui permettront de revenir en route directe sur le port vendéen. Petit à petit, les premiers signes de civilisation apparaissent : le croisement d’un cargo, quelques chalutiers en pêche sur la limite du plateau continental. Alain Gautier garde un souvenir très ému du chenal des Sables, « où les Vendéens viennent acclamer les héros d’une course qu’ils se sont très justement appropriés. Que l’on soit vainqueur ou non classé, l’accueil est fantastique », assure le marin.

 

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Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Passionné depuis son enfance par toutes les formes de glisse et par la mer, Thomas a longtemps vécu dans le nord de la Floride aux Etats-Unis. Une expérience qui lui a permis de découvrir l'univers du bateau à moteur et du catamaran à travers plusieurs essais et croisières notamment dans les Caraïbes. Il contribue régulièrement à la rédaction de Figaro Nautisme.